Une colonne de glace supporte le plafond voûté de la chambre
d’un phoque. De l’ autre côté se situent les tunnels où les phoques,
unis pour la vie, élèvent leur petit. Un trou ovale de 1,50 mètre
s’ouvre dans la glace sur les eaux du lac.
PAGE 65 Apparemment peu effrayé par les visiteurs, un bébé
phoque d'un mois nage juste au-dessous de son trou, le cercle
noir au centre. Les adultes creusent leur chambre lorsque la glace
se forme, au début de l’ hiver. Les parents et les petits plongent à
150 mètres de profondeur pour chasser omouls, saumons, perches,
brochets, esturgeons.
vraiment efficace ici ! Vadim prend un thermos d’eau chaude et je rince à nouveau
le masque. Cette fois, il ne gèle pas.
Je saute dans l’eau, une corde de sûreté solidement attachée à mon harnais.
Mais je ne peux pas respirer dans mon régulateur. Il est gelé ! De retour à la surface, je remets de l’eau chaude. Enfin, tout l’équipement fonctionne correctement,
et je commence mon exploration de cet inquiétant monde sous la glace.
Tout est à l’envers — les objets solides au-dessus de ma tête. Je suis englouti
par de l’eau verte, teintée par des algues microscopiques. Plus bas, il n’y a que l’abysse
noir. C’est là que les phoques du lac Baïkal vont se nourrir, plongeant à 150 mètres
ou plus pour surprendre omouls et autres poissons.
Plonger sous une couche de glace est une étrange sensation. Je me sens très,
très seul. L’unique issue est le trou dans la glace. A cette pensée, je vérifie constamment que ma corde de sécurité est bien tendue, solidement retenue par le tendeur
à la surface. La visibilité est étonnamment bonne. La lumière vive du soleil traverse la glace et l’on voit à environ une dizaine de mètres. Lentement, je me dirige
vers le trou des phoques.
En regardant au-dessus de moi, je me rends soudain compte que je me trouve
dans une niche creusée, où la couche de glace est plus fine. Je suis dans la chambre
des phoques. Juste sous la surface de l’eau, je découvre de longs tunnels et de spectaculaires cavités organisées autour d’une aire centrale. C’est là qu’un couple de
phoques, uni pour la vie, a taillé sa maison dans la glace qui se formait, à l’automne.
Ils vont vivre ici plusieurs mois, et c’est là qu’ils vont élever leur jeune.
Après avoir pris quelques photos, je m’apprête à rebrousser chemin. En
me retournant, je n’en crois pas mes yeux — un bébé phoque me dévisage à trente
mètres. Heureusement, mon appareil est prêt. Je prends rapidement le « blanchon »
en photo avant qu’il ne s’enfonce dans l’obscurité.
Nous ferons encore quatre plongées lors de cette excursion, et à la fin de
mon séjour, je réalise que ce voyage en hiver n’est pas aussi risqué qu’il n’y paraissait. Je voudrais rester plus longtemps, mais les jours passent et le dégel du lac commence. Sur le trajet du retour à l’institut, je demande à Vadim quand s’arrêtent
les plongées sous la glace. Retenant un sourire, il me répond avec désinvolture :
« Quand le premier camion coule. »
64
le Lac Baïkal
d’un phoque. De l’ autre côté se situent les tunnels où les phoques,
unis pour la vie, élèvent leur petit. Un trou ovale de 1,50 mètre
s’ouvre dans la glace sur les eaux du lac.
PAGE 65 Apparemment peu effrayé par les visiteurs, un bébé
phoque d'un mois nage juste au-dessous de son trou, le cercle
noir au centre. Les adultes creusent leur chambre lorsque la glace
se forme, au début de l’ hiver. Les parents et les petits plongent à
150 mètres de profondeur pour chasser omouls, saumons, perches,
brochets, esturgeons.
vraiment efficace ici ! Vadim prend un thermos d’eau chaude et je rince à nouveau
le masque. Cette fois, il ne gèle pas.
Je saute dans l’eau, une corde de sûreté solidement attachée à mon harnais.
Mais je ne peux pas respirer dans mon régulateur. Il est gelé ! De retour à la surface, je remets de l’eau chaude. Enfin, tout l’équipement fonctionne correctement,
et je commence mon exploration de cet inquiétant monde sous la glace.
Tout est à l’envers — les objets solides au-dessus de ma tête. Je suis englouti
par de l’eau verte, teintée par des algues microscopiques. Plus bas, il n’y a que l’abysse
noir. C’est là que les phoques du lac Baïkal vont se nourrir, plongeant à 150 mètres
ou plus pour surprendre omouls et autres poissons.
Plonger sous une couche de glace est une étrange sensation. Je me sens très,
très seul. L’unique issue est le trou dans la glace. A cette pensée, je vérifie constamment que ma corde de sécurité est bien tendue, solidement retenue par le tendeur
à la surface. La visibilité est étonnamment bonne. La lumière vive du soleil traverse la glace et l’on voit à environ une dizaine de mètres. Lentement, je me dirige
vers le trou des phoques.
En regardant au-dessus de moi, je me rends soudain compte que je me trouve
dans une niche creusée, où la couche de glace est plus fine. Je suis dans la chambre
des phoques. Juste sous la surface de l’eau, je découvre de longs tunnels et de spectaculaires cavités organisées autour d’une aire centrale. C’est là qu’un couple de
phoques, uni pour la vie, a taillé sa maison dans la glace qui se formait, à l’automne.
Ils vont vivre ici plusieurs mois, et c’est là qu’ils vont élever leur jeune.
Après avoir pris quelques photos, je m’apprête à rebrousser chemin. En
me retournant, je n’en crois pas mes yeux — un bébé phoque me dévisage à trente
mètres. Heureusement, mon appareil est prêt. Je prends rapidement le « blanchon »
en photo avant qu’il ne s’enfonce dans l’obscurité.
Nous ferons encore quatre plongées lors de cette excursion, et à la fin de
mon séjour, je réalise que ce voyage en hiver n’est pas aussi risqué qu’il n’y paraissait. Je voudrais rester plus longtemps, mais les jours passent et le dégel du lac commence. Sur le trajet du retour à l’institut, je demande à Vadim quand s’arrêtent
les plongées sous la glace. Retenant un sourire, il me répond avec désinvolture :
« Quand le premier camion coule. »
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le Lac Baïkal
