deste butin, et, au lieu de tuer, elles cherchent
à épouvanter l’ennemi pour le faire fuir. Les Amazones sont plus féroces car elles peuvent massacrer
presque toute la population d’une fourmilière.
Dans ce cas, les rares survivantes commencent
par déblayer le terrain, transportant les victimes
du combat là où sont déjà enterrés les morts de la
tribu; puis elles se consacrent aux réparations de
la demeure saccagée. Si la reine a été tuée, elles
attendent qu’une nouvelle reine sorte des oeufs
qui leur restent.
Chez les Fourmis aptères, où les représentants
de l’un des sexes, ou des deux sexes, sont privés
d’ailes, les noces se déroulent dans le plus grand
secret. L’accouplement a lieu à l’intérieur de la
fourmilière; et, s’il se produit au dehors, il échappe à notre observation car l’exode des individus
sexués s’opère graduellement, sans être annoncé
par des signes particuliers.
Chez les Fourmis ailées au contraire, les noces
collectives sont précédées de nombreux signes
annonciateurs. Quelques jours auparavant, les
abords de la fourmilière sont le terrain d’une agitation qui va croissant. Les mâles se manifestent
les premiers; soudain fatigués de leur liberté surveillée, ils sortent de la citadelle; maladroits et
indécis, ils se lancent dans de prudentes explorations, grimpant sur les brins d’herbe et sur les
écorces du voisinage. Puis, ils s’accoutument au
monde extérieur et cherchent à s’évader; mais
ils sont immédiatement rappelés à l’ordre par les
ouvrières qui ne veulent pas voir s’éloigner ces
individus féconds, chargés du maintien de l’espèce.
Dans le grouillement qui se fait de plus en plus
intense, apparaissent les femelles; et les ouvrières
qui cherchent à maintenir l’ordre et la discipline
dans la population ailée ont une tâche de plus en
plus ardue.
L’agitation paraît se calmer à la tombée de
la nuit, mais elle reprend le lendemain et le
surlendemain, jusqu’au moment où elle atteint
un véritable paroxysme; l’essaim ailé s’élève alors
en tourbillon, si compact parfois qu’il ressemble
à un petit nuage noir. Planant dans les airs, chaque femelle s’accouple avec celui des mâles qui
a réussi à la rejoindre.
Pour les mâles, le vol nuptial ne signifie pas
seulement l’abandon de la maison natale, mais
aussi la mort à brève échéance. C’est ainsi que
tous les ans, à la même époque, des nuages de
mâles ailés viennent s’abattre dans certains endroits. Nul ne se soucie de ces individus désormais inutiles. La seule préoccupation des ouvrières est de retenir les femelles, devenues des promesses de progéniture. Généralement, celles-ci retombent au sol tout de suite après l’accouplement;
à partir de cet instant, elles sont vouées au veuvage perpétuel et à la procréation. Elles s’arrachent les ailes, souvent avec l’aide des ouvrières, pour éviter de reprendre leur vol. Si le peuple
auquel elles appartiennent est orphelin, l’une d’elles rentre dans son ancienne demeure; les autres
suivent un petit groupe d’ouvrières décidées à
fonder une nouvelle fourmilière.
C’est du moins ce qui se produit généralement,
mais toute règle comporte des exceptions. Ainsi,
chez certaines femelles, les sens du devoir et l’instinct maternel laissent à désirer; nullement disposées à se laisser séquestrer par leurs compagnes stériles, ces indépendantes s’évadent et s’éloignent parfois fort loin de la fourmilière natale.
Cependant, elles ne peuvent échapper à leur destin; l’instinct les pousse bientôt à se creuser une
Ci-dessus: Fourmis sur le point de sortir de leur cocon. Remarquer les ouvrières qui
les aident à s’en libérer. Ci-dessous: une ouvrière transporte une nymphe.
191
à épouvanter l’ennemi pour le faire fuir. Les Amazones sont plus féroces car elles peuvent massacrer
presque toute la population d’une fourmilière.
Dans ce cas, les rares survivantes commencent
par déblayer le terrain, transportant les victimes
du combat là où sont déjà enterrés les morts de la
tribu; puis elles se consacrent aux réparations de
la demeure saccagée. Si la reine a été tuée, elles
attendent qu’une nouvelle reine sorte des oeufs
qui leur restent.
Chez les Fourmis aptères, où les représentants
de l’un des sexes, ou des deux sexes, sont privés
d’ailes, les noces se déroulent dans le plus grand
secret. L’accouplement a lieu à l’intérieur de la
fourmilière; et, s’il se produit au dehors, il échappe à notre observation car l’exode des individus
sexués s’opère graduellement, sans être annoncé
par des signes particuliers.
Chez les Fourmis ailées au contraire, les noces
collectives sont précédées de nombreux signes
annonciateurs. Quelques jours auparavant, les
abords de la fourmilière sont le terrain d’une agitation qui va croissant. Les mâles se manifestent
les premiers; soudain fatigués de leur liberté surveillée, ils sortent de la citadelle; maladroits et
indécis, ils se lancent dans de prudentes explorations, grimpant sur les brins d’herbe et sur les
écorces du voisinage. Puis, ils s’accoutument au
monde extérieur et cherchent à s’évader; mais
ils sont immédiatement rappelés à l’ordre par les
ouvrières qui ne veulent pas voir s’éloigner ces
individus féconds, chargés du maintien de l’espèce.
Dans le grouillement qui se fait de plus en plus
intense, apparaissent les femelles; et les ouvrières
qui cherchent à maintenir l’ordre et la discipline
dans la population ailée ont une tâche de plus en
plus ardue.
L’agitation paraît se calmer à la tombée de
la nuit, mais elle reprend le lendemain et le
surlendemain, jusqu’au moment où elle atteint
un véritable paroxysme; l’essaim ailé s’élève alors
en tourbillon, si compact parfois qu’il ressemble
à un petit nuage noir. Planant dans les airs, chaque femelle s’accouple avec celui des mâles qui
a réussi à la rejoindre.
Pour les mâles, le vol nuptial ne signifie pas
seulement l’abandon de la maison natale, mais
aussi la mort à brève échéance. C’est ainsi que
tous les ans, à la même époque, des nuages de
mâles ailés viennent s’abattre dans certains endroits. Nul ne se soucie de ces individus désormais inutiles. La seule préoccupation des ouvrières est de retenir les femelles, devenues des promesses de progéniture. Généralement, celles-ci retombent au sol tout de suite après l’accouplement;
à partir de cet instant, elles sont vouées au veuvage perpétuel et à la procréation. Elles s’arrachent les ailes, souvent avec l’aide des ouvrières, pour éviter de reprendre leur vol. Si le peuple
auquel elles appartiennent est orphelin, l’une d’elles rentre dans son ancienne demeure; les autres
suivent un petit groupe d’ouvrières décidées à
fonder une nouvelle fourmilière.
C’est du moins ce qui se produit généralement,
mais toute règle comporte des exceptions. Ainsi,
chez certaines femelles, les sens du devoir et l’instinct maternel laissent à désirer; nullement disposées à se laisser séquestrer par leurs compagnes stériles, ces indépendantes s’évadent et s’éloignent parfois fort loin de la fourmilière natale.
Cependant, elles ne peuvent échapper à leur destin; l’instinct les pousse bientôt à se creuser une
Ci-dessus: Fourmis sur le point de sortir de leur cocon. Remarquer les ouvrières qui
les aident à s’en libérer. Ci-dessous: une ouvrière transporte une nymphe.
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