Les estuaires
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B.
L’origine et les conditions d’existence des estuaires
Les variations glacio-eustatiques du niveau de la mer pendant le Quaternaire
expliquent la genèse des estuaires. En particulier, au cours de la grande régression
würmienne, les fleuves importants du monde ont vu leur partie aval s’allonger et se
creuser en fonction d’une ligne de rivage à la fois éloignée et déprimée par rapport
à sa position actuelle. La Loire a ainsi creusé un lit dont le fond a été repéré par des
sondages à - 27 m à Nantes et qui, comme l’ont montré des profils sismiques, se
suit sur la plate-forme continentale jusqu’à - 80 m de profondeur. À partir de
15 000 ans avant le présent, le relèvement du niveau de la mer a entraîné une diminution de la pente dans le cours inférieur des fleuves qui sont passés d’une époque
d’incision à une période de remblaiement. Les sondages faits dans les estuaires
montrent une séquence caractérisée à la base par des sédiments grossiers de la fin
du Würm, puis par des sables du début de l’Holocène, enfin par les vases actuelles.
Cette succession témoigne d’une diminution progressive de la compétence des
rivières par amortissement de leur vitesse d’écoulement. Des estuaires se sont
formés là où la charge fluviale était insuffisante pour que le colmatage du cours
inférieur de la vallée suive au même rythme la remontée du niveau de base, rapide
à l’échelle géologique du temps, puisqu’elle a été de l’ordre de 100 m en
10000 ans. Au moment de la culmination de la transgression postglaciaire, il y a 5
ou 6 000 ans, les estuaires devaient être plus nombreux qu’ils ne le sont
aujourd’hui. Depuis lors, certains ont été entièrement remblayés. Ceux qui subsistent se rencontrent là où les conditions suivantes, favorables à leur existence, sont
réunies :
— marées d’amplitude suffisante pour permettre l’occurrence de courants rapides
de flot et de jusant;
— morphologie en entonnoir de l’embouchure qui, à la fois, autorise une importante pénétration de la marée par sa large ouverture et sa profondeur à l’aval, et
permet une accélération des courants de chasse par son rétrécissement vers
l’amont;
— charge alluviale grossière faible; si elle était abondante, elle excéderait la
- compétence et la capacité des courants, donc elle activerait le remblaiement de
’ l’estuaire.
» Cette dernière condition est remplie par les fleuves dont les bassins-versants
connaissent un régime de biostasie. Sous un tel régime, le couvert forestier fait que
§ 1 altération des roches, productrice de débris fins sous l’action des agents météoiii Ques, 1 emporte de beaucoup sur la fragmentation mécanique qui donne des débi is
o grossiers. C’est ce qui se passe dans le domaine chaud et pluvieux d une paît, dans
s le domaine tempéré océanique d’autre part. Les côtes des latitudes tempéiées sont
o Part'culièrement favorables à l’existence d’estuaires pour plusieurs raisons .
| “—elles n ont pas connu, pendant les périodes froides quaternaires, de creusement
j
glaciaire générateur de fjords, comme cela a été le cas dans des latitudes plus
; élevées ;
0
| ~~ la charge alluviale fine des cours d’eau y est moins importante que dans les latit tudes tropicales pluvieuses où la chaleur accélère la décomposition chimique
e des roches;
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