Elle oppose une force peu commune à tout
intrus qui veut forcer la porte de son terrier. S’arcboutant sur le dos, elle tire de toutes ses pattes
sur les bords du couvercle en s’accrochant à de
petits orifices pratiqués à cet effet.
Nemesia caementaria, souvent répandue sur
les pentes des terre-pleins, appartient à la même
famille que la précédente. C’est une Araignée
velue dont le corps brun, orné de dessins jaunes,
atteint parfois 2,5 cm. de long. En employant à
peu près la même technique que Cteniza, cette
Mygale creuse une galerie de guet à laquelle elle
ajoute une galerie de repos légèrement déviée
par rapport à la première; en outre, cette seconde
galerie est souvent munie de son propre couvercle.
La Tarentule
La plus connue de toutes ces Araignées maçonnes est Lycosa tarentula, communément appelée
"Tarentule”. Cependant, ce sont les méfaits dont
on l’accusait qui l’ont rendue célèbre, beaucoup
plus que ses qualités de maçonne; elle ne creuse
en effet que de courtes galeries, et bien souvent,
elle se contente du premier abri qu’elle trouve,
sous un tas de pierres, dissimulant sa retraite avec
quelques détritus. Elle habite l’Espagne, la France
et la Grèce, et fait des apparitions sporadiques en
Allemagne méridionale; mais elle est particulièrement répandue en Italie, le long des côtes, et
surtout dans les Pouilles.
C’est une grosse Araignée dont le corps peut
dépasser 3 cm. de long; son céphalothorax est
orné d’une bande médiane foncée et d’une bordure
blanche, séparées l’une de l’autre par une bande
noire pubescente; la région supérieure de l’abdomen est d’un gris noirâtre à reflets fauves et
porte des taches noires et blanches; le ventre,
rouge orangé, est traversé par une bande noire;
les pattes claires sont tachetées de noir et de
brun.
Craintive et paresseuse, la Tarentule ne quitte
jamais dans la journée sa galerie tapissée de soie
et creusée à une quinzaine de centimètres de profondeur dans les terrains arides et ensoleillés.
Autour de l’entrée de son terrier, elle élève généralement un petit mur de terre et de détritus
assemblés par quelques fils de soie; elle appuie
ses pattes antérieures sur ce talus et reste ainsi,
immobile; profitant du soleil pendant de longues
heures. Elle ne retrouve sa vivacité qu’au crépuscule pour bondir sur les malheureux Insectes
qui passent à sa portée. Mais ce n’est que la nuit
qu’elle part à la chasse en terrain découvert. Tous
les Insectes, et même les Bourdons et les Abeilles
succombent rapidement sous l’effet de sa piqûre;
suivant certains auteurs, le venin de cette Araignée serait même assez puissant pour tuer de
petits Oiseaux.
Une espèce très voisine vit dans les steppes de
la Russie méridionale. Il s’agit de Lycosa infernalis dont les bergers redoutent fort les apparitions massives qui se produisent de temps à autre.
Les animaux qui paissent détruisent de grandes
quantités de ces Araignées en les écrasant, mais
l’on prétend que les femelles attaquent les troupeaux, mordant avec acharnement pour venger
leur propre couvée. Les animaux tourmentés par
ces piqûres se lancent dans des courses folles et
peuvent mourir d’épuisement.
Pour en revenir à la Tarentule de nos régions,
Au moment des noces, chez l’Épeire à diadème, la grosse femelle va à la rencontre
du mâle qui, beaucoup plus petit, se tient sur le bord de la toile, prêt à prendre la
fuite immédiatement après l’accouplement.
il existe peu d’animaux qui aient une réputation
aussi fâcheuse et aussi peu fondée. L’espèce fut
découverte, il y a plusieurs siècles, dans les environs de Tarente, d’où son nom; reconnue venimeuse, elle fut accusée des méfaits les plus extraordinaires. Au XVIIème siècle, et même encore au
siècle dernier, les traités scientifiques décrivaient
longuement les effets de la morsure des Tarentules. Toutes les croyances populaires, alimentées
par les superstitions et par les réactions anormales de sujets particulièrement impressionnables,
étaient alors acceptées par la science.
Les symptômes présentés par les ”tarentulés”,
c’est ainsi qu’on appelait les personnes mordues
par cette Lycose, ne manquaient pas de variété:
certains sujets chantaient pendant des journées
entières, sans interruption; d’autres riaient et
d’autres poussaient de terribles gémissements.
Certains tombaient en léthargie alors que d’autres
souffraient d’insomnie; certains ne pouvaient tenir debout et d’autres étaient pris d’une irrésistible envie de danser. On allait même jusqu’à
prétendre que les malades ne pouvaient supporter
la vue de la couleur noire, alors que le rouge et
le vert leur procuraient des sensations extrêmement agréables.
La crédulité populaire ne se contentait pas
d’attribuer à la piqûre de la Tarentule des troubles psychiques ayant, manifestement, une toute
autre origine; elle prétendait encore connaître le
seul et unique remède capable de guérir tous ces
maux, et cette panacée n’était rien d’autre qu’une
chanson toute spéciale, justement appelée "tarentelle”. Dès que les musiciens entraient en scène,
avec le violon et la guitare, le malade les accompagnait d’une voix caverneuse et lamentable; puis
il se mettait à danser jusqu’à ce qu’il tombe
d’épuisement sur le sol. Il fallait alors le coucher
et le laisser dormir pendant vingt-quatre heures.
Cette cérémonie devait être répétée deux autres
fois pour obtenir la guérison complète.
On affirmait encore que la Tarentule ne mord
qu’en été, et qu’une Araignée capturée dans les
Pouilles et transportée à Rome, ou plus au nord,
devenait inoffensive.
Une sorte de danse de Saint-Guy, maladie nerveuse qui se répandit en Italie au cours du
XVIIème siècle, contribua grandement à répandre
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