58 • Première partie: Atlantique
tement dans l'air; on parle alors d'iodovolatilisation. Le broyage effectué par les tempêtes accentue le phénomène, et c'est ainsi que les embruns
chargés d'iode et de sel marin peuvent pénétrer à des kilomètres à l’intérieur des terres.
Les Algues arrachées lors des tempêtes d’hiver proviennent de différentes origines parfois assez éloignées. La masse déposée sur les plages est
donc composite: on y trouve aussi bien des Algues arrachées à l'estran
rocheux voisin (Fucales diverses) que d'autres provenant de plus grandes
profondeurs (Laminaires). En conséquence, des stipes de Laminaires de
grande taille, qui n’émergent jamais, se trouvent ainsi mélangés avec des
formes les plus diverses d'Algues brunes, rouges ou vertes. En explorant
ces épaves fraîchement arrivées, le collectionneur, s'il a de la chance, trouvera parfois son bonheur en y découvrant des spécimens remarquables
qui ne sont accessibles, autrement, qu'en plongée.
« Fleurs de mai » et renouvellement cyclique
des lames de Laminaires
Vers les mois d'avril et de mai, un arrivage particulier se dépose sur les
plages, résultat tout à fait naturel du développement cyclique et discontinu
de Laminaria hyperborea, dont les populations constituent l'essentiel de la
biomasse des eaux côtières. On les désigne souvent sous le nom de
«mantelets» ou de «fleurs de mai», expression populaire qui fait allusion
à la période de l'année, mais pour les botanistes ce n'est là qu'une image
puisque, par définition, les Algues ne produisent pas de fleurs. Ces Algues
qui viennent à la côte sont des fragments de lames; on n'y trouve que peu
de stipes : il s'agit de l'ancienne lame de Laminaria hyperborea, celle de
l'année précédente, qui s'est détachée du pied mère, à la manière des
feuilles qui se détachent des arbres. Tout se passe comme si les saisons
étaient inversées puisque, à la différence des végétaux terrestres, c'est au
printemps que cette «feuille» tombe, et non pas à l'automne. Le mécanisme en est également différent puisqu'il s'agit, ici, du résultat d'une
reprise de l'activité de croissance de l'Algue et non pas du raccourcissement de la durée du jour. La zone de croissance des laminaires, ou zone
méristématique, située en position intercalaire, à la jonction du stipe et
de la lame, est responsable de l'allongement du thalle. Chez la plupart des
espèces, l'activité de croissance a lieu sans modifications morphologiques
très marquées. Chez certaines d'entre elles, en revanche, la reprise est nettement visible, la nouvelle lame repoussant l'ancienne, qui lui demeure
seulement rattachée par un étranglement très étroit; c’est le cas de
Laminaria hyperborea. Un léger rétrécissement est occasionnellement visible
chez Laminaria digitata et Laminaria saccharina. Après la phase de repos
estival, ce redémarrage de la croissance pendant les mois sombres de l’hiver
peut paraître paradoxal, car la lumière y est insuffisante pour assurer la
photosynthèse nécessaire. Une activité physiologique supplémentaire
pallie alors cette déficience: un transport de substances alimentaires, stockées l'année précédente dans l'ancienne lame, a lieu, depuis le haut vers
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