qu’à l’origine ils ont rejoint le lac Baïkal depuis l’océan Arctique, en remontant
l’Ienisseï et l’Angara transformées en glaciers au cours de l’ère glaciaire.
Au dernier recensement, soixante mille de ces créatures argentées vivaient
dans le lac, en particulier autour des îles du centre et du nord ; on peut parfois
les y observer, se dorant au soleil, à la belle saison, sur des affleurements de marbre. Comme il s’agit de la plus grande espèce du lac, le sommet de la chaîne alimentaire, l’épidémie de 1987 a causé une vive inquiétude chez les scientifiques. Si
mes photos peuvent contribuer à faire connaître au monde ces phoques et leur habitat
merveilleux, cette froide randonnée vers le nord, sur la glace, avec les fissures et
tout le reste, n’aura pas été vaine.
LA NUIT DERNIÈRE, nous avons dressé le camp sur la glace, à égale distance des
rives est et ouest du lac, à environ trois heures au nord de l’institut de limnologie.
Nous avons choisi ce site car il est proche d’une tanière de phoque que Victor a
repérée avant notre arrivée.
Il est six heures à présent et je suis prêt à plonger. Mais je ne suis pas encore
sorti de notre camion chauffé. Dehors, il fait - 8 °C, sans compter le vent glacé
qui refroidit tout. Vadim dit qu’il faut attendre que l’air se réchauffe un peu. Peutêtre pourrons-nous faire notre première plongée après le déjeuner.
Vers onze heures, les plongeurs soviétiques forent un petit trou dans la
glace à environ 300 mètres de celui des phoques. Avec une scie, ils s’attachent à
agrandir le trou. Au bout d’une heure environ, le travail est terminé. Mais avec
le froid la glace se reforme continuellement et il faut constamment l’enlever.
Pendant tout ce temps, je reste en tenue de plongée dans le camion. Là,
je suis bien au chaud. Mais cela ne va pas durer. Sortir n’est pas trop dur au début.
Mais le temps de rejoindre le site de plongée, ma figure, mes mains et mes pieds
sont gelés. Je dois enfiler le reste de mon équipement avant d’avoir trop froid pour
plonger, et avant que l’équipement ne gèle.
Je suis équipé et je crache dans mon masque (comme les plongeurs le font
avant de plonger) pour éviter qu’il ne s’embue. Assis sur la glace, mes pieds dans
l’eau gelée, je rince le masque. Avant que j’aie eu le temps de le mettre sur ma
tête, la glace s’est déjà reformée sur la vitre intérieure. Cette technique n’est pas
LE Lac Baïkal
Vladimir Batakov, responsable de la plongée à l’institut de
limnologie, tend la corde de sûreté de l'auteur,
Rick Sarnmon, à proximité d’un trou de phoques.
L’ouverture d'un mètre de large dans la glace est la seule
issue pour ressortir de l’ eau.
63
Précédent

- 71/198

Suivant