Carter s’installa avec sa femme et son fils dans une maison au bord de la
mer, face au récif, et commença son étude sur les pêcheries. « Mais comme je me
battais sans cesse avec un bateau qui prenait l’eau et un moteur poussif, il devint
vite évident que j’avais besoin d’aide », écrit-il.
Un matin, après un petit déjeuner de tortillas, de plantain et de haricots
frits, Carter partit en quête d’un pêcheur qui voudrait bien travailler avec lui.
« Comme je suis un homme avisé, je savais que je trouverais les pêcheurs soit sur
la mer, tenant habilement leurs paniers de poissons, soit sur le port, attachés à un
tabouret de bar et tenant avec la même habileté une bouteille de bière », raconte-t-il.
Ses errances le conduisirent au Fido, le piano-bar de l’île, construit sur des
pilotis surplombant le récif. Là, un vieil homme appelé Bill joue parfois sur un
piano désaccordé qui partage un coin de la pièce avec une cible de fléchette.
Ce matin-là, trois pêcheurs étaient attablés au Fido, torse nu, près de la
porte. Le plus grand des trois avait un grand aigle tatoué sur la poitrine. Gêné,
Carter s’avança et demanda, dans son meilleur espagnol, si l’un d’eux était prêt
à l’aider dans ses recherches.
Ils le dévisagèrent tous les trois avec le plus grand sérieux, pendant un temps
qui sembla infini au gringo à lunettes qui se tenait nerveusement devant eux. Alors,
l’homme tatoué se fendit en un sourire qui pouvait rivaliser avec le soleil, et l’invita
à se joindre à eux pour trinquer.
Comme Carter approchait une chaise, le serveur apparut avec six bières.
Il en plaça une devant chacun des pêcheurs, et les trois autres devant Carter. Devinant l’embarras de l’Américain, son nouveau compère lui expliqua que chacun d’eux
avait l’honneur de lui offrir une bière. Il n’avait pas d’autre choix que de boire
ou de risquer d’offenser leur générosité et leur bienveillance.
« Les heures passaient, » se rappelle Carter, « et je devenais de plus en plus
doué pour ouvrir les bouteilles de bière avec un couteau. Le gros homme souriant
n’avait pas besoin de tout cela ; ses dents suffisaient. A la tombée de la nuit, une
épouse américaine inquiète accueillit trois pêcheurs soutenant en chantant un ichtyologiste américain titubant devant sa porte. »
Le matin suivant, les pêcheurs étaient à nouveau a la porte de Carter. Mais
cette fois, ils étaient prêts à travailler. Un peu plus tard dans 1 annee, lors d une
Le mérou de Nassau (Epincphclus striatus) peut changer sa
coloration et, de clair, devenir presque noir. Mais ses dons
pour la métamorphose ne s'arrêtent pas là. Tous les mérous
naissent femelles ; certains deviennent mâles à maturité.
Le Récif-Barrière de Belize
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