profondes a permis d éclaircir le mystère de la composition des eaux marines ; mais
surtout, les biologistes ont pu étudier la première chaîne alimentaire en l’absence
totale de lumière. A l’origine de ces deux phénomènes : les mécanismes complexes
qui gouvernent l’hydrothermalisme.
Les cheminées profondes, desquelles s’échappent les eaux thermales, résultent des mouvements tectoniques qui accompagnent l’expansion des fonds océaniques. Lorsque les plaques se séparent, au niveau de la dorsale, les éruptions de magma
forment des failles et des fissures. Habituellement, la lave s’écoule lentement et
se refroidit au contact de l’eau en formant des coulées en forme de coussins, les
pillows-lava, mais parfois, elle jaillit avec une telle violence qu’elle s’étend en lacs
de lave ciselés de remous et de tourbillons.
Sur une longue période de temps, les failles sont de plus en plus nombreuses et l’eau, sous une pression énorme, s’infiltre jusqu’au magma ; elle s’échauffe
alors pour atteindre 350 °C. L’eau, en se réchauffant, libère du magnésium et d’autres
minéraux, et se charge en métaux plus lourds, comme le fer, le zinc, le cuivre, le
manganèse, l’argent et le plomb. Les eaux chaudes remontent alors vers la surface
par les failles ou par les cheminées et se mélangent à nouveau aux eaux océaniques.
On pensait que tous les minéraux présents dans l’eau de mer provenaient
de l’érosion des continents, transportés vers la mer par les rivières. Mais la teneur
relative en minéraux de l’eau de mer ne correspond pas aux taux relevés dans les
eaux de rivières. Les phénomènes hydrothermaux profonds permettent de résoudre cette équation. Certains scientifiques pensent aujourd’hui que l’équivalent du
volume total de l’océan passe ainsi dans les sources hydrothermales tous les dix
à vingt millions d’années.
Lorsque l’eau chaude circule à travers la croûte basaltique, il se forme de
l’hydrogène sulfuré qui joue un rôle fondamental dans la chaîne trophique unique
des sources hydrothermales : l’énergie chimique des composes minéraux est en effet
captée par des bactéries qui servent elles-memes de nourriture a d autres organismes. Les bactéries se multiplient rapidement dans cet environnement riche en soufre et sont ainsi à la base d’une chaîne originale, loin des rayons du soleil.
Avant la découverte des sources hydrothermales, les biologistes pensaient
que seule l’énergie solaire pouvait creer, grâce a la photosynthèse, un ccosysteme
Le biologiste marin Frederick Grossie a l'habitude de travailler
dans la sphère étroite de /’Alvin. Dans la sécurité de la cabine, d
peut étudier les étonnantes créatures mannes des sources
hydrothermales, qui appartiennent à une chaîne trophique unique
au monde. Avant qu’on ne découvre ces communautés, les
biologistes pensaient que toute vie sur terre dépendait de la
lumière du soleil. Mats la vie dans les oasis sous-mannes
commence avec les bactéries chimiosynthétiques qui utilisent
l'hydrogène sulfuré. Les bactéries, à leur tour, nourrissent les
autres organismes de la communauté. (© Al Giddmgs, Océan
Images, Inc.)
UNE OASIS AU CŒUR DES ABYSSES
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