172 • Deuxième partie: Méditerranée
Il y a trois Méditerranées : l'occidentale et l'orientale, et puis l'Adriatique. La Méditerranée occidentale est tempérée et modérément alimentée en sels nutritifs par l'Atlantique. La Méditerranée orientale est
franchement chaude, avec des températures estivales qui peuvent dépasser 28 °C (comme dans les mers tropicales), et une réelle pénurie en sels
nutritifs. L'Adriatique est un monde un peu à part, une mer fermée dans
une Méditerranée fermée, avec le risque de se transformer en cloaque.
Une mer sans marées?
Les marées sont faibles en Méditerranée; tout au moins les marées liées à
l'attraction de la Lune et du Soleil. Mais la Lune et le Soleil ne sont pas les
seuls à être capables de faire monter et descendre le plan d'eau : hautes ou
basses pressions, vents soufflant vers le large ou vers la terre, seiches
(oscillations de l'eau dans les golfes un peu fermés). Au total, si la marée
luni-solaire ne dépasse guère 30 cm d'amplitude, des marées de près de
1 m mètre ne sont pas rares. En mer d'Alboran, l'influence de l'Atlantique
tout proche se fait sentir; les marées y sont supérieures à la moyenne. En
outre, dans la haute Adriatique (Venise, Trieste) et dans le golfe de Gabès
(Djerba, en Tunisie), la marée de vive-eau dépasse 2 m d'amplitude: ce
n'est pas la Manche, mais c'est déjà très honorable!
Une flore très éclectique
Le souvenir de la Téthys
La fameuse «coupure Nord-Sud» du monde actuel a eu une réalité géologique dans le passé. 11 y a une vingtaine de millions d'années, la Méditerranée faisait partie d’un ensemble plus vaste, la Téthys, séparant les masses
continentales du Nord de celles du Sud, depuis l'Atlantique jusqu'au
Pacifique. La flore de la Méditerranée ne semble toutefois pas en avoir
gardé beaucoup de souvenirs. Nous en comprendrons plus loin la raison.
La Méditerranée asséchée !
La Méditerranée est déficitaire en eau: si l'on calcule le volume d'eau que
l'évaporation lui enlève et celui qui y arrive (fleuves, pluies), on s'aperçoit qu'il manque chaque année 2500 km3 d’eau; c'est l'Atlantique (et,
dans une moindre mesure, la mer Noire) qui compense ce déficit. Par
Gibraltar, un formidable fleuve marin se déverse en permanence dans la
Méditerranée.
Et si Gibraltar se fermait? Le niveau de la Méditerranée baisserait alors
de 1 m par an! Or, cela s’est produit à plusieurs reprises, il y a 5 à
6 millions d'années: ce sont les «crises messiniennes». La Méditerranée
s'est alors plus ou moins asséchée, se réduisant à un chapelet de lacs salés
du type de l'actuelle mer Morte. On comprend sans peine que sa flore
ancienne, héritée de la Téthys, ait alors plus ou moins complètement
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