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PÈCHES CONTINENTALES. PRINCIPES DÉMÉNAGEMENT
Les premières expériences de salmoniculture paraissent avoir été tentées
par Dom Pinchon, moine de l’abbaye de Réome (aujourd’hui MoutiersSaint-Jean en Bourgogne, France). Il récoltait sur les frayères naturelles des
œufs fécondés de truites et les mettait en incubation dans de larges boîtes
en bois, fermées à leurs extrémités par un grillage d’osier qu’il plaçait dans
un léger courant. Ce n’était encore qu’un procédé d’incubation dirigée.
On a souvent attribué la découverte de la fécondation artificielle à l’abbé
Spallanzani, illustre physiologiste italien, professeur à l’Université de Pavie,
qui vécut dans la seconde moitié du xvne siècle. Mais les expériences de
Lazare Spallanzani n’ayant été faites qu’en 1768 se trouvaient à cet égard
primées par une antériorité certaine. En effet dès 1740, un officier de
Hauhenhausen, en Hanovre, le lieutenant Jacobi, avait commencé des travaux relatifs à la fécondation artificielle des œufs de poissons et avait obtenu
des résultats nettement positifs. En 1763, un petit journal, le Hannover
Magazin, publia un article de Jacobi dans lequel l’auteur annonçait avoir
réussi la fécondation artificielle du saumon et de la truite dans une pisciculture établie près de Noterlem, en Hanovre. Avant de recourir à la voie
d’un article, Jacobi avait rédigé en 1758 un mémoire manuscrit qu’il avait
adressé à Buffon et à M. de Fourcroy, directeur pour le roi des fortifications
de la Corse. Mais comme l’écrit était en langue allemande, il n’attira pas tout
d’abord l'attention. La publicité ne vint que plus tard. Communiqué en 1764
à f Académie de Berlin, publié à Paris en 1770, commenté en 1772 par Andanso
dans son cours au jardin du Roi, le mémoire du lieutenant hanovrien fut
enfin traduit en français en 1773 et inséré in extenso dans le Traité général
des pesches de Duhamel du Monceau.
Le mémoire de Jacobi est un chef-d’œuvre de clarté, de précision et de
bon sens. H serait à citer en entier, tant les conseils qu’il donne sont encore
de saison. Bornons-nous à en reproduire ce court passage qui témoigne d’une
admirable acuité d’observation et qui détruit, cent ans avant qu’ils aient
été imaginés, certains romans modernes sur la reproduction naturelle des
salmonidés.
« Au moment du frai des saumons, comme en novembre, le mâle et la
femelle dont la laitance et les œufs sont à maturité, sortant des grandes
rivières, vont gagner quelque ruisseau dont l’eau murmure sur un fond de
cailloux, sable ou pierres, parce qu’il faut un tel fond pour que les œufs
s’étendent.
« Alors que le mâle se tient auprès de la femelle, tous les deux s’agitent
et se frottent le ventre contre le sable ou le fond, afin de faire sortir par ce
petit choc ce qu’ils ont d’œufs et de laitance en état de maturité. En même
temps que les œufs tombent du corps de la femelle, leur poids les porte vers
le fond, et. comme il est pierreux, l’un passe derrière un caillou, l’autre
derrière un autre. On peut remarquer, dans les eaux courantes, que chaque
petite pierre occasionne un petit tourbillon d’eau, au milieu duquel se trouve
un point de repos dans lequel est chassé tout corps léger qui se rencontre et,
PÈCHES CONTINENTALES. PRINCIPES DÉMÉNAGEMENT
Les premières expériences de salmoniculture paraissent avoir été tentées
par Dom Pinchon, moine de l’abbaye de Réome (aujourd’hui MoutiersSaint-Jean en Bourgogne, France). Il récoltait sur les frayères naturelles des
œufs fécondés de truites et les mettait en incubation dans de larges boîtes
en bois, fermées à leurs extrémités par un grillage d’osier qu’il plaçait dans
un léger courant. Ce n’était encore qu’un procédé d’incubation dirigée.
On a souvent attribué la découverte de la fécondation artificielle à l’abbé
Spallanzani, illustre physiologiste italien, professeur à l’Université de Pavie,
qui vécut dans la seconde moitié du xvne siècle. Mais les expériences de
Lazare Spallanzani n’ayant été faites qu’en 1768 se trouvaient à cet égard
primées par une antériorité certaine. En effet dès 1740, un officier de
Hauhenhausen, en Hanovre, le lieutenant Jacobi, avait commencé des travaux relatifs à la fécondation artificielle des œufs de poissons et avait obtenu
des résultats nettement positifs. En 1763, un petit journal, le Hannover
Magazin, publia un article de Jacobi dans lequel l’auteur annonçait avoir
réussi la fécondation artificielle du saumon et de la truite dans une pisciculture établie près de Noterlem, en Hanovre. Avant de recourir à la voie
d’un article, Jacobi avait rédigé en 1758 un mémoire manuscrit qu’il avait
adressé à Buffon et à M. de Fourcroy, directeur pour le roi des fortifications
de la Corse. Mais comme l’écrit était en langue allemande, il n’attira pas tout
d’abord l'attention. La publicité ne vint que plus tard. Communiqué en 1764
à f Académie de Berlin, publié à Paris en 1770, commenté en 1772 par Andanso
dans son cours au jardin du Roi, le mémoire du lieutenant hanovrien fut
enfin traduit en français en 1773 et inséré in extenso dans le Traité général
des pesches de Duhamel du Monceau.
Le mémoire de Jacobi est un chef-d’œuvre de clarté, de précision et de
bon sens. H serait à citer en entier, tant les conseils qu’il donne sont encore
de saison. Bornons-nous à en reproduire ce court passage qui témoigne d’une
admirable acuité d’observation et qui détruit, cent ans avant qu’ils aient
été imaginés, certains romans modernes sur la reproduction naturelle des
salmonidés.
« Au moment du frai des saumons, comme en novembre, le mâle et la
femelle dont la laitance et les œufs sont à maturité, sortant des grandes
rivières, vont gagner quelque ruisseau dont l’eau murmure sur un fond de
cailloux, sable ou pierres, parce qu’il faut un tel fond pour que les œufs
s’étendent.
« Alors que le mâle se tient auprès de la femelle, tous les deux s’agitent
et se frottent le ventre contre le sable ou le fond, afin de faire sortir par ce
petit choc ce qu’ils ont d’œufs et de laitance en état de maturité. En même
temps que les œufs tombent du corps de la femelle, leur poids les porte vers
le fond, et. comme il est pierreux, l’un passe derrière un caillou, l’autre
derrière un autre. On peut remarquer, dans les eaux courantes, que chaque
petite pierre occasionne un petit tourbillon d’eau, au milieu duquel se trouve
un point de repos dans lequel est chassé tout corps léger qui se rencontre et,
