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LA PRODUCTION
A Saint-Malo (fig. 11), les deux pêches sont désormais pratiquées, la sédentaire comme au XVIl
e siècle et la
pêche errante sur les Bancs. Les Malouins vont principalement à Terre-Neuve, au Petit-Nord et à Chapeau-Rouge, ils
vont peu au Labrador et à l'Ile Royale, vraisemblablement pour éviter la concurrence avec les Basques ou les
Normands. De 1700 à 1720, 981 terre-neuviers quittent Saint-Malo, on estime leur pêche à 182 701 tonnes métriques.
De 1721 à 1748, nos données sont irrégulières et manquent même pendant quinze années. En 1749, onze bateaux
partent en pêche à la morue verte et cinquante autres à la morue sèche qui reste quand même la pêche de base (La
Morandière, 1962). La pêche de la morue verte se renforce dans la seconde moitié du siècle lorsqu'une loi instituant des
droits élevés est modifiée avantageusement par Louis XV. Une période de paix et de prospérité s'étend de 1749 à 1756
provoquant de nombreux départs vers Terre-Neuve, avec une moyenne de 82 bateaux par an, les deux pêches
confondues (Le Roch, 1971). La Guerre de Sept Ans a ensuite des conséquences désastreuses à Terre-Neuve, tant sur
terre (sécheries) que sur mer (sur les Bancs). De 1774 à 1778, bien que la France ait maintