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Pour les mers fermées, les menaces sont inversement proportionnelles à
leur dimension. Bordées par des nations industrieuses et industrielles la mer
Blatique, la mer du Nord, la Manche, la Méditerranée sont en danger. Leurs surfaces
et leurs volumes sont limités. Les brassages par les courants y sont faibles. Les
communications avec le grand océan aussi. Potentiellement, elles sont menacées de
pollution : par les produits pétroliers, mais aussi par des polluants comme le
mercure, le plomb ou le cadmium et par l'enrichissement en sels nutritifs
susceptible d'aboutir à une eutrophisation des eaux côtières ; d'ores et déjà, une
grande partie des fonds de la mer Baltique doit être considérée comme anoxique et
impropre à la vie : la Méditerranée elle-même, à l'échelle de quelques décennies,
pourrait, connaître un sort comparable (BÉTHOUX, 1989) avec pour conséquence
une prochaine disparition des biocénoses benthiques des eaux profondes.
Qu'adviendra-t-il le jour ou un supertanker provoquera, dans cette mer, une marée
noire d'importance comparable à celles qui ont affecté la façade atlantique de
l'Europe ? A-t-on une idée précise du désastre écologique sans précédent que
représenterait un tel sinistre en Méditerranée mer fermée et sans marée ? (voir
RAMADE et VICENTE ; ce volume)
Un précédent livre rouge sur les espèces marines menacées (LACAZE, 1987)
établit un triste bilan : nous constatons que 77 espèces marines désertent le littoral
français auxquelles s'ajoutent 151 espèces de la frange terrestre. Le présent ouvrage
consacré aux biocénoses marines de Méditerranée affine l'analyse : de nombreux
habitats avec leurs associations animales et végétales sont dégradés : il s'agit de
biocénoses benthiques, planctoniques, lagunaires, dunaires...
Quelles sont les conséquences de cette chute rapide de la diversité
biologique ? Les relations entre la diversité des espèces et le fonctionnement des
écosystèmes sont difficiles à établir. Jusqu'à quel point l'intégrité et le
fonctionnement durable des écosystèmes peuvent-ils être maintenus malgré la
disparition de certaines espèces ? (Di CASTRI et YOUNES, 1990). Par ailleurs la
relation diversité-stabilité est loin d'être prouvée. RAY (1988) indique que la
diversité a peu à voir avec la stabilité de la plupart des écosystèmes marins : les
écosystèmes non-diversifiés étant aussi stables que ceux qui le sont...
Avec la disparition de la flore et de la faune, c'est une multitude de richesses
qui est à jamais perdue : richesse génétique (chaque organisme contient entre un
million et dix milliards d'informations inscrites dans son code génétique, façonnées
par les mutations et par les sélections naturelles successives, tout au long de
millions d'années d'évolution), ressources alimentaires (1 homme n utilise que 0,1
% des espèces et sa nourriture repose essentiellement sur une centaine d entre
elles), richesse en molécules d'intérêt médical, industriel, phytosanitaire, pour n en
citer que certaines.
Nous avons dénombré plus haut trois causes principales à la dénaturation
des biocénoses littorales : altération voire destruction des habitats, pollutions,
surexploitation. Mais la dégradation des écosystèmes côtiers n'est qu'une des facettes
de l'immense désastre écologique qui résulte des rapides changements survenus
dans l'écologie de l'espèce humaine. Ceux-ci proviennent, en premier leu,
Pour les mers fermées, les menaces sont inversement proportionnelles à
leur dimension. Bordées par des nations industrieuses et industrielles la mer
Blatique, la mer du Nord, la Manche, la Méditerranée sont en danger. Leurs surfaces
et leurs volumes sont limités. Les brassages par les courants y sont faibles. Les
communications avec le grand océan aussi. Potentiellement, elles sont menacées de
pollution : par les produits pétroliers, mais aussi par des polluants comme le
mercure, le plomb ou le cadmium et par l'enrichissement en sels nutritifs
susceptible d'aboutir à une eutrophisation des eaux côtières ; d'ores et déjà, une
grande partie des fonds de la mer Baltique doit être considérée comme anoxique et
impropre à la vie : la Méditerranée elle-même, à l'échelle de quelques décennies,
pourrait, connaître un sort comparable (BÉTHOUX, 1989) avec pour conséquence
une prochaine disparition des biocénoses benthiques des eaux profondes.
Qu'adviendra-t-il le jour ou un supertanker provoquera, dans cette mer, une marée
noire d'importance comparable à celles qui ont affecté la façade atlantique de
l'Europe ? A-t-on une idée précise du désastre écologique sans précédent que
représenterait un tel sinistre en Méditerranée mer fermée et sans marée ? (voir
RAMADE et VICENTE ; ce volume)
Un précédent livre rouge sur les espèces marines menacées (LACAZE, 1987)
établit un triste bilan : nous constatons que 77 espèces marines désertent le littoral
français auxquelles s'ajoutent 151 espèces de la frange terrestre. Le présent ouvrage
consacré aux biocénoses marines de Méditerranée affine l'analyse : de nombreux
habitats avec leurs associations animales et végétales sont dégradés : il s'agit de
biocénoses benthiques, planctoniques, lagunaires, dunaires...
Quelles sont les conséquences de cette chute rapide de la diversité
biologique ? Les relations entre la diversité des espèces et le fonctionnement des
écosystèmes sont difficiles à établir. Jusqu'à quel point l'intégrité et le
fonctionnement durable des écosystèmes peuvent-ils être maintenus malgré la
disparition de certaines espèces ? (Di CASTRI et YOUNES, 1990). Par ailleurs la
relation diversité-stabilité est loin d'être prouvée. RAY (1988) indique que la
diversité a peu à voir avec la stabilité de la plupart des écosystèmes marins : les
écosystèmes non-diversifiés étant aussi stables que ceux qui le sont...
Avec la disparition de la flore et de la faune, c'est une multitude de richesses
qui est à jamais perdue : richesse génétique (chaque organisme contient entre un
million et dix milliards d'informations inscrites dans son code génétique, façonnées
par les mutations et par les sélections naturelles successives, tout au long de
millions d'années d'évolution), ressources alimentaires (1 homme n utilise que 0,1
% des espèces et sa nourriture repose essentiellement sur une centaine d entre
elles), richesse en molécules d'intérêt médical, industriel, phytosanitaire, pour n en
citer que certaines.
Nous avons dénombré plus haut trois causes principales à la dénaturation
des biocénoses littorales : altération voire destruction des habitats, pollutions,
surexploitation. Mais la dégradation des écosystèmes côtiers n'est qu'une des facettes
de l'immense désastre écologique qui résulte des rapides changements survenus
dans l'écologie de l'espèce humaine. Ceux-ci proviennent, en premier leu,
