150
Les littoraux
Fig. 66. — Exhaussement d’un fond vaseux sous des tables ostréicoles
(d’après J.M. Sornin, 1981).
L’influence de l’Homme s’est d’abord manifestée par une accélération de la
fermeture de la lagune. Celle-ci, encore largement ouverte sur la baie de Tunis
dans l’antiquité, n’a été complètement séparée de la mer par un cordon sableux
continu qu’au cours du XVe ou du XVIe siècle. Il est maintenant établi que les
grands défrichements intervenus pendant l’époque romaine, dans les bassinsversants de l’oued Miliane et surtout de la Medjerda, ont provoqué une vague
d’érosion des sols et des formations meubles sous-jacentes, à l’origine d’un
accroissement de la charge transportée par la dérive littorale. De ce fait, la lagune
s’est fermée plus rapidement que si seules les conditions naturelles avaient
continué à prévaloir.
L’Homme a modifié la géométrie de la lagune. Il a réduit sa superficie de 4 ou
5 km2 par des remblayages qui continuent aujourd’hui et qui ont permis l’extension de la ville moderne de Tunis ainsi que l’aménagement de terre-pleins pour son
port. On a aussi installé des marais salants et des décharges d’ordures. Aussi les
marécages bordiers qui jouaient un rôle de poumons pour le lac ont-ils pratiquement disparu. Depuis que la lagune s’est fermée, on a eu le souci de maintenir un
passage entre elle et la mer pour permettre le mouvement des bateaux. Déjà
Charles Quint avait fait creuser un chenal de navigation, précurseur de l’actuel
établi en 1885, long de 9 km, orienté E-O, aujourd’hui profond de 10 m et large de
45 m. Ce chenal est flanqué de levées latérales, édifiées avec les produits des
dragages, qui ont pour effet de diviser la lagune en deux bassins distincts. Chaque
bassin communique cependant avec la mer par une étroite passe artificielle. Le
confinement n’est donc pas total.
L homme a enfin perturbé la sédimentologie de la lagune qui reçoit les eaux
usées d une agglomération de plus d’un million d’habitants. Les effluents urbains
et industriels, estimés à environ 5.104 m3 par jour, jusque très récemment peu ou
Précédent

- 153/262

Suivant