Les marais maritimes
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Europe occidentale, là où l’on voulait accélérer la sédimentation naturelle. Cependant,
on observe actuellement un dépérissement de cette espèce dans des marais qu’elle
avait contribué pour une large part à développer. Les causes de cette dégradation qui
entraîne une érosion des schorres ne sont pas encore clairement établies.
Depuis un demi-siècle, de vastes surfaces de marais maritimes ont été annexées à
la terre ferme par simple remblayage pour permettre l’extension de villes, de ports,
de zones industrielles. La consistance meuble et compressible des sédiments intertidaux a souvent posé des problèmes de fondation. Mais la disparition pure et simple
de ces espaces bas et humides est fortement mise en question par les naturalistes
dont aujourd’hui la voix est relayée et amplifiée par une opinion publique de plus en
plus sensibilisée aux problèmes d’environnement. En effet, la tendance à la
conquête de nouvelles terres a fait place à un désir de conservation qui s’explique
par une prise de conscience de la richesse biologique des marais maritimes et de
leur valeur paysagère. La protection de ce qui restait de milieux humides littoraux a
été l’un des axes forts de bataille du mouvement écologiste au cours des dernières
décennies. Cette action de sauvegarde a été favorisée par l’évolution du contexte
social et économique de l’Europe occidentale : baisse de la pression démographique, surtout politique agricole commune de diminution de la production et de
réduction des surfaces cultivées. Ce renversement de la perception des vasières
littorales est tel que l’on envisage même d’ouvrir de nouveau à l’inondation des
portions de terre si patiemment gagnées sur la mer. Pour donner l’exemple, en 1993,
le Conservatoire du littoral a permis la pénétration des eaux salées sur une trentaine
d’hectares dans la baie des Veys, sur la côte orientale du Cotentin, et il envisage en
outre de rendre 500 ha supplémentaires de polders à la mer. Mais des réticences se
manifestent chez les populations riveraines dont la mentalité reste marquée par des
siècles de lutte contre la mer et qui craignent toujours des inondations venues d'elle.
En Extrême-Orient, en particulier en Chine, où la pression démographique se maintient forte, la poldérisation à des fins agricoles continue.
a r m a n d
c o l in .
L a
p h o to c o p ie n o n
a u to ris é e e s t u n
d é lit.
4. Étude d’un cas : la baie du Mont-Saint-Michel
La baie du Mont-Saint-Michel (fig. 50) donne un bon exemple de colmatage
d’un marais maritime que des interventions humaines ont rendu plus rapide
(Larsonneur, 1989).
Abritée de la houle par sa situation dans le fond du golfe Normand-Breton, la
baie du Mont-Saint-Michel constitue un site célèbre par 1 abbaye bénédictine du
Xe siècle édifiée sur un pointement rocheux auquel des marées semi-diurnes d une
amplitude exceptionnelle (jusqu’à 15 m en époque de vives-eaux) contèrent périodiquement un caractère insulaire. Elle est le siège d’une sédimentation naturelle
active. On estime que lors d’une marée de coefficient 90, un volume oscillant de
10xm3 d’eau met en mouvement quelque 104 5 m3 de sédiments dont 2 à 3 % se
déposent à chaque cycle flot-jusant. On a déjà dit que 106 à 1,5.106 m de tangue et
de sable s’accumulent chaque année dans la baie, ce qui représente, en moyenne,
un exhaussement du fond de 2 cm. En fait, la répartition spatiale des dépôts est
inégale. Actuellement, les atterrissements sont particulièrement importants aux
alentours du Mont-Saint-Michel que les schorres, progressant de 25 ha par an,
tendent à prendre dans une tenaille dirigée vers l’îlot de Tombelaine. L environnement marin du Mont-Saint-Michel paraît compromis à brève échéance.
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Europe occidentale, là où l’on voulait accélérer la sédimentation naturelle. Cependant,
on observe actuellement un dépérissement de cette espèce dans des marais qu’elle
avait contribué pour une large part à développer. Les causes de cette dégradation qui
entraîne une érosion des schorres ne sont pas encore clairement établies.
Depuis un demi-siècle, de vastes surfaces de marais maritimes ont été annexées à
la terre ferme par simple remblayage pour permettre l’extension de villes, de ports,
de zones industrielles. La consistance meuble et compressible des sédiments intertidaux a souvent posé des problèmes de fondation. Mais la disparition pure et simple
de ces espaces bas et humides est fortement mise en question par les naturalistes
dont aujourd’hui la voix est relayée et amplifiée par une opinion publique de plus en
plus sensibilisée aux problèmes d’environnement. En effet, la tendance à la
conquête de nouvelles terres a fait place à un désir de conservation qui s’explique
par une prise de conscience de la richesse biologique des marais maritimes et de
leur valeur paysagère. La protection de ce qui restait de milieux humides littoraux a
été l’un des axes forts de bataille du mouvement écologiste au cours des dernières
décennies. Cette action de sauvegarde a été favorisée par l’évolution du contexte
social et économique de l’Europe occidentale : baisse de la pression démographique, surtout politique agricole commune de diminution de la production et de
réduction des surfaces cultivées. Ce renversement de la perception des vasières
littorales est tel que l’on envisage même d’ouvrir de nouveau à l’inondation des
portions de terre si patiemment gagnées sur la mer. Pour donner l’exemple, en 1993,
le Conservatoire du littoral a permis la pénétration des eaux salées sur une trentaine
d’hectares dans la baie des Veys, sur la côte orientale du Cotentin, et il envisage en
outre de rendre 500 ha supplémentaires de polders à la mer. Mais des réticences se
manifestent chez les populations riveraines dont la mentalité reste marquée par des
siècles de lutte contre la mer et qui craignent toujours des inondations venues d'elle.
En Extrême-Orient, en particulier en Chine, où la pression démographique se maintient forte, la poldérisation à des fins agricoles continue.
a r m a n d
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L a
p h o to c o p ie n o n
a u to ris é e e s t u n
d é lit.
4. Étude d’un cas : la baie du Mont-Saint-Michel
La baie du Mont-Saint-Michel (fig. 50) donne un bon exemple de colmatage
d’un marais maritime que des interventions humaines ont rendu plus rapide
(Larsonneur, 1989).
Abritée de la houle par sa situation dans le fond du golfe Normand-Breton, la
baie du Mont-Saint-Michel constitue un site célèbre par 1 abbaye bénédictine du
Xe siècle édifiée sur un pointement rocheux auquel des marées semi-diurnes d une
amplitude exceptionnelle (jusqu’à 15 m en époque de vives-eaux) contèrent périodiquement un caractère insulaire. Elle est le siège d’une sédimentation naturelle
active. On estime que lors d’une marée de coefficient 90, un volume oscillant de
10xm3 d’eau met en mouvement quelque 104 5 m3 de sédiments dont 2 à 3 % se
déposent à chaque cycle flot-jusant. On a déjà dit que 106 à 1,5.106 m de tangue et
de sable s’accumulent chaque année dans la baie, ce qui représente, en moyenne,
un exhaussement du fond de 2 cm. En fait, la répartition spatiale des dépôts est
inégale. Actuellement, les atterrissements sont particulièrement importants aux
alentours du Mont-Saint-Michel que les schorres, progressant de 25 ha par an,
tendent à prendre dans une tenaille dirigée vers l’îlot de Tombelaine. L environnement marin du Mont-Saint-Michel paraît compromis à brève échéance.
