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Cependant, dans les zones fortement polluées, l'eutrophie véritable laisse
place à la dystrophie, c'est-à-dire à un enrichissement déséquilibré du milieu.
L'exemple le plus répandu ou le plus connu concerne le rapport N/P, entre azote et
phosphore inorganiques, rapport dont la valeur est normalement voisine de 15 (en
rapport molaire ; 7 en rapport pondéral) mais peut s'en écarter considérablement,
en fonction des apports azotés et phosphorés des effluents industriels, urbains et
agricoles. Le plus souvent la valeur de N/P diminue de façon plus ou moins
marquée (jusqu'à moins de 1 !) en raison des excès de phosphates de toutes origines.
Cette dystrophie n'entraîne pas nécessairement une chute de la production
globale des microphytes, mais toujours une diminution de la diversité spécifique et
des modifications de la composition taxinomique des peuplements. En effet, les
espèces les plus sténoèces (z. e. les plus touchées par les perturbations du milieu)
voient leurs populations régresser ou disparaître tandis que les plus tolérantes en
profitent pour proliférer à leurs dépens. D'une façon générale, on constate que dans
le plancton, les Dinophycées et Cyanophycées supportent mieux que les Diatomées
les effets de la pollution urbaine. Celle-ci semble cependant très bien tolérée sur nos
côtes méditerranéennes par une Diatomée comme Skeletonema costatum, et plutôt
bien supportée par Asterionella japonica, par certaines espèces de Nitzschia (N.
closterium, N."delicatissima", N. "seriata"), de Chaetoceros (notamment C.
curvisetus, C. simplex var. calcitrans),... La pollution organique, la diminution
marquée de la valeur de N/P (et sans doute la dessalure qui les accompagne) sont
parfois responsables de la multiplication anormale de petites Chlorophycées, de
Prasinophycées, de Prymnésiophycées (comme Pheocystis pouchetii), et
d'Euglénophycées (notamment des espèces appartenant aux genres Eutreptia,
Euglena, Astasia). Mais ce sont surtout les Dinophycées qui, en mer, voient le plus
souvent leur développement favorisé par les pollutions, en particulier des espèces
du genre Prorocentrum, comme P. micans et P. minimum (e. g. BLANC et
LEVEAU, 1970a ; 1970b ; STIRN, 1973 ; BLANC et al., 1975 ; BENON et al., 1977 ;
KINNE et BULNHEIM, 1980 ; CURDS, 1982 ; DELMAS et al., 1983 ; IGNATIADES et
PAGOU, 1985 ; MIHNEA, 1985 ; REVELANTE et GILMARTIN, 1985 ; LANCELOT et
al., 1987).
6 ."Eaux colorées"
Dans certaines conditions, et avec une fréquence plus élevée pendant la
saison chaude, on assiste au phénomène des "eaux rouges", ou "marée rouge", ou
plus exactement des eaux colorées" car la couleur est variable. Ce changement de
couleur des eaux superficielles marines concerne surtout des eaux superficielles
côtières, et est le plus fréquent dans les ports, les baies semi-fermées, les lagunes ou
les estuaires. L existence de pollutions locales n'est ni suffisante, ni nécessaire à
1 apparition des eaux colorées, mais il est certain qu'elle les favorise, directement ou
non, en particulier s il s agit de pollutions domestiques, quand le milieu récepteur
est stable et a subi un réchauffement important et régulier pendant plusieurs
semaines, du fait d un fort ensoleillement tombant sur des eaux calmes.
L abaissement de salinité souvent constaté en même temps n'est sans doute qu'un
phénomène d accompagnement, sans rôle essentiel mais simplement favorisant à
plusieurs titres . en effet, il s accompagne souvent d'un apport de nutrilites et
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