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PÈCHES CONTINENTALES. FONDEMENTS ÉCOLOGIQUES
brutalement et stupidement par le feu pour en faire sortir les brigands
(Mougin, 1931). Les torrents et les avalanches prirent naissance, des villages
furent ensevelis sous leurs cônes de déjection, ou par des glissements de
terrains. Les inondations ravagèrent les plaines fertiles de l’aval dont certaines, comme en Grèce, se recouvrent de galets.
A l’heure actuelle nous voyons encore partir sous nos yeux le sol des
vignobles de Banyuls dans le Roussillon. L’histoire en a été donnée par
Furon (1950). En 1894, M. de Boixo, conservateur des Eaux et Forêts des
Pyrénées Orientales, dénonçait le danger du déboisement dans un rapport
prophétique. Il ne fut malheureusement pas écouté, un sénateur, président
du Conseil général du département, ayant déclaré qu’il ne fallait pas reboiser
parce que les pâtres ne voulaient pas du reboisement. Déboisement, incendies
volontaires, pâturages abusifs continuèrent donc à peu près sans frein et
sont à l’origine des inondations catastrophiques de 1940 de la Têt et du Tech,
dont les dégâts (encore visibles) représentaient plus de 20 milliards de francs
en 1950. Dans le vignoble de Banyuls, les pentes exposées au Nord ne furent
pas replantées après l’épidémie de phylloxéra de 1880, les oliviers furent
arrachés, et le ravinement commença. La Baillaury, rivière de Banyuls, qui
était un cours d’eau permanent, bordé de luzernes et de pâturages, coupé de
moulins, ne fait plus figure que d’oued nord-africain sans aucun écoulement
permanent à la mer.
La dernière enquête de Saint-Henin et Gobillot publiée par l’Académie des Sciences en 1950 précise : « En France, cinq millions d’hectares
sont attaqués par l’érosion, dont 2 800 000 au sud d’une ligne s’allongeant de
l’Andorre à Modane. » C’est peu devant les 130 millions d’hectares détruits
aux États-Unis, cela devrait être plus que suffisant pour servir d’avertissement.
Aux Indes, en Syrie, en Afrique et surtout dans les pays neufs, avec des
sols moins stables qu’en Europe occidentale et des climats plus extrêmes
l’érosion des sols a pris une allure carastrophique.
Dans « Plaisante Vallée », Louis Bromfield, ce grand Américain qui eut
l’occasion d’exploiter une ferme dans l’Oise selon les vieilles traditions culturales françaises, puis reconstitua le sol de sa ferme de Malabar dans l’Ohio,
dresse ainsi le bilan des méthodes culturales des colons américains :
« En un peu plus d’un siècle, les Américains et leurs descendants avaient
parcouru toute l’étendue de l’Amérique du Nord, comme une invasion de
sauterelles, en ruinant tout sur leur passage, jusqu’aux bords du Pacifique.
« Pour eux, la terre n’était pas un capital, mais une occasion de spéculation, non un trésor, mais une simple mine à épuiser.
« C’était l’histoire d’une terre féconde, mal exploitée, assassinée par négligence, ignorance ou cupidité.
« Nous avions perdu une portion importante du sol (à la ferme de Malabar),
entraînée par les pluies, sur la pente des collines, jusque dans le ruisseau des
Suisses, le Muskigum, l’Ohio, le Mississipi, où se sont englouties tant de
PÈCHES CONTINENTALES. FONDEMENTS ÉCOLOGIQUES
brutalement et stupidement par le feu pour en faire sortir les brigands
(Mougin, 1931). Les torrents et les avalanches prirent naissance, des villages
furent ensevelis sous leurs cônes de déjection, ou par des glissements de
terrains. Les inondations ravagèrent les plaines fertiles de l’aval dont certaines, comme en Grèce, se recouvrent de galets.
A l’heure actuelle nous voyons encore partir sous nos yeux le sol des
vignobles de Banyuls dans le Roussillon. L’histoire en a été donnée par
Furon (1950). En 1894, M. de Boixo, conservateur des Eaux et Forêts des
Pyrénées Orientales, dénonçait le danger du déboisement dans un rapport
prophétique. Il ne fut malheureusement pas écouté, un sénateur, président
du Conseil général du département, ayant déclaré qu’il ne fallait pas reboiser
parce que les pâtres ne voulaient pas du reboisement. Déboisement, incendies
volontaires, pâturages abusifs continuèrent donc à peu près sans frein et
sont à l’origine des inondations catastrophiques de 1940 de la Têt et du Tech,
dont les dégâts (encore visibles) représentaient plus de 20 milliards de francs
en 1950. Dans le vignoble de Banyuls, les pentes exposées au Nord ne furent
pas replantées après l’épidémie de phylloxéra de 1880, les oliviers furent
arrachés, et le ravinement commença. La Baillaury, rivière de Banyuls, qui
était un cours d’eau permanent, bordé de luzernes et de pâturages, coupé de
moulins, ne fait plus figure que d’oued nord-africain sans aucun écoulement
permanent à la mer.
La dernière enquête de Saint-Henin et Gobillot publiée par l’Académie des Sciences en 1950 précise : « En France, cinq millions d’hectares
sont attaqués par l’érosion, dont 2 800 000 au sud d’une ligne s’allongeant de
l’Andorre à Modane. » C’est peu devant les 130 millions d’hectares détruits
aux États-Unis, cela devrait être plus que suffisant pour servir d’avertissement.
Aux Indes, en Syrie, en Afrique et surtout dans les pays neufs, avec des
sols moins stables qu’en Europe occidentale et des climats plus extrêmes
l’érosion des sols a pris une allure carastrophique.
Dans « Plaisante Vallée », Louis Bromfield, ce grand Américain qui eut
l’occasion d’exploiter une ferme dans l’Oise selon les vieilles traditions culturales françaises, puis reconstitua le sol de sa ferme de Malabar dans l’Ohio,
dresse ainsi le bilan des méthodes culturales des colons américains :
« En un peu plus d’un siècle, les Américains et leurs descendants avaient
parcouru toute l’étendue de l’Amérique du Nord, comme une invasion de
sauterelles, en ruinant tout sur leur passage, jusqu’aux bords du Pacifique.
« Pour eux, la terre n’était pas un capital, mais une occasion de spéculation, non un trésor, mais une simple mine à épuiser.
« C’était l’histoire d’une terre féconde, mal exploitée, assassinée par négligence, ignorance ou cupidité.
« Nous avions perdu une portion importante du sol (à la ferme de Malabar),
entraînée par les pluies, sur la pente des collines, jusque dans le ruisseau des
Suisses, le Muskigum, l’Ohio, le Mississipi, où se sont englouties tant de
