RÔLE DU CLIMAT
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INFLUENCE DU CLIMAT SUR LA MORUE ET SUR LES PÊCHES
La morue se plaît plus particulièrement dans une eau de température comprise entre 3 et 5° au niveau du
fond et qui présente une salinité de 33%o. Cette eau bien caractérisée est appelée "eau de morue" ; lorsque ces
conditions sont réunies, on a observé que le poisson se trouve entre 50 et 100 m.
En été, dans le golfe du Saint-Laurent, les morues se trouvent entre 35 et 145 m dans des eaux dont les
températures au fond sont situées entre 0 et 6°C, elles sont cependant beaucoup plus nombreuses à 100 m où la
température est voisine de 1°. En hiver, elles sont concentrées à 130-180 m le long du canal Laurentien dont la
température au fond est de 1° à 3°C. Sur les bancs de la Nouvelle-Ecosse, la morue se trouve dans des eaux moins
profondes et plus chaudes que ce soit en été ou en hiver. Cependant, en été, elle se rencontre de 65 à 110 m avec des
températures de 1° à 8° et en hiver de 90 à 135 m avec des températures de 2 à 4° (Jean, 1964).
Beaugé (1929) a observé que, lorsque les transgressions d'eau chaude venant du Gulf Stream sont
importantes, la morue fuit ; quand le flux polaire est très important, la morue abonde entre 50 et 100 m. Il estime que la
pêche la plus productive de la morue est hivernale, les pêches de printemps et d'automne ne venant qu'en complément
pour sauver les campagnes, les années où l'alimentation en eau polaire est insuffisante. Au temps des voiliers, la pêche
s'effectuait en été et les pêches étaient parfois désastreuses. Certaines mauvaises pêches ont conduit à la recherche
de nouveaux lieux de capture. L'auteur a ainsi observé que lorsque les conditions sont défavorables à Terre-Neuve,
elles sont favorables dans l'est de l'Atlantique. Ainsi la production norvégienne passe par un maximum autour des
années 1893, 1904, 1912 qui correspondent aux minima de Terre-Neuve. Les bonnes années à Terre-Neuve, les
bonnes années 1887,1900,1910,1918,1926 sont mauvaises en Norvège.
Des recherches ont également été faites sur les côtes groenlandaises, il s'agit alors de pêches de
complément ayant lieu en été. Au XIX
e et XX
e siècle, on a observé des venues périodiques de la morue à l'ouest du
Groenland (Hansen, Herman, 1965), les meilleures périodes connues se situent entre 1845 et 1851 et celle qui débute
vers 1920.
• Le début du XVI
e siècle correspond aux dernières décennies du "petit optimum". A cette époque, la
température moyenne au centre de l'Angleterre est voisine de 9° (Manley, 1974), les glaces hivernales autour de
l'Islande sont peu importantes et de l'ordre de deux semaines par an. Il y a aussi de bonnes années dans le nord de
l'Europe jusque vers 1580. Des recherches ont montré l'avancée des populations vers le nord, en Suède, Finlande,
Laponie et Alaska. Les anneaux de croissance des arbres ont révélé un climat doux et ensoleillé, dû au blocage des
anticyclones sur ces régions, entre 45° et 50°N, et aux vents d'ouest sur l'Europe tandis que des vents de nord et d'est
ont apporté de l'air arctique en Russie, Europe Centrale et Amérique du Nord (Lamb, 1982). L'auteur estime également
que, bien que certains hivers aient été sévères et certains étés froids et humides, l'ensemble de la période 1500-1550
reste tiède avec un climat, sinon identique, du moins peu éloigné de celui qui a régné de 1900 à 1950.
Mais, sur un plan économique, selon Cornou et Giot (1977), au début du XVI
e siècle, on observe en France à
des récriminations d'habitants qui se plaignent de trop de droits sur le poisson et du déclin des pêches, notamment en
1527,1551 et 1553. Le secteur de la pêche et les pêcheries sont atteints économiquement. La raison en est l'insécurité
en mer mais aussi la disparition du poisson le long des côtes. Jusque là des bancs importants de morue et autres
poissons foisonnaient mais, en l'espace de quelques décennies, la faune marine connaît de profondes modifications.
Lamb (1982) estime d'ailleurs que ce sont ces changements dans les stocks de morue de l'Atlantique Nord, à
partir du XV
e siècle, qui ont encouragé l'exploration par les pêcheurs français, anglais et portugais de nouvelles zones
de pêche, de sorte que, à partir de 1400, ils auraient commencé à aller pêcher sur les bancs de Terre-Neuve. Les
documents anciens nous indiquent aussi qu'il est probable que le Labrador ait été fréquenté assidûment par les
Français tout au début du XVI
e siècle mais les archives précises manquent. Ce n'est qu'à la fin du siècle, en 1586, que
l'on note l'abondance de morues le long des côtes du Labrador à 57°, 56°, 54°30 (Innis, 1954).
Ces faits épars montrent donc un début de modification du climat entraînant une disparition ou une migration
de certains poissons qui ont provoqué une évolution des habitudes de pêche dans les pays voisins.
Les documents anciens (que nous avons pu utiliser) indiquent en effet des pêches de morue aux "Terres
Neuves" sans précision, et en trente ans, de 1540 à 1570, on constate le départ en pêche d'environ 750 morutiers vers
l'Atlantique du Nord-Ouest, soit une moyenne de 25 départs annuels, leur saison étant l'été. Ce nombre de morutiers,
important pour l'époque, nous montre l'attrait exercé par les Terres-Neuves, si riches en poissons.
On situe le début du "petit âge glaciaire" vers 1550 (fig. 32 et 35). Il s'agit d'un refroidissement progressif et
généralisé, touchant le monde entier. Il a sévi approximativement de 1550 à 1700 et il est caractérisé par de fréquents
anticyclones au nord du 60°N et des vents de nord-est et sud-est dans l'hémisphère nord. On observe ainsi que les
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