a noté également la présence du Bleschamp, un remorqueur de la
compagnie Chambon, et de nombreuses embarcations de pêche et
de plaisance. Mais tous ces bateaux arrivés trop tard pour opérer
un transbordement des passagers ne serviront qu’à repêcher les
survivants sachant nager et les cadavres flottant en surface. On
cite le cas du patron pêcheur Louis Guillaume qui sauva, à lui seul,
une vingtaine de personnes. Dès le lendemain de la catastrophe, la
compagnie Fraissinet envoya deux scaphandriers surplace, mais
la mer était trop agitée. La plongée fut renvoyée au surlendemain.
Voici la narration qu’en fait le périodique Le Sémaphore de Marseille.
« Hier matin, au point du jour, le remorqueur côtier, de la Compagnie
Chambon, a été envoyé sur le lieu du sinistre par la Compagnie Fraissinet,
ayant à bord deux scaphandriers, Pittorino et Capadoni, le capitaine
d’armement Doche, M. Jouvin, photographe et 6 journaliers. À 6 heures,
les scaphandriers ont pu descendre sur le navire sombré, où un spectacle
terrifiant les attendait, par 3o mètres de profondeur.
Sur le pont arrière de l’épave, que recouvrait la tente funeste, étaient massés
pêle-mêle de nombreux cadavres, les mains encore crispées aux bastingages
et les traits convulsés par l’agonie. Dans un coin, toute une famille était réunie
dans une dernière étreinte et plus loin une mère affolée pressait encore son
enfant sur sa poitrine ! Les deux scaphandriers estiment à plus de quarante le
nombre des corps qu’ils ont aperçus. Ils se sont empressés d’en attacher huit
aux cordages qui les reliaient à la surface et par lesquels on a pu les remonter.
Mais la fatigue et l’émotion, puis l’état de la mer moins favorable ont obligé
ensuite les scaphandriers à interrompre la funèbre opération. »
Les prouesses des scaphandriers pieds lourds firent la une des
journaux. Voici ce que l’on pouvait lire dans L’Illustration de Paris.
« [...] la Compagnie Fraissinet fait procéder par des scaphandriers à la
recherche des cadavres engloutis avec la carcasse du malheureux navire.
Cette opération est particulièrement pénible. Les scaphandriers ne peuvent
s’y livrer que pendant les moments d’embellie. Il faut, en effet, une mer
absolument calme pour leur permettre de descendre, sans grand danger, à
une profondeur de plus de 3o mètres et il n’en est que deux, Cappadona et
Philippe Pittorino, aux poumons robustes, qui aient consenti à continuer
ces tentatives de repêchage lugubre. Pour descendre jusqu’au Liban, ils
doivent mettre un poids de 3o kilos à chacun de leurs pieds, et les hommes
chargés de leur envoyer de l’air par les longs tuyaux de caoutchouc doivent
manœuvrer constamment les pompes avec une régularité parfaite sous
peine de provoquer une rupture de leur vêtement en caoutchouc, à cette
profondeur où la pression de l’eau est formidable. Les cadavres hâtivement
accrochés par la ceinture à un filin, sont hissés, à l’aide d’un palan, à bord du
vapeur Nouveau-Côtier et ramenés à Marseille. »
Mais bientôt, les scaphandriers furent victimes d’une rivalité
qui s’engagea entre la compagnie Fraissinet, dont le navire Côtier
amenait chaque matin les scaphandriers Pittorino et Cappadona
sur les lieux du naufrage, et le syndicat des inscrits maritimes
compagnie Chambon, et de nombreuses embarcations de pêche et
de plaisance. Mais tous ces bateaux arrivés trop tard pour opérer
un transbordement des passagers ne serviront qu’à repêcher les
survivants sachant nager et les cadavres flottant en surface. On
cite le cas du patron pêcheur Louis Guillaume qui sauva, à lui seul,
une vingtaine de personnes. Dès le lendemain de la catastrophe, la
compagnie Fraissinet envoya deux scaphandriers surplace, mais
la mer était trop agitée. La plongée fut renvoyée au surlendemain.
Voici la narration qu’en fait le périodique Le Sémaphore de Marseille.
« Hier matin, au point du jour, le remorqueur côtier, de la Compagnie
Chambon, a été envoyé sur le lieu du sinistre par la Compagnie Fraissinet,
ayant à bord deux scaphandriers, Pittorino et Capadoni, le capitaine
d’armement Doche, M. Jouvin, photographe et 6 journaliers. À 6 heures,
les scaphandriers ont pu descendre sur le navire sombré, où un spectacle
terrifiant les attendait, par 3o mètres de profondeur.
Sur le pont arrière de l’épave, que recouvrait la tente funeste, étaient massés
pêle-mêle de nombreux cadavres, les mains encore crispées aux bastingages
et les traits convulsés par l’agonie. Dans un coin, toute une famille était réunie
dans une dernière étreinte et plus loin une mère affolée pressait encore son
enfant sur sa poitrine ! Les deux scaphandriers estiment à plus de quarante le
nombre des corps qu’ils ont aperçus. Ils se sont empressés d’en attacher huit
aux cordages qui les reliaient à la surface et par lesquels on a pu les remonter.
Mais la fatigue et l’émotion, puis l’état de la mer moins favorable ont obligé
ensuite les scaphandriers à interrompre la funèbre opération. »
Les prouesses des scaphandriers pieds lourds firent la une des
journaux. Voici ce que l’on pouvait lire dans L’Illustration de Paris.
« [...] la Compagnie Fraissinet fait procéder par des scaphandriers à la
recherche des cadavres engloutis avec la carcasse du malheureux navire.
Cette opération est particulièrement pénible. Les scaphandriers ne peuvent
s’y livrer que pendant les moments d’embellie. Il faut, en effet, une mer
absolument calme pour leur permettre de descendre, sans grand danger, à
une profondeur de plus de 3o mètres et il n’en est que deux, Cappadona et
Philippe Pittorino, aux poumons robustes, qui aient consenti à continuer
ces tentatives de repêchage lugubre. Pour descendre jusqu’au Liban, ils
doivent mettre un poids de 3o kilos à chacun de leurs pieds, et les hommes
chargés de leur envoyer de l’air par les longs tuyaux de caoutchouc doivent
manœuvrer constamment les pompes avec une régularité parfaite sous
peine de provoquer une rupture de leur vêtement en caoutchouc, à cette
profondeur où la pression de l’eau est formidable. Les cadavres hâtivement
accrochés par la ceinture à un filin, sont hissés, à l’aide d’un palan, à bord du
vapeur Nouveau-Côtier et ramenés à Marseille. »
Mais bientôt, les scaphandriers furent victimes d’une rivalité
qui s’engagea entre la compagnie Fraissinet, dont le navire Côtier
amenait chaque matin les scaphandriers Pittorino et Cappadona
sur les lieux du naufrage, et le syndicat des inscrits maritimes
