Les deltas
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À cet égard, l’exemple du delta du Nil est le plus démonstratif : il cède du terrain à
ses deux embouchures (jusqu’à 114 m par an à celle de Rosette et 31 m par an
celle de Damiette), surtout depuis 1964, date de l’achèvement du grand barrage
d’Assouan qui, d’après des estimations, retient chaque année dans le lac Nasser
quelque 108 m3 de charge solide (Smith et Adbel-Kader, 1988; Frihy. 1988). À
cela s’ajoute encore, pour les sédiments restant en course, leur piégeage en partie
dans la plaine deltaïque, parcourue par un réseau de canaux d’irrigation et de drainage dont la longueur totale dépasse 10 000 km (Stanley, 1996).
Il faut également signaler pour expliquer ce comportement actuel des deltas une
tendance à la submersion par les eaux marines, due au relèvement eustatique
contemporain, qui s’ajoute à la diminution considérable des apports détritiques par
suite de l’effet de piégeage des barrages. Quand ces apports étaient abondants, ils
contrebalançaient la subsidence fréquente des espaces deltaïques. Les pompages
d’eau phréatique, voire l’extraction d’hydrocarbures, aggravent l’affaissement qui
entraîne l’inondation permanente de terres qui avaient été gagnées sur la mer.
1. Le delta du Mississippi
Le delta du Mississippi (fig. 92) a fait l’objet d’aménagements urbains, agricoles, portuaires, industriels et touristiques, à l’échelle de la puissance économique
des U.S.A., qui affectent profondément son évolution morphologique (MeyerArendt et Davis, 1984).
Aujourd’hui, le Mississippi s’écoule confiné entre des levées artificielles dont la
construction, destinée à prévenir des débordements, a commencé au XVIIIe siècle,
dès la fondation de la Nouvelle-Orléans en 1718. Ces endiguements se sont poursuivis jusqu’au XXe siècle, la grande inondation de 1927 ayant montré que la
domestication du cours d’eau exigeait encore des travaux de protection contre les
crues qui ont été réalisés depuis. Le fleuve est maintenant étroitement contrôlé
jusqu’à son embouchure puisque deux des trois principaux bras du sous-delta de
Balize sont canalisés jusqu’au-delà de leur extrémité naturelle.
Aux levées s’ajoutent des déversoirs qui évacuent les excédents des débits de
crue vers des réceptacles bien localisés. Ainsi le déversoir de Bonnet Carre, situé à
15 km à l’amont de la Nouvelle-Orléans, peut dévier 7 000 m3.s-1 vers le lac Pontchartrain. Quant au déversement naturel du Mississippi dans le bras Atchafalaya, il
est limité artificiellement à 30 % du débit du fleuve.
Endiguements et déversements contrôlés font que la plaine deltaïque, désormais
à l’abri des inondations, ne reçoit pratiquement plus d’apports sédimentaires.
D’autre part, des terres basses et humides ont été drainées. Pour maintenir à sec
les différents quartiers de la Nouvelle-Orléans fonctionnent actuellement 21 stations
de pompage, 92 km de conduites de grand diamètre, 140 km de canaux. Poui tout le
delta, on estime à 520 km2 la superficie occupée par des canaux.
L’évacuation de l’eau dont les effets s’ajoutent à ceux de 1 extraction d hydiocarbures a pour résultat, en activant la compaction et en provoquant un tassement,
d aggraver l’affaissement de la plaine deltaïque dont la subsidence naturelle est
déjà prononcée. Des quartiers de la Nouvelle-Orléans se trouvent aujouid hui a
quelques mètres au-dessous du niveau de la mer.
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