La flore de Méditerranée • 173
disparu. Chaque fois que Gibraltar se rouvrait, et que l'Atlantique s'engouffrait de nouveau dans la Méditerranée, c'est bien sûr une flore atlantique qui arrivait avec l'eau; aujourd'hui encore, l'Atlantique apporte sans
cesse en Méditerranée, avec l'eau qu'il lui offre, les milliards de spores et
de boutures qu'elle charrie.
Le chaud et le froid
Cependant l'eau atlantique n'a pas toujours apporté les mêmes espèces.
Au plus fort des époques glaciaires (la dernière a culminé il y a seulement
18000 ans), alors que l'Europe se couvrait de glaciers jusqu'à l’emplacement actuel de Lyon, c'est une eau relativement froide qui entrait par
Gibraltar, avec son cortège d'espèces de l'Atlantique nord; ainsi, sans
doute, sont arrivées des espèces comme Gymnogongrus crenulatus et
Plocamium cartilagineum. Lors des périodes de réchauffement maximal (la
dernière date de 5 000 ans environ), ce sont au contraire des espèces de
l'Atlantique tropical qu'apportait le courant; ainsi sont sans doute venues
des espèces telles que la petite Parvocaulis parvula ou la caulerpe Caulerpa
proliféra.
L'évolution en marche
Les particularités du milieu méditerranéen (faiblesse des marées, pauvreté en
sels nutritifs, relative constance de la température en profondeur, brutalité
des écarts thermiques près de la surface) ont conduit certaines des espèces à
évoluer à partir de leurs ancêtres atlantiques, donnant ainsi naissance à de
nouvelles espèces spécifiques à la Méditerranée : on les qualifie d'endémiques.
Ainsi sont nées, à partir de l'espèce atlantique, Cystoseira tamariscifolia, les
C. mediterranea et C. amentacea var. stricta (en Méditerranée occidentale),
C. amentacea var. spicata (en Adriatique) et var. amentacea (en Grèce). Au total,
la flore méditerranéenne est relativement riche en endémiques: entre 20 et
25 % de ses espèces. Aux espèces de Cystoseira citées plus haut, on peut ajouter
Laminaria rodriguezii, Sebdenia rodrigueziana et dichotoma, Ptilophora mediterranea, Rissoella verruculosa, Tenarea tortuosa, mais la liste en est longue.
Ajoutons-y Posidonia oceanica, qui, pour ne pas être une Algue mais une
plante à fleurs, n’en est pas moins l'espèce la plus caractéristique et la plus
répandue de la Méditerranée.
Les envahisseurs
En perçant le canal de Suez, Ferdinand de Lesseps ne se doutait certainement pas que les cargos et les paquebots ne seraient pas les seuls à l’emprunter. Des centaines d'espèces de la mer Rouge, Poissons, Mollusques,
Crustacés, Algues, et même un Magnoliophyte marin, se sont précipitées
en Méditerranée. Pour beaucoup d'entre elles, ce n'est d'ailleurs qu'un
retour au pays, des retrouvailles avec une mer dont leurs ancêtres avaient
été chassés lors de l’assèchement de la Méditerranée ou, plus tard, au plus
fort des glaciations quaternaires.
disparu. Chaque fois que Gibraltar se rouvrait, et que l'Atlantique s'engouffrait de nouveau dans la Méditerranée, c'est bien sûr une flore atlantique qui arrivait avec l'eau; aujourd'hui encore, l'Atlantique apporte sans
cesse en Méditerranée, avec l'eau qu'il lui offre, les milliards de spores et
de boutures qu'elle charrie.
Le chaud et le froid
Cependant l'eau atlantique n'a pas toujours apporté les mêmes espèces.
Au plus fort des époques glaciaires (la dernière a culminé il y a seulement
18000 ans), alors que l'Europe se couvrait de glaciers jusqu'à l’emplacement actuel de Lyon, c'est une eau relativement froide qui entrait par
Gibraltar, avec son cortège d'espèces de l'Atlantique nord; ainsi, sans
doute, sont arrivées des espèces comme Gymnogongrus crenulatus et
Plocamium cartilagineum. Lors des périodes de réchauffement maximal (la
dernière date de 5 000 ans environ), ce sont au contraire des espèces de
l'Atlantique tropical qu'apportait le courant; ainsi sont sans doute venues
des espèces telles que la petite Parvocaulis parvula ou la caulerpe Caulerpa
proliféra.
L'évolution en marche
Les particularités du milieu méditerranéen (faiblesse des marées, pauvreté en
sels nutritifs, relative constance de la température en profondeur, brutalité
des écarts thermiques près de la surface) ont conduit certaines des espèces à
évoluer à partir de leurs ancêtres atlantiques, donnant ainsi naissance à de
nouvelles espèces spécifiques à la Méditerranée : on les qualifie d'endémiques.
Ainsi sont nées, à partir de l'espèce atlantique, Cystoseira tamariscifolia, les
C. mediterranea et C. amentacea var. stricta (en Méditerranée occidentale),
C. amentacea var. spicata (en Adriatique) et var. amentacea (en Grèce). Au total,
la flore méditerranéenne est relativement riche en endémiques: entre 20 et
25 % de ses espèces. Aux espèces de Cystoseira citées plus haut, on peut ajouter
Laminaria rodriguezii, Sebdenia rodrigueziana et dichotoma, Ptilophora mediterranea, Rissoella verruculosa, Tenarea tortuosa, mais la liste en est longue.
Ajoutons-y Posidonia oceanica, qui, pour ne pas être une Algue mais une
plante à fleurs, n’en est pas moins l'espèce la plus caractéristique et la plus
répandue de la Méditerranée.
Les envahisseurs
En perçant le canal de Suez, Ferdinand de Lesseps ne se doutait certainement pas que les cargos et les paquebots ne seraient pas les seuls à l’emprunter. Des centaines d'espèces de la mer Rouge, Poissons, Mollusques,
Crustacés, Algues, et même un Magnoliophyte marin, se sont précipitées
en Méditerranée. Pour beaucoup d'entre elles, ce n'est d'ailleurs qu'un
retour au pays, des retrouvailles avec une mer dont leurs ancêtres avaient
été chassés lors de l’assèchement de la Méditerranée ou, plus tard, au plus
fort des glaciations quaternaires.
