Les deltas
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delta du Niger, les vasières étendues couvertes par la mangrove sont bordées du
côté de la mer par un alignement d’îles sableuses, larges en moyenne de 5 km,
entre lesquelles passent des chenaux de marée; ces îles sont constituées par des
bourrelets hauts de 2 a 3 m, couverts d arbres et de buissons, séparés par des
dépressions argileuses, qui témoignent d’une progradation du rivage. Dans le delta
du Nil, des sequences de crêtes de plage isolent de la mer les grandes lagunes que
sont le lac Idku, le lac Burullus et le lac Manzalah.
Il arrive que les crêtes de plage rencontrées dans les deltas, ne soient pas liées
pour l’essentiel aux apports solides des fleuves associés à ces deltas. Sur la partie
centrale de la côte brésilienne, les deltas des rivières Paraiba do Sul, Doce,
Jequitinhonha et Sâo Francisco ont été fondamentalement nourris en sables par
le transfert côtier (Martin et al., 1983). La dérive littorale est abondamment
chargée par du matériel que les vagues remontent depuis les fonds marins
proches. Une telle alimentation est rendue possible par une émersion régulière
de la côte depuis 2 500 ans B.P., le rivage d’alors se situant à + 2,5 m par rapport
à la position de celui d’aujourd’hui. A l’embouchure des rivières, le courant
d’eau douce constitue un obstacle qui freine la dérive et l’oblige à déposer une
partie des sédiments qu’elle transporte. Le développement d’un saillant représente une entrave supplémentaire qui accentue le phénomène avec le temps. La
dissymétrie de ces deltas brésiliens, bien illustrée par celui du Sâo Francisco
(fig. 87), plus largement développé sur sa rive droite, côté d’où vient la dérive,
que sur sa rive gauche, s’explique par le rôle primordial que joue le transfert
sableux littoral dans l’alluvionnement à proximité des embouchures lorsque s’y
manifeste un effet d’épi hydraulique. L’étude sédimentologique fait aussi apparaître que les sables des crêtes de plage sont plus grossiers que ceux jetés à la
mer par les rivières.
Les crêtes de plage édifiées par les vagues sur les marges deltaïques ne sont pas
toujours adossées à des terres gagnées sur la mer. Elles peuvent prendre d’autres
aspects, par exemple celui d’une île-barrière située bien en avant de la côte,
comme l’est l’île de Sakalin, apparue après 1857 en face de l’embouchure du bras
Saint-Georges du Danube.
On trouve aussi des flèches à pointe libre, souvent recourbées par la diffraction
et la réfraction des houles, comme celle de la Gracieuse dans le delta du Rhône,
® celle de la Kakinada dans le delta de la Godavari (Inde), celle d’El Fangar dans le
§ nord du delta de l’Ebre ou celle qui s’était édifiée à l'embouchure que la Medjerda
S a abandonnée en 1973 (photo 33).
| De fait, le développement de grandes flèches de ce type est souvent lié à une
2 large disponibilité en sédiments, elle-même en rapport avec l’érosion par les
ç vagues d’un sous-delta déserté par le fleuve à l’occasion d’une migration de son
lit. Ainsi dans le delta de l’Ebre, la langue de Los Alfaques, longue de 18 km,
| représente la contrepartie du recul du lobe sud qui avait progradé jusqu au
2 XVIe siècle tandis que celle d’El Fangar dont on vient de parler, longue de moins de
| 8 km, est associée à l’attaque du lobe nord qui s’était accru entre le XVII et le
XIXe siècle (fig. 88).
o L érosion par la mer des sous-deltas abandonnés, qui a pour effet d (arrondir
z leurs contours, est souvent favorisée par leur affaissement qui est dû au jeu
i combiné de la subsidence et de la compaction des sédiments, et qui n est plus
0 compensé par de nouveaux apports de matériaux. Dans le delta du Mississippi, le
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