Les plages
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© a r m a n d
c o lin .
L a
p h o to c o p ie n o n
a u to ris é e e s t u n
d é lit.
I. Les causes humaines de l’érosion des plages
Les travaux réalisés sur les fleuves ont réduit, parfois considérablement, leur
rôle de pourvoyeur des côtes en matériaux solides. Les barrages, en particulier,
représentent des pièges à sédiments très efficaces. Or, on les a multipliés au cours
des dernières décennies dans les régions de la Terre à tendance sèche pour étendre
les superficies cultivées et accroître les rendements grâce à l’irrigation. Il se trouve
que ce sont justement les fleuves de ces régions qui transportent une charge solide
grossière et abondante jusqu’à la mer parce que, pour des raisons climatiques,
l’érosion mécanique est active dans leur bassin-versant. En Afrique du Nord, les
barrages ont une durée de fonctionnement estimée en moyenne à un siècle par
suite d’un colmatage rapide dû à leur effet de piégeage sur les sédiments. Les
matériaux ainsi retenus, essentiellement des sables et des galets qui sont justement
les constituants des plages, représentent autant de sédiments dont le domaine
côtier est privé à une époque de pénurie en matériaux. En Californie du sud, l’édification de barrages sur la rivière Tijuana a eu pour conséquence une rétention
annuelle de quelque 6.105 m3 d’alluvions. La perte d’un tel apport explique l’érosion qui affecte les plages situées immédiatement au nord de l’embouchure du
fleuve, en particulier Impérial Beach. On comprend aussi le recul des littoraux
meubles de la Camargue lorsque Ton sait que les aménagements du Rhône et de
ses affluents, pour produire de l’hydro-électricité et étendre l’irrigation, ont, selon
certaines estimations, réduit la charge totale en alluvions livrée par le fleuve à la
mer d’environ 4.106 t au milieu du XIXe siècle à seulement 4.106 ou 5.106 t actuellement. La cause essentielle du recul spectaculaire de la côte sableuse du Togo
tient à la construction du barrage d’Akossombo, au Ghana, qui arrête 95 % des
transports solides de la Volta.
La tentation était grande, à une époque d’augmentation vertigineuse des besoins
en sable et en gravier pour la construction (fabrication de béton) et les grands
travaux (aménagement de remblais), de recourir, non seulement aux réserves des
lits des cours d’eau, mais aussi à celles, facilement accessibles, du domaine côtier.
Ainsi, on n’a pas hésité à exploiter inconsidérément les matériaux des dunes, des
plages et des avant-plages. Or, ce sont là trois éléments solidaires d’un même
ensemble. Toucher à l’un a nécessairement des répercussions sur les deux autres.
L’avant-dune constitue une réserve en sédiments qui peut être mobilisée par les
vagues lors des tempêtes pour construire des barres immergées ; celles-ci atténuent,
en éloignant le déferlement du trait de côte, l’érosion de l’estran. Une fosse de
dragage située trop près du rivage se comblera par des matériaux enlevés par les
vagues sur le bas de plage voisin. Il ne fait pas de doute que les extractions de
matériaux aggravent sérieusement le déficit sédimentaire côtier. Les plages de la
France occidentale ont incontestablement souffert de la construction du mur de
l’Atlantique pendant la Deuxième Guerre mondiale et de l’exploitation intensive
des granulats littoraux pendant les décennies qui ont suivi. Depuis 1986 les extractions sont strictement réglementées par la loi, mais le mal est fait.
Les herbiers qui se développent dans l’étage infralittoral jouent un rôle important dans l'équilibre sédimentaire des plages. Par exemple, sur les côtes
méditerranéennes, des prairies sous-marines de phanérogames, les posidonies
(Posidonia oceanicd), localisées entre 1 et 30 m de profondeur, constituent un lacis
à mailles serrées de feuilles rubannées, de rhizomes et de racines qui piège les
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