A cet égard, il faut d'abord préciser que les peuplements benthiques peuvent
être les plus affectés durablement par les perturbations du milieu. En effet les
substrats et leurs occupants microphytes sont peu ou pas mobiles et par conséquent
ceux-ci séjournent longuement en milieu pollué sans pouvoir le quitter. En outre il
existe au niveau des fonds, surtout meubles, d'importants phénomènes
d'accumulation ou même de "piégeage" des polluants (métaux lourds, pesticides,
hydrocarbures...), phénomènes qui affectent beaucoup moins les eaux libres, du
moins en mer ouverte.
C'est ainsi qu'à la suite des échouages de pétroliers (Torrey Canyon, Amoco
Cadiz,...) le phytoplancton du milieu naturel, pourtant si sensible à ce type de
pollution, semble peu inhibé, parfois même favorisé, pour certaines espèces et à
quelque distance ou faible concentration (AMINOT et KÉROUEL, 1978 ; MORALESLOO, 1988 ; et in CURDS, 1982) tandis que le peuplement de microphytobenthos est
d'abord complètement détruit avant de se reconstituer plus ou moins vite, mais
avec une composition taxinomique différente (e. g. PLANTE-CUNY et al., 1981 ;
RINCÉ et al., 1981 ; LE CAMPION-ALSUMARD et al., 1984) L'influence possible de
tels accidents, sur le développement d'eaux "colorées" à noctiluques, parfois
évoquée, semble cependant peu probable (e. g. GRALL et LE FÈVRE, 1967 ; LE
FÈVRE, 1979).
5. Eutrophie et dystrophie :
Quelle que soit leur nature, toutes les pollutions sont globalement nuisibles
pour les microphytes lorsqu'elles sont assez intenses pour que les valeurs des
facteurs écologiques sortent des intervalles de tolérance. On le constate
régulièrement dans les expériences d'écotoxicologie, avec des métaux lourds, des
produits pétroliers, des organochlorés, des éléments radioactifs, des échauffements,
des dessalures, ... et en mer on observe aussi régulièrement la disparition de toutes
ou presque toutes les espèces au voisinage même des sources de fortes perturbations
ou des émissaires chargés en polluants d'origine industrielle ou urbaine.
Mais au fur et à mesure qu'on s'en éloigne, ou si le niveau de pollution
diminue, on retrouve des peuplements souvent un peu différents de ceux qu'on
observe en milieu non perturbé, mais souvent aussi avec une biomasse et une
production plus élevées que dans les conditions naturelles, tandis qu'au contraire la
diversité spécifique diminue (ARFI et LEVEAU, 1980 ; 1983 ; ARFI et al., 1982 ;
CALMET étal., 1983).
On a affaire dans ce cas à une eutrophisation globale du milieu, faisant
passer celui-ci de conditions plus ou moins oligotrophes (c'est à dire pauvres en
éléments nutritifs et d'une façon générale peu propices à un développement massif
des peuplements) à des conditions eutrophes (favorables à un tel développement)
par suite d'un enrichissement essentiellement dû à des apports de nutrilites et de
matières organiques diverses. Ainsi les effluents anthropiques sont-ils souvent une
bonne source des principaux éléments limitant la photosynthèse, N et P
notamment, et aussi de facteurs de croissance ou d agents chélateurs indispensables.
Il peut en résulter un accroissement notable de la production primaire par rapport
aux zones plus oligotrophes, souvent accompagné par une perturbation des cycles
annuels habituels (BLANC et LEVEAU, 1970a ; BENON et al., 1977 ; MIHNEA et al.,
1981 ; CURDS, 1982 ; KIM et TRAVERS, 1984 ; PAGOU, 1985).
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