RÔLE DU CLIMAT
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Pour la plupart, ils vont pêcher à Terre-Neuve, soit 2 966 bateaux, sept partent au Canada, 3 au Labrador et
au Groenland et 12 quittent Dunkerque pour l'Islande malgré les conditions climatiques. Comme au XVI
e siècle, la
pêche de la morue est estivale et on peut supposer qu'elle se déroule dans des zones où l'eau polaire n'a pas fait fuir le
poisson. On constate cependant, certaines années, de très faibles pêches où moins de dix morutiers, à notre
connaissance, ont quitté la France : en 1660,1663,1690 et 1692. D'autres années totalisent moins de vingt départs de
morutiers par an : de 1666 à 1669,1671 et 1672,1691. Ceci nous permet de cerner des époques de faibles pêches, de
1666 à 1672 et de 1690 à 1695, et de s'interroger sur le rôle imputé au climat (fig. 35).
• Le "petit âge glaciaire" sévit toujours au XVIII
e siècle, le développement de cyclones très sévères, dus à
des anticyclones situés à 50°N et de 61° à 65°N, provoque des inondations marines à Londres et le long des côtes de la
mer du Nord, des formations de dunes de sable et un terrible ouragan sur l'Angleterre en 1703 (Lamb, 1982).
Vers 1700, quelques pêches reprennent aux Féroé mais leur arrêt est total en Islande pendant vingt ans, de
1685 à 1704. De 1699 à 1740, prédominent des années froides et humides en Europe avec une avancée des glaciers
des Alpes. Vers 1700, on observe les plus basses températures au centre de l'Angleterre, voisines de 3°1C en hiver et,
en France l'hiver 1709 est très froid et considéré comme "grand hiver". En 1740, l'Europe occidentale grelotte encore
sous un hiver "très rigoureux".
Dans l'Atlantique du Nord-Ouest, certains hivers ont été très froids avec un envahissement des glaces.
L'hiver 1713-1714 est décrit "le pire" par Innis (1954), en 1732-1733 l'accès des côtes canadiennes est bloqué, le PetitNord de Terre-Neuve est encore entouré de glaces à la fin juin (Brière, 1978). En 1715, se produit une nouvelle chute
de la pêche aux Féroé, il fait trop froid. En 1717, une énorme tempête provoque en Bretagne une sorte de raz de marée
qui envahit les vallées (Cornou et Giot, 1977).
En 1730-31, on observe 110 jours de neige à Zurich (Lamb, 1982), tandis que l'Islande est entourée de
glaces pendant plus de quatre mois en 1750 et pendant plus de sept mois en 1756. C'est en 1756 également que l'île
de Sein manque de disparaître sous un raz de marée.
De 1764 à 1777, la neige tombe même en été dans les Alpes, les hivers sont particulièrement neigeux,
surtout en 1770 avec 112 jours à Zurich. De 1769 à 1771, des famines ont lieu (Lamb, 1982). Les hivers de 1784 à
1799 sont les plus froids en Europe de l'Ouest ; au cours de celui de 1784-85 on dénombre plus de 150 jours de neige à
Berne. A la fin du siècle l'Islande est entourée de glaces pendant plus de six mois.
A ce terrible climat tout au long du siècle s'ajoutent les guerres, puis la crise économique et la Révolution
Française à partir de 1789.
Au cours du siècle, on observe des périodes alternées de nombreux départs en pêche, donc de captures
importantes et d'autres, de faibles départs, vers les zones de pêche traditionnelles.
Si de 1700 à 1702, 386 bateaux prennent la mer et arment vers Terre-Neuve pour la pêche estivale, de 1703
à 1712 on observe une période de faibles pêches (332 départs en 10 ans), à raison de 33 morutiers en moyenne par
an. Le climat est, en effet, particulièrement rude mais ces années correspondent aussi à la Guerre de Succession
d'Espagne.
De 1713 à 1740, on constate 2 022 départs de morutiers, soit une bonne moyenne annuelle de 74 bateaux.
Les années suivantes sont médiocres, en huit ans, de 1741 à 1748, 194 morutiers vont en pêche, soit 24 de moyenne
annuelle, l'année 1747 étant nulle. Le climat a son importance car ces années sont triodes mais elles coïncident
également avec la Guerre de Succession d'Autriche.
Les huit années suivantes sont propices à la pêche, 1 250 bateaux prennent la mer (156 par an en moyenne)
nous n'avons pas retrouvé en bibliographie de fait climatique marquant à Terre-Neuve mais, on observe qu'il s'agit d'une
période de paix.
La guerre de Sept Ans prend ensuite le pas sur les conditions climatiques, de 1756 à 1762, seuls 148
bateaux partiront et cinq années sur sept seront sans pêche. Cette guerre en effet stoppe tout départ en Atlantique et
aura pour conséquence l'abandon du Canada.
Bien que le "petit âge glaciaire" refroidisse toujours l'Europe et l'Atlantique, de nombreux morutiers
reprennent la mer en cette époque de paix, on en compte 3 875 en 15 ans soit une moyenne annuelle de 258. Cette
longue période d'abondance ne se retrouve plus avant 1815.
La guerre d'Amérique freine ensuite la pêche, 310 bateaux quittent la France en quatre ans, puis, malgré le
climat rigoureux, 3 056 morutiers partent de 1782 à 1790, à raison de 339 annuellement en moyenne. A partir de 1791,
la pêche s'effondre, la Révolution et la crise économique plus que le climat, sont responsable de cet état de fait.
