discontinuités spatiales, et avec des structures de transition, spatiales comme
temporelles.
De façon plus générale, il est nécessaire de rendre compte, à l'aide de
concepts et de termes adaptés, des ensembles "réunissant plusieurs biotopes avec
leurs biocénoses respectives dans un enchaînement de relations privilégiées" pour
reprendre les termes mêmes de PICARD (1985), qui définit ainsi des
"mésoécosystèmes marins benthiques complexes". Mais en milieu littoral et marin,
il ne suffit pas de considérer des complexes d'écosystèmes benthiques : il faut en
outre tenir compte de la surimposition d'écosystèmes pélagiques mobiles,
transporteurs d'organismes et de particules, à des écosystèmes à substrat dur et fixe
et à des écosystèmes à substrat solide mais meuble, éventuellement mobilisable
dans certaines conditions hydrodynamiques.
La circulation des écosystèmes pélagiques à la surface des systèmes
benthiques a pour effet la mobilisation de composantes physiques (particules),
chimiques (molécules, ions) et biologiques (oeufs, larves, individus reproducteurs
ou non...), leur intégration dans le fonctionnement des écosystèmes pélagiques ou
leur dépôt, plus ou moins rapide, sur des écosystèmes benthiques qui peuvent être
très différents des écosystèmes d'origine.
La compréhension du fonctionnement des systèmes écologiques littoraux et
marins nécessite ainsi la prise en compte de multiples dépendances entre
écosystèmes, qu'elles soient de proximité (verticalement entre écosystèmes
benthiques et pélagiques, mais aussi entre écosystèmes benthiques se succédant en
étages, horizontalement entre écosystèmes adjacents, benthiques ou pélagiques), ou
qu'elles s'établissent à distance, d'une part du fait des transports par courants
horizontaux et verticaux, d'autre part du fait des déplacements inter-écosystèmes
d'organismes utilisateurs de différents réseaux trophiques soit au cours des cycles
nycthéméraux, soit au cours du cycle saisonnier, soit encore au cours de leur cycle
vital. Pour de nombreuses espèces benthiques spatialement distribuées en
populations isolées, la mobilisation, le transfert et la réimplantation d'individus
par le jeu de l'hydrodynamisme est susceptible de créer d'importantes relations
entre populations, tant d'un point de vue démographique que génétique : des
analyses en termes de métapopulations s'imposent. L'on voit aussi toute
l'importance de ces processus vis-à-vis des phénomènes d'extinction et de
recolonisation, et donc de conservation des biocénoses.
Toutes ces observations, classiques pour les écologistes marins, invitent à
prendre le concept d'écosystèmes interactifs comme clé de voûte de toute analyse
fonctionnelle sérieuse des milieux littoraux et marins. Cela est encore plus
indispensable quand on considéré les interdépendances entre écosystèmes
continentaux et marins dans les espaces littoraux. Il n'est pas nécessaire d'insister
longuement ici sur l'importance des apports moléculaires et particulaires des cours
d'eau vecteurs des produits de processus érosifs continentaux. Ils contribuent à la
qualité chimique des eaux, à la constitution des substrats meubles, à la balance
dépôt-reprise qui détermine la stabilité de certaines côtes et donc des écosystèmes
tant marins que saumâtres ou terrestres qui y sont associés. Il n est pas davantage
utile de développer les mécanismes de dépendance des systèmes lagunaires vis-àvis des apports d'eau marine, dont la plus ou moins grande importance génère
l'organisation fonctionnelle de ces complexes paraliques (GUELORGET et
PERTHUISOT, ce volume), ou encore la dépendance des biocénoses terrestres de la
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