CHAPITRE 1 • L’atmosphère et l’océan
3.2
Gilbert Thomas
Walker (1868-1958),
physicien et statisticien britannique, décrit
l'oscillation australe
dans les années 1920
ainsi que les oscillations nord-atlantique
(NAO) et nord-pacifique par une approche
statistique. La circulation atmosphérique
zonale qu 'il développa
est nommée en son
honneur « circulation
de Walker » par Jacob
Bjerkness.
Les interactions à l’échelle interannuelle
Dans l’océan Pacifique intertropical, depuis des siècles, les pêcheurs du Pérou et
de l’Equateur constatent la chute du nombre de poissons pêchés au moment de
Noël et un océan plus chaud certaines années, alors que cette zone côtière est habituellement fertile. Ils ont baptisé ce phénomène El Nino (en référence à l’enfant
Jésus et Noël). Pour expliquer El Nino, il est nécessaire de comprendre ce qui se
produit dans l’océan et dans l’atmosphère. Du fait de l’eau charriée par les alizés
vers l’ouest du bassin Pacifique équatorial (pas de déviation car la force de Coriolis
y est nulle), il existe une zone de basse pression à l’ouest par opposition à une zone
de basse pression à l’est. Lors d’un El Nino, les données satellitaires indiquent
que la pression de surface de l’océan est encore plus élevée à l’ouest du Pacifique
équatorial et beaucoup plus faible à l’est.
Plus largement, Gilbert Thomas Walker a découvert dans les années 1920 que la
pression de surface de l’océan à l’ouest du pacifique équatorial évolue à l’échelle
interannuelle (sur plusieurs années) inversement à la pression à l’est du bassin. Walker donna le nom d'oscillation australe (Southern Oscillation) à cette diminution
ou augmentation du gradient de pression. Jacob Bjerkness démontre en 1966 que
le phénomène El Nino est associé à l’oscillation australe. On utilise désormais le
terme de El Nino Southern Oscillation (ENSO).
Définir les phases de l’ENSO implique de calculer des index climatiques tel le
Oceanic El Nino Index, en s’appuyant sur les données de température de surface
moyenne de l’océan équatorial sur trois mois et comparées à une moyenne sur
30 ans (figure 1.22). Un index positif correspond à un El Nino (forts en 1997 et
en 2015), avec des eaux de surface à l’est plus chaudes, une pression de surface
océanique plus faible, des alizés et un upwelling (résurgence d’eaux océaniques
profondes) affaiblis (figure 1.23). La circulation zonale s’en trouve décalée est-ouest
par rapport aux conditions normales. Un index négatif correspond au phénomène
inverse nommé La Nina par les scientifiques.
Le changement des conditions de l’océan amène une réponse de l’atmosphère en
termes de dynamique et d’échanges de chaleur et inversement. Ces deux enveloppes
fluides externes interagissent et déterminent ainsi le régime climatique. Outre les
impacts économiques d’un El Nino sur la pêche, il en résulte des précipitations et
des inondations d’autant plus intenses que l’index est fort (figure 1.23). L'oscillation
Figure 1.22
L’index ONI
(Oceanic El
Nino Index) de
l’ENSO montrant
des oscillations
climatiques
naturelles entre les
phases El Nino
et La Nina.
31
Précédent

- 47/456

Suivant