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Pour la plupart, ils vont pêcher à Terre-Neuve, soit 2 966 bateaux, sept partent au Canada, 3 au Labrador et
au Groenland et 12 quittent Dunkerque pour l'Islande malgré les conditions climatiques. Comme au XVI
e siècle, la
pêche de la morue est estivale et on peut supposer qu'elle se déroule dans des zones où l'eau polaire n'a pas fait fuir le
poisson. On constate cependant, certaines années, de très faibles pêches où moins de dix morutiers, à notre
connaissance, ont quitté la France : en 1660,1663,1690 et 1692. D'autres années totalisent moins de vingt départs de
morutiers par an : de 1666 à 1669,1671 et 1672,1691. Ceci nous permet de cerner des époques de faibles pêches, de
1666 à 1672 et de 1690 à 1695, et de s'interroger sur le rôle imputé au climat (fig. 35).
• Le "petit âge glaciaire" sévit toujours au XVIII
e siècle, le développement de cyclones très sévères, dus à
des anticyclones situés à 50°N et de 61° à 65°N, provoque des inondations marines à Londres et le long des côtes de la
mer du Nord, des formations de dunes de sable et un terrible ouragan sur l'Angleterre en 1703 (Lamb, 1982).
Vers 1700, quelques pêches reprennent aux Féroé mais leur arrêt est total en Islande pendant vingt ans, de
1685 à 1704. De 1699 à 1740, prédominent des années froides et humides en Europe avec une avancée des glaciers
des Alpes. Vers 1700, on observe les plus basses températures au centre de l'Angleterre, voisines de 3°1C en hiver et,
en France l'hiver 1709 est très froid et considéré comme "grand hiver". En 1740, l'Europe occidentale grelotte encore
sous un hiver "très rigoureux".
Dans l'Atlantique du Nord-Ouest, certains hivers ont été très froids avec un envahissement des glaces.
L'hiver 1713-1714 est décrit "le pire" par Innis (1954), en 1732-1733 l'accès des côtes canadiennes est bloqué, le PetitNord de Terre-Neuve est encore entouré de glaces à la fin juin (Brière, 1978). En 1715, se produit une nouvelle chute
de la pêche aux Féroé, il fait trop froid. En 1717, une énorme tempête provoque en Bretagne une sorte de raz de marée
qui envahit les vallées (Cornou et Giot, 1977).
En 1730-31, on observe 110 jours de neige à Zurich (Lamb, 1982), tandis que l'Islande est entourée de
glaces pendant plus de quatre mois en 1750 et pendant plus de sept mois en 1756. C'est en 1756 également que l'île
de Sein manque de disparaître sous un raz de marée.
De 1764 à 1777, la neige tombe même en été dans les Alpes, les hivers sont particulièrement neigeux,
surtout en 1770 avec 112 jours à Zurich. De 1769 à 1771, des famines ont lieu (Lamb, 1982). Les hivers de 1784 à
1799 sont les plus froids en Europe de l'Ouest ; au cours de celui de 1784-85 on dénombre plus de 150 jours de neige à
Berne. A la fin du siècle l'Islande est entourée de glaces pendant plus de six mois.
A ce terrible climat tout au long du siècle s'ajoutent les guerres, puis la crise économique et la Révolution
Française à partir de 1789.
Au cours du siècle, on observe des périodes alternées de nombreux départs en pêche, donc de captures
importantes et d'autres, de faibles départs, vers les zones de pêche traditionnelles.
Si de 1700 à 1702, 386 bateaux prennent la mer et arment vers Terre-Neuve pour la pêche estivale, de 1703
à 1712 on observe une période de faibles pêches (332 départs en 10 ans), à raison de 33 morutiers en moyenne par
an. Le climat est, en effet, particulièrement rude mais ces années correspondent aussi à la Guerre de Succession
d'Espagne.
De 1713 à 1740, on constate 2 022 départs de morutiers, soit une bonne moyenne annuelle de 74 bateaux.
Les années suivantes sont médiocres, en huit ans, de 1741 à 1748, 194 morutiers vont en pêche, soit 24 de moyenne
annuelle, l'année 1747 étant nulle. Le climat a son importance car ces années sont triodes mais elles coïncident
également avec la Guerre de Succession d'Autriche.
Les huit années suivantes sont propices à la pêche, 1 250 bateaux prennent la mer (156 par an en moyenne)
nous n'avons pas retrouvé en bibliographie de fait climatique marquant à Terre-Neuve mais, on observe qu'il s'agit d'une
période de paix.
La guerre de Sept Ans prend ensuite le pas sur les conditions climatiques, de 1756 à 1762, seuls 148
bateaux partiront et cinq années sur sept seront sans pêche. Cette guerre en effet stoppe tout départ en Atlantique et
aura pour conséquence l'abandon du Canada.
Bien que le "petit âge glaciaire" refroidisse toujours l'Europe et l'Atlantique, de nombreux morutiers
reprennent la mer en cette époque de paix, on en compte 3 875 en 15 ans soit une moyenne annuelle de 258. Cette
longue période d'abondance ne se retrouve plus avant 1815.
La guerre d'Amérique freine ensuite la pêche, 310 bateaux quittent la France en quatre ans, puis, malgré le
climat rigoureux, 3 056 morutiers partent de 1782 à 1790, à raison de 339 annuellement en moyenne. A partir de 1791,
la pêche s'effondre, la Révolution et la crise économique plus que le climat, sont responsable de cet état de fait.
