Notre première plongée dans le Baïkal est aussi différente d’une plongée
sur un récif que la nuit l’est du jour. Sous les tropiques, la couleur, le mouvement
et la variété sont autant d’appels visuels au cours de chaque plongée. Dans le Baïkal,
tout se fond dans une teinte verdâtre. Tout est calme : les animaux ne se déplacent
pas rapidement dans l’eau froide.
La différence la plus frappante est la température de l’eau. Sous les tropiques, les plongées en combinaison dans une eau à 28 0 C sont confortables. Ici,
l’eau est à 3 0 C. Pénétrer dans cette eau donne l’impression de recevoir en pleine
figure une boule de neige géante. La sensation ne disparaît pas ; au contraire, elle
se fait plus intense au fil des minutes. Bien que nos corps demeurent relativement
chauds, grâce à nos combinaisons sèches et nos sous-vêtements, il est difficile d’actionner l’appareil photo et de contrôler la flottabilité. L’eau froide dans nos oreilles
affecte notre équilibre, si bien que nous sommes souvent sujets à des étourdissements, particulièrement en explorant la partie supérieure des énormes falaises du lac.
Nous avons l’habitude de plonger durant plus d’une heure et demie sur
les récifs tropicaux, mais ici l’eau froide limite la durée des plongées à vingt minutes. Cela laisse trop peu de temps pour se montrer difficiles ou pour commettre
des erreurs, aussi essayons-nous de tirer le meilleur de chaque sortie.
Après avoir fait l’expérience d’une plongée en juin dans le lac Baïkal, nous
ne pouvons qu’admirer nos hôtes, les scientifiques et les plongeurs russes, qui taillent des trous dans la glace épaisse, au milieu de l’hiver, et plongent sous la glace,
en simple combinaison, pour prélever des spécimens végétaux ou animaux dans
une eau qui approche 0 °C. Mais nous verrons cela plus tard...
LA PLUPART DE NOS PLONGÉES ont lieu au large de Listvjanka et de l’institut. Nous
explorons les formations massives de rochers et de gros galets qui couvrent les pentes
du lac. La plupart sont colonisées par des éponges vertes digitées (Lubomirskta baicalensis) qui forment un faciès typique dans les eaux peu profondes du Baïkal. Ces
éponges sont les plus impressionnantes des dix espèces présentes dans le lac ; elles
doivent leur couleur verte aux zoochlorelles, un genre d’algues qui vit de façon
symbiotique dans les tissus de l’éponge.
Près de la surface, Lubomirskia croît de façon dense, un peu comme une
LE Lac Baïkal
Le Baïkal est réputé pour la clarté exceptionnelle de ses eaux en
été. A 12 mètres, les plongeurs peuvent apercevoir la silhouette
des nuages dans le ciel. Explorer cet environnement glacial
nécessite une combinaison de plongée sèche, étanche, qui garde la
température du corps à l’intérieur, si elle ne fuit pas ! Les
plongées sont le plus souvent limitées à vingt minutes ; au-delà,
les mains et le visage commencent à geler.
51
Précédent

- 58/198

Suivant