Visions du futur 253
vie ou de mort, devraient devenir encore plus
secs. Ce processus est déjà en cours. Depuis
l’ouest de l’Amérique jusqu’à l’est de l’Afrique, la
pluviosité dans l’intérieur des terres diminue.
Pendant ce temps, les tempêtes et les ouragans
qui frappent les côtes gagnent en intensité. Tout
laisse à penser que ce phénomène va se
poursuivre. Les périodes de sécheresse et
d’inondation sont, de façon croissante, dues à
l’homme.
Le danger devrait également venir des océans.
Les glaciologues prédisent qu’au milieu du
xxie siècle la chaleur excessive de notre planète
entraînera la fonte des couches de glace. Le
Groenland et l’Antarctique, dont la fonte des
couches de glace pourrait faire monter le niveau
de la mer de 13 m partout dans le monde,
présentent des signes alarmants. Le Groenland
perd 1 km3 de glace toutes les quarante heures.
J. Hansen, le prévisionniste en chef du
gouvernement américain qui travaille à la NASA,
affirme qu’à partir du moment où une couche de
glace commence à se disloquer, elle peut
atteindre un point limite au-dessus duquel sa
désintégration devient extrêmement rapide.
Nous pourrions donc assister à une montée des
eaux comprise entre 1 et 5 m au cours du siècle à
venir, une montée suffisante pour provoquer des
inondations qui forceront des millions de
personnes à quitter leur domicile et rendront
inutiles les digues de protection qui entourent
les grandes villes, comme la barrière de la
Tamise, à Londres. Nous avons vu les effets de
tempêtes plus intenses conjuguées à la hausse
du niveau des mers, à La Nouvelle-Orléans, en
2005. Ensemble, ces deux phénomènes ont
réussi à détruire une grande ville qui se trouve
pourtant dans l’un des pays les plus riches et les
plus ingénieux du monde. Cependant, cet
ouragan de La Nouvelle-Orléans n’est qu’un
avant-goût de ce qui nous attend. Imaginez une
succession de catastrophes de ce genre au cours
d’une même saison. Imaginez une inondation
similaire à Lagos ou à Bangkok, à Sydney ou
à Londres. Imaginez des millions de personnes
emportées par les flots au Bangladesh ou dans
le delta du Nil.
C’est là que se trouve le cœur du problème.
En l’espace d’environ 10 000 ans, les hommes
sont passés de l’âge du bronze à l’âge de la
transmission à large bande. Tout a commencé
à la fin de la dernière période glaciaire, à une
époque de stabilité environnementale et
climatique. On pouvait alors faire des plans pour
l’avenir, construire des villes et cultiver les
champs en sachant qu’il y aurait de l’eau et ce
que le temps nous réservait. Mais à cause de
l’ingérence des hommes dans les systèmes qui
permettent la vie sur notre Terre, cette époque
touche à sa fin. Nous sommes probablement
la dernière génération à goûter au calme avant
la tempête. Désormais, le temps sera
imprévisible, le niveau des mers va s’élever et les
déserts vont gagner du terrain. Bien sûr, nous
savons nous adapter, c’est inscrit dans nos gènes.
Sinon, nous n’aurions pas survécu aux périodes
glaciaires. Mais comme les événements de
La Nouvelle-Orléans le laissent penser, notre
société pourrait se révéler plus vulnérable aux
éléments naturels que nous le pensons.
Précédent

- 243/264

Suivant