Fourmilière de ”Lasius fuliginosus” au moment où les mâles et les femelles ailés se préparent pour le vol nuptial.
portent mal l’état d’orphelines, et elles accordent
bientôt aux larves étrangères la sollicitude qu’elles réservaient à leurs propres larves.
Comme elles continuent à s’occuper 'des travaux de construction et d’agrandissement, elles
deviennent pour ainsi dire les "esclaves” de l’envahisseur. Il s’agit cependant d’une forme d’esclavage tout à fait particulière: les ouvrières
n’obéissent pas en effet par crainte de représailles, mais par simple tendance innée.
La cohabitation peut être temporaire ou permanente, et dans le second cas, elle est facultative ou obligatoire. Formicola truncicola, par
exemple, ne tarde pas à mettre au monde des
ouvrières capables d’accomplir tous les travaux;
dès qu’elle a constitué un petit noyau d’individus
de sa race, elle n’a plus aucun besoin de l’aide
d’autrui; si bien que la fourmilière où elle s’est
introduite change peu à peu de propriétaires, les
anciennes ouvrières étant remplacées par des ouvrières de l’espèce truncicola. Ici, la cohabitation
est donc temporaire.
Elle est au contraire permanente chez Formica
sanguinea ainsi que chez Polyergus rufescens
(Fourmis amazones) qui vivent continuellement
en compagnie des ouvrières d’espèces différentes
telles que Formica fusca et Formica cunicularia.
Les Formica sanguinea enlèvent périodiquement des larves et des nymphes étrangères, afin
de les faire travailler dans leur propre fourmilière. Mais elles savent parfaitement effectuer
elles-mêmes tous les genres de travaux, et poursuivent sans arrêt leur activité aux côtés de leurs
"esclaves”.
Chez les Fourmis amazones au contraire, l’enlèvement d’ouvrières étrangères répond à une impérieuse nécessité. Étant donné la conformation
et le développement de leurs mandibules, ces
Fourmis sont en effet armées pour la guerre,
mais incapables de travailler, d’élever leur progéniture, et même, de se procurer leur propre
nourriture.
Dès que leurs forces sont suffisantes, les premières ouvrières amazones, élevées par des esclaves, organisent des expéditions périodiques pour
enlever des larves et des nymphes dans les autres
fourmilières. Les Fourmis, objet du butin, naîtront
chez leurs ravisseurs, et s’accoutumeront d’emblée
à leur condition, puisqu’elles n’ont pas acquis ”d’odeur familiale” propre.
Au bout de quelque temps, dans la majorité
des cas, les ouvrières-esclaves l’emportent sur
leurs maîtres, non seulement par le nombre, mais
encore par les qualités psychiques; douées d’une
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