250
Les littoraux
sont mobiles, tels des tapis roulants. Celle qui porte les îles de la Société naît dans la
dorsale du Pacifique et dérive vers le nord-ouest à une vitesse estimée à 12,5 cm par
an avant de disparaître dans des fosses de subduction sous les plaques de l’Eurasie,
des Philippines ou des Fidji. Le point chaud étant fixe, on conçoit qu’un chapelet de
volcans alignés puisse se former par suite du passage de la plaque à sa verticale,
volcans qui cessent d’être actifs quand ils s’éloignent de lui. On comprend alors l’âge
croissant des volcans des îles de la Société tandis qu’on se déplace vers le nord-ouest.
Quant à leur affaissement progressif qui permet de passer du récif frangeant au récifbarrière, puis à l’atoll, il s’explique parce que la plaque lithosphérique océanique se
refroidit en s’éloignant de la dorsale où elle se forme. Elle devient donc plus dense et
elle déprime l’asthénosphère sous-jacente, d’autant plus qu’elle s’alourdit du poids
des constructions coralliennes. Il se produit ainsi une subsidence du lit océanique qui
s’accroît encore à l’approche d’une fosse de subduction. L’édifice corallien est alors
pris de vitesse, sa croissance verticale s’avérant incapable de compenser la montée,
devenue trop rapide, du niveau marin, à quoi s’ajoute le fait que sa migration peut le
conduire vers des eaux moins chaudes, donc moins favorables au développement des
madréporaires. L’atoll est bientôt submergé et il devient un guyot.
On invoque aussi, pour expliquer la submersion d’un atoll, une baisse de la vitalité des coraux qui serait due à un affaiblissement de l’endo-upwelling géothermique
au fur et à mesure que vieillit l’édifice volcanique porteur. Le mécanisme de l’endoupwelling géothermique (Rougerie et Wauthy, 1986; 1993) repose sur la pénétration
à la base de l’édifice corallien, perméable, d’eaux océaniques profondes riches en
sels minéraux dissous, à leur réchauffement progressif par le flux géothermique
émis à partir du socle volcanique sous-jacent et à leur remontée jusqu’au lagon et à
la couronne récifale. La croissance des coraux est ainsi stimulée par une arrivée
continue de nutriments. Mais, à mesure que le volcan s’éloigne du point chaud qui
lui a donné naissance, le flux géothermique diminue d’intensité et l’endo-upwelling
s’atténue. Ainsi, à l’affaisement du lit marin s’ajouterait un étiolement de la vie
corallienne, dans des eaux de surface moins riches en éléments nutritifs, pour expliquer la submersion des atolls.
Il convient de s’interroger maintenant sur la genèse de la Grande Barrière
d’Australie. Celle-ci s’est édifiée dans un cadre tout à fait différent de celui des
récifs coralliens des îles océaniques puisqu’elle s’est établie sur le bord externe
d’une plate-forme continentale. Sauf tout à fait dans le nord, la construction récifale a commencé il y a moins de 2 millions d’années parce que, dans la dérive vers
le nord de la plaque qui la porte, l’Australie s’était trouvée jusque-là à une latitude
trop élevée pour permettre à des coraux hermatypiques de prospérer. Des sondages
ont fait apparaître des épaisseurs de corail inférieures à 300 m qui impliquent
cependant 1 intervention, dans ce cas également, d’une subsidence. Il y a là encoie
une confirmation du bien-fondé de la théorie de Darwin.
E. Les dégâts des phénomènes naturels
sur les récifs coralliens
Des phénomènes naturels peuvent être à l’origine de destructions sur les récifs
coralliens.
Précédent

- 251/262

Suivant