mis et ignorent notre présence. Tout comme Freddy l’avait prédit, je termine ma
pellicule bien trop tôt à mon goût.
En explorant grottes et cavernes en mer Rouge, les plongeurs
doivent se montrer très prudents, car il existe des animaux
dangereux comme les rascasses, dont l'épine dorsale venimeuse
inflige des piqûres d’une douleur intense.
POUR NOTRE DERNIÈRE PLONGÉE, Freddy veut nous montrer quelque chose de
« vraiment différent ». Effectivement, le tombant de l’Observatoire du Requin
promet d’être très différent des autres sites sur lesquels nous avons plongé.
Notre Zodiac nous dépose à une dizaine de mètres du bord. Après avoir
nettoyé mon masque, je réalise que nous nous trouvons au milieu d’un banc de
peut-être trois cents fusiliers (Caesio lunaris), des poissons bleus élancés, d’une dizaine
de centimètres de long. Au début, ils nagent tranquillement. Puis un banc de huit
carangues s’approche, essayant d’isoler un individu plus faible pour le manger. L’un
des carangues fait un mouvement et le banc change soudain de direction. Un autre
carangue attaque et le banc, à l’unisson, change à nouveau de direction.
Complètement entourés par les fusiliers et les carangues, nous assistons en spectateurs
privilégiés à cette chasse, à la fois combat et ballet.
En nageant vers la côte, nous nous trouvons sous une saillie de corail, devant
une scène spectaculaire. Des rayons lumineux obliques pénètrent à travers des fissures
de la saillie, et des bancs de poissons nagent tantôt dans l’obscurité, tantôt dans
la lumière, tout en broutant le récif.
En explorant le tombant, nous découvrons des dizaines de petites grottes
couvertes d’algues rouges, vertes ou jaunes. Les colonies coralliennes ignorent les
profondeurs de ces grottes, car ces animaux ne peuvent vivre sans lumière.
Dans l’une de ces grottes, nous sommes stupéfaits de trouver dix rascasses
volantes (Pterois volt tans} posées sur le sol, au plafond et sur les murs. Je me déplace
pour prendre une photo de ces reines du camouflage, et elles commencent à s’éloigner
lentement. Mes flashes éclatent, je sors à reculons et les poissons retournent à leur
place.
Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais c’est la meilleure plongée
du séjour. Je n ai vu qu’un seul requin aileron-blanc (Triaenodon obesus}, et non
pas les groupes qu’on aurait pu attendre dans un « Observatoire du Requin », mais
qu importe. Peut-etre est-ce la nage sous le surplomb corallien, ou l’exploration
des grottes. Ou peut-etre encore l’azote qui s’est formé dans mon sang, et qui pro88
LA MER ROUGE
pellicule bien trop tôt à mon goût.
En explorant grottes et cavernes en mer Rouge, les plongeurs
doivent se montrer très prudents, car il existe des animaux
dangereux comme les rascasses, dont l'épine dorsale venimeuse
inflige des piqûres d’une douleur intense.
POUR NOTRE DERNIÈRE PLONGÉE, Freddy veut nous montrer quelque chose de
« vraiment différent ». Effectivement, le tombant de l’Observatoire du Requin
promet d’être très différent des autres sites sur lesquels nous avons plongé.
Notre Zodiac nous dépose à une dizaine de mètres du bord. Après avoir
nettoyé mon masque, je réalise que nous nous trouvons au milieu d’un banc de
peut-être trois cents fusiliers (Caesio lunaris), des poissons bleus élancés, d’une dizaine
de centimètres de long. Au début, ils nagent tranquillement. Puis un banc de huit
carangues s’approche, essayant d’isoler un individu plus faible pour le manger. L’un
des carangues fait un mouvement et le banc change soudain de direction. Un autre
carangue attaque et le banc, à l’unisson, change à nouveau de direction.
Complètement entourés par les fusiliers et les carangues, nous assistons en spectateurs
privilégiés à cette chasse, à la fois combat et ballet.
En nageant vers la côte, nous nous trouvons sous une saillie de corail, devant
une scène spectaculaire. Des rayons lumineux obliques pénètrent à travers des fissures
de la saillie, et des bancs de poissons nagent tantôt dans l’obscurité, tantôt dans
la lumière, tout en broutant le récif.
En explorant le tombant, nous découvrons des dizaines de petites grottes
couvertes d’algues rouges, vertes ou jaunes. Les colonies coralliennes ignorent les
profondeurs de ces grottes, car ces animaux ne peuvent vivre sans lumière.
Dans l’une de ces grottes, nous sommes stupéfaits de trouver dix rascasses
volantes (Pterois volt tans} posées sur le sol, au plafond et sur les murs. Je me déplace
pour prendre une photo de ces reines du camouflage, et elles commencent à s’éloigner
lentement. Mes flashes éclatent, je sors à reculons et les poissons retournent à leur
place.
Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais c’est la meilleure plongée
du séjour. Je n ai vu qu’un seul requin aileron-blanc (Triaenodon obesus}, et non
pas les groupes qu’on aurait pu attendre dans un « Observatoire du Requin », mais
qu importe. Peut-etre est-ce la nage sous le surplomb corallien, ou l’exploration
des grottes. Ou peut-etre encore l’azote qui s’est formé dans mon sang, et qui pro88
LA MER ROUGE
