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Les littoraux
F. Aménagements et évolution des deltas
Les deltas attirent les Hommes : la mise en valeur du delta du Nil est vieille de
plusieurs millénaires et les densités de population de certains deltas de l’Asie des
moussons sont parmi les plus fortes de la Terre. Les avantages qu’ils offrent sont
nombreux : terrains plats périodiquement enrichis par des limons de crue à haute
teneur organique; possibilités d’irrigation à partir des bras fluviaux et de la nappe
phréatique peu profonde; pénétration facilitée par des voies d’eau naturelles; forte
productivité biologique qui se traduit en particulier par une grande richesse ichtyologique. Cependant, il existe aussi des éléments répulsifs : inondations catastrophiques
d’origine fluviale ou marine; insalubrité liée à l’existence de marécages; impénétrabilité de la mangrove; salinité souvent élevée des terres. De fait, l’occupation des deltas
exige une maîtrise de l’eau dans un cadre collectif : elle implique un contrôle des inondations, un drainage des secteurs d’eau stagnante et, éventuellement, une irrigation des
espaces cultivés.
Comme d’autres milieux littoraux, beaucoup de deltas restés à l’état naturel
jusqu’au début de ce siècle, en particulier dans le bassin méditerranéen où ils
étaient utilisés très extensivement comme pâturages d’été, ont été transformés
depuis par des aménagements ayant pour but essentiel la conquête de nouvelles
terres agricoles. La préoccupation de conserver des réserves naturelles à des fins
scientifiques ou touristiques est récente. Les milieux deltaïques sont influencés par
des interventions anthropiques qui perturbent leur évolution sédimentologique et
géomorphologique. Seuls les deltas des régions arctiques ont été peu ou pas modifiés par l’Homme.
Les deltas subissent les répercussions des modifications apportées dans les
bassins-versants des fleuves auxquels ils sont associés. Ainsi, l’érosion anthropique des sols, apparue avec les défrichements de l’époque néolithique et accrue
pendant la période historique, a eu comme conséquence d’augmenter la charge des
cours d’eau, partant d’activer la progression des deltas. Autour de la Méditerranée,
ceux-ci se sont beaucoup étendus depuis l’antiquité, comme l’illustrent les embouchures du Pô et de l’Ebre. Dans le nord de Java, on a établi que la vitesse de
progradation des deltas au cours des cent dernières années, marquées par l’extension des plantations, a été deux à trois fois supérieure à celle qui a été calculée
pour les siècles précédents.
L’avancée en mer des bouches a été encore accélérée par la concentration de
l’écoulement dans certains chenaux endigués par des levées artificielles, opération
ayant pour but d’éviter des débordements lors des crues. D’où, par exemple, le développement des saillants de Rosette et de Damiette dans le delta du Nil. Des dragages
pour maintenir en activité un lit menacé d’assèchement par une défluviation agissent
dans le même sens, comme on l’a vu pour le chenal principal du Mississippi dont
1 existence est mise en danger par l’apparition du bras Atchafalaya.
Mais, aujourd’hui, là où des barrages ont été construits sur les fleuves, la
progression des deltas a été ralentie ou arrêtée. Parfois même la régression lui a
succédé. Ainsi, le lobe central du delta de l’Ebre a atteint le maximum de son développement en 1946 et, depuis, il est en recul. Il est vrai que le fleuve ne livre plus
aujourd hui à la mer que 5 % du volume des sédiments qu’il apportait à la fin du
XIXe siècle. Même constatation pour le delta de l’Adige, en Italie, à partir de 1957.
Les littoraux
F. Aménagements et évolution des deltas
Les deltas attirent les Hommes : la mise en valeur du delta du Nil est vieille de
plusieurs millénaires et les densités de population de certains deltas de l’Asie des
moussons sont parmi les plus fortes de la Terre. Les avantages qu’ils offrent sont
nombreux : terrains plats périodiquement enrichis par des limons de crue à haute
teneur organique; possibilités d’irrigation à partir des bras fluviaux et de la nappe
phréatique peu profonde; pénétration facilitée par des voies d’eau naturelles; forte
productivité biologique qui se traduit en particulier par une grande richesse ichtyologique. Cependant, il existe aussi des éléments répulsifs : inondations catastrophiques
d’origine fluviale ou marine; insalubrité liée à l’existence de marécages; impénétrabilité de la mangrove; salinité souvent élevée des terres. De fait, l’occupation des deltas
exige une maîtrise de l’eau dans un cadre collectif : elle implique un contrôle des inondations, un drainage des secteurs d’eau stagnante et, éventuellement, une irrigation des
espaces cultivés.
Comme d’autres milieux littoraux, beaucoup de deltas restés à l’état naturel
jusqu’au début de ce siècle, en particulier dans le bassin méditerranéen où ils
étaient utilisés très extensivement comme pâturages d’été, ont été transformés
depuis par des aménagements ayant pour but essentiel la conquête de nouvelles
terres agricoles. La préoccupation de conserver des réserves naturelles à des fins
scientifiques ou touristiques est récente. Les milieux deltaïques sont influencés par
des interventions anthropiques qui perturbent leur évolution sédimentologique et
géomorphologique. Seuls les deltas des régions arctiques ont été peu ou pas modifiés par l’Homme.
Les deltas subissent les répercussions des modifications apportées dans les
bassins-versants des fleuves auxquels ils sont associés. Ainsi, l’érosion anthropique des sols, apparue avec les défrichements de l’époque néolithique et accrue
pendant la période historique, a eu comme conséquence d’augmenter la charge des
cours d’eau, partant d’activer la progression des deltas. Autour de la Méditerranée,
ceux-ci se sont beaucoup étendus depuis l’antiquité, comme l’illustrent les embouchures du Pô et de l’Ebre. Dans le nord de Java, on a établi que la vitesse de
progradation des deltas au cours des cent dernières années, marquées par l’extension des plantations, a été deux à trois fois supérieure à celle qui a été calculée
pour les siècles précédents.
L’avancée en mer des bouches a été encore accélérée par la concentration de
l’écoulement dans certains chenaux endigués par des levées artificielles, opération
ayant pour but d’éviter des débordements lors des crues. D’où, par exemple, le développement des saillants de Rosette et de Damiette dans le delta du Nil. Des dragages
pour maintenir en activité un lit menacé d’assèchement par une défluviation agissent
dans le même sens, comme on l’a vu pour le chenal principal du Mississippi dont
1 existence est mise en danger par l’apparition du bras Atchafalaya.
Mais, aujourd’hui, là où des barrages ont été construits sur les fleuves, la
progression des deltas a été ralentie ou arrêtée. Parfois même la régression lui a
succédé. Ainsi, le lobe central du delta de l’Ebre a atteint le maximum de son développement en 1946 et, depuis, il est en recul. Il est vrai que le fleuve ne livre plus
aujourd hui à la mer que 5 % du volume des sédiments qu’il apportait à la fin du
XIXe siècle. Même constatation pour le delta de l’Adige, en Italie, à partir de 1957.
