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Les littoraux
Il est d’abord essentiel pour qu’existe un delta que le fleuve ait non seulement une capacité de transport élevée mais qu’elle soit effectivement utilisée.
L’abondance de la charge élastique d’un organisme hydrographique dépend du
relief, de la nature des roches et de la couverture végétale de son bassin-versant.
Elle est aussi étroitement liée aux conditions climatiques. À cet égard, certains
climats sont plus propices que d’autres à l’occurrence de débits solides élevés.
Dans les régions de haute latitude où le régime des températures est favorable à
l’intervention de la gélifraction, de grosses quantités de débris rocheux sont fournies aux rivières. Dans les régions où des contrastes saisonniers caractérisent la
pluviosité (climat tempéré continental, climat méditerranéen, climat tropical arrosé
à saison sèche), les eaux courantes disposent d’une puissance érosive considérable,
à l’origine d’un débit solide élevé. Ainsi, la charge annuelle livrée à la mer par le
Gange et le Brahmapoutre est estimée à 109 t dont 600.106 pour le seul Brahmapoutre, celle du Mississippi à 490.106 t (45 % d’argiles, 36 % de limons et 19 % de
sables fins), celle de l’Irraouadi à 265.106t dont 87% pendant les mois de
mousson. De fait, les appréciations varient suivant les auteurs car, si le calcul du
poids des particules transportées en suspension ne pose pas de problème, celui des
matériaux tractés sur le fond par reptation et saltation reste approximatif. Ainsi,
pour le Gange et le Brahmapoutre, on a aussi écrit qu’ils apportaient ensemble à la
mer une masse de sédiments évaluée à 1 670.106 t par an. On le voit, la fourchette
peut être large.
► Des caractéristiques du milieu marin dépend aussi la formation des deltas.
Des conditions hydrodynamiques entrent en jeu. Plus l’énergie des vagues est
faible, moins leur aptitude à disperser les sédiments apportés par un fleuve est
élevée. Un fond de golfe est ainsi plus propice à la construction d’un delta qu’une
côte ouverte, directement affectée par des houles puissantes. Le marnage doit être
pris en compte. On remarque que les deltas se localisent préférentiellement sur les
rivages où l’amplitude de la marée est réduite parce que les courants qui lui sont
associés sont alors peu rapides, donc incapables de prendre en charge les matériaux fins jetés à la mer par les cours d’eau. Aussi les mers fermées, les mers
continentales et les mers bordières sont-elles favorables, toutes choses étant égales
par ailleurs, à l’existence de deltas parce que le marnage y est en général moins
marqué que dans les océans. C’est là une des raisons pour lesquelles les deltas sont
nombreux en mer Méditerranée où, sauf dans le golfe de Gabès et dans le fond de
la mer Adriatique, l’amplitude de la marée astronomique est en moyenne de
0,30 m. Mais si la charge alluviale est très abondante, des deltas peuvent s’édifier
même dans le cas où le marnage est fort. Ainsi, à l’embouchure de l’Irraouadi où
existe un grand delta, il est de 5,80 m en vives-eaux et de 4 m en mortes-eaux.
► La topographie de la plate-forme continentale intervient aussi. Si la plateforme est étendue et à pente douce, parce que les profondeurs littorales à
remblayer sont peu importantes et que le talus continental est éloigné, un delta
pourra se développer largement et rapidement, d’autant plus que le relèvement lent
des fonds vers la terre peut contribuer à amortir les houles.
► Enfin, il faut prendre en compte le comportement du niveau marin. Sa stabilité constitue un élément favorable. Une tendance régressive est encore plus
propice. Cependant, plusieurs des grands deltas se situent sur des espaces dont la
subsidence, pour des raisons d’ordre tectoniques local, est accentuée par la
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