176 • Deuxième partie : Méditerranée
Les Algues venues d'ailleurs sont comme les hordes de supporters: des
gens plus ou moins civilisés chez eux sont capables de se transformer en
«casseurs» loin de leurs bases. Les Japonais sont ainsi les premiers étonnés
par les méfaits de Sargassum miiticum : chez eux, elle est plutôt discrète, et
n'avait guère attiré l'attention sur elle jusqu'ici.
Il importe évidemment de ne plus jouer aux apprentis sorciers, et de
prendre les mesures nécessaires pour que, dans l'avenir, de pareilles introductions accidentelles ne se reproduisent plus. Déjà, dans la région
marseillaise, le paysage végétal, souvent dominé par Asparagopsis armata
et Caulerpa racemosa (parce que ces deux espèces sont plutôt indigestes
pour les herbivores, donc indirectement favorisées), ne ressemble plus
beaucoup à ce qu'il était avant l'arrivée de ces aliens.
e Des régions bien singulières
Il y a trois Méditerranées, disions-nous plus haut. Mais, en y regardant de
plus près, on découvre dans chacune d'elles des régions si singulières
qu'un observateur non prévenu ne se douterait pas qu'il est bien en
Méditerranée.
La mer d'Alboran, c'est la zone tampon entre Atlantique et Méditerranée; quand on franchit Gibraltar en venant de l'Atlantique, il faut se
rendre à l'évidence : c'est encore l'Atlantique. Puis, peu à peu, au fil des
kilomètres, Fucus spiralis et les autres espèces atlantiques disparaissent.
Mais, à 200 km de Gibraltar, autour du banc d'Alboran, on trouve encore
une fantastique forêt de Laminaria ochroleuca.
Plus de 1000 km à l'est, l'Atlantique «réapparaît» dans le détroit de
Messine. Les terribles tourbillons de Charybde et de Scylla, où Ulysse faillit
se perdre, ne sont qu'une des manifestations des violents courants de marée
qui balaient ce détroit. On est surpris d’y découvrir des dizaines d'espèces
d'Algues qui font habituellement partie du paysage que l'on rencontre dans
la région atlantique : Saccorhiza polyschides, Callophyllis laciniata, Cryptopleura
ramosa... Et, entre 45 et 85 m de profondeur, c'est de nouveau la forêt de
Laminaria ochroleuca.
La haute Adriatique, avec ses marées importantes, ses eaux fraîches,
riches en sels nutritifs et relativement peu salées du fait de l'arrivée des
eaux du Pô, voit réapparaître les Fucus: il s'agit d'une espèce endémique
proche de F. spiralis, F. virsoides ; peut-être, d'ailleurs, n'en diffère-t-elle pas.
Nous pourrions citer encore bien d'autres secteurs plus ou moins particuliers en Méditerranée. Nous nous Contenterons de parler de ces côtes
du nord de la mer Méditerranée, qui sont balayées l'hiver par des vents
violents et glacés : bora, mistral, tramontane. Dans le golfe de Kvarner, en
Yougoslavie, des sortes de petites banquises littorales se sont formées lors
de certains hivers particulièrement rudes. Sur la côte des Albères, en
Catalogne française, la tramontane soulève la mer plus de 250 jours par
an. Quand les touristes ont abandonné les madragues, la Méditerranée ne
ressemble décidément pas toujours aux cartes postales que l'on y vend...
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