CHAPITRE 111
LA PRODUCTIVITÉ DE LA MER
par
M. ROSE
D’après tout ce que nous avons dit, la mer apparaît comme le grand milieu créateur
de matière vivante. Il y a un intérêt évident pour l’homme à déterminer la quantité
de cette matière ou « biomasse » contenue dans un volume défini d’eau marine; d’en
suivre, dans le temps, les fluctuations qualitatives et quantitatives; de préciser les
conditions qui régissent sa production, afin, si possible, de s’en rendre maître pour des
fins pratiques.
La production ou productivité de la mer sera donc représentée par la quantité de matière
organique qui se trouve en un espace défini, pendant un temps donné. Elle est en réalité
constituée de 2 parties : la biomasse existant à l’origine ou « production actuelle » et celle
qui s’est produite par le développement des générations successives.
La production ou productivité annuelle est la quantité de biomasse formée en 1 an
dans un volume d’eau déterminé, en une région donnée. Par rapport à l’année précédente, elle peut être positive, négative ou nulle, selon que la biomasse se trouve augmentée, diminuée ou restée stationnaire.
En fait, cette biomasse n’est jamais constante et subit des fluctuations variables et
plus ou moins grandes. Elles dépendent en partie des variations du cycle matériel et
énergétique qu’on observe dans l’évolution de la matière vivante.
Il est pratiquement impossible de déterminer avec précision la balance du cycle
matériel comme du cycle énergétique pendant un temps quelque peu allongé. Trop de
variables interviennent, et les difficultés techniques sont trop grandes. En pratique,
on se contente de déterminer la production actuelle et d’en déduire approximativement
la production annuelle, en faisant intervenir l’influence des facteurs physico-chimiques
du milieu sur la vitesse de reproduction des organismes.
La quantité d’énergie qui intervient dans le cycle de la matière a reçu le nom d’« activité ». On peut théoriquement la mesurer de deux façons : déterminer par le dégagement d’O l’énergie utilisée dans la photosynthèse, ou déterminer celle libérée dans
le métabolisme par le dégagement de CO2 (respiration) ; les deux valeurs devraient
sensiblement coïncider. Mais il est très difficile d’effectuer ces mesures, et il y a beaucoup de pertes inévaluables. Les résultats auxquels on aboutit ne doivent être considérés que comme grossièrement approximatifs.
Quoi qu’il en soit, il a fallu se préoccuper de déterminer les facteurs qui conditionnent et régissent la productivité de la mer. Certains dépendent des propriétés physicochimiques du milieu marin; d’autres dépendent des organismes pélagiques eux-mêmes
et de leurs exigences physiologiques.
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