NOTRE SÉJOUR À RAS MUHAMMAD touche à sa fin. Si Eugénie Clark plonge ici
depuis quarante ans et préfère ce site à tout autre, comment pourrions-nous connaître toutes ses splendeurs en une seule semaine ? Chaque jour passé ici ne fait
qu’accroître ma reconnaissance envers le Dr Clark et tous les amis de Ras Muhammad, d’avoir permis aux plongeurs de jouir de cet endroit merveilleux.
Le capitaine Freddy veut encore nous montrer deux autres sites de plongée : « Le Temple », renommé pour l’abondance des organismes nocturnes, et
l’« Observatoire du Requin », proche de la pente sableuse qu’étudie le Dr Clark.
Alors que nous sommes en train de nous équiper pour notre plongée de
nuit sur le site du Temple, le capitaine Freddy nous dit : « Ne soyez pas étonnés
si vous terminez votre pellicule avant d’avoir épuisé votre bouteille. »
Il a raison. Dès que nous entrons dans l’eau, le faisceau de notre lampe de
plongée éclaire une crête récifale colorée, grouillante de dizaines d’animaux nocturnes. Nous nageons au-dessus de l’une des deux flèches qui ont inspiré le nom
de ce site. Près de la surface, notre lampe éclaire une comatule (Astrophyton mûricaturri), ses milliers de bras ramifiés déployés comme un éventail chinois. En l’approchant, nous apercevons un minuscule Atherinidae luttant pour échapper à l’étreinte
de l’animal. Mais il est trop tard. Renforçant la prise sur sa proie, la gorgone l’approche de sa bouche. Rapidement, le poisson est enveloppé. Comme nous nous éloignons, deux autres individus sont pris au piège.
Dans le lointain, j’aperçois des petits éclairs lumineux, d’abord à un endroit,
puis à un autre. Je m’approche et scrute attentivement, mais je ne vois rien.
Qu’était-ce ?
Plus tard, j’apprendrai qu’il s’agissait de deux Photoblepharon. Un organe
elliptique et lumineux rempli de bactéries, placé sous les yeux, génère de la lumière ;
il s’éteint ou s’allume suivant que la membrane qui recouvre cet organe est fermée
ou ouverte. Les scientifiques pensent que cette lumière attire le plancton et permet
au poisson de voir ses proies dans la nuit. De plus, les Photoblepharon utilisent la
lumière pour communiquer entre eux et tromper les prédateurs.
En avançant, nous rencontrons des poissons endormis : poissons-ballons,
idoles maures, poissons-soldats, poissons-perroquets, et plusieurs espèces de crabes.
C’est le bon moment pour faire un portrait des poissons, alors qu’ils sont endorLA mer rouge
On voit souvent des bancs de carangues nageant près des récifs
en mer Rouge. Lorsque l'on se trouve sous le banc, on observe
parfois leur nage circulaire.
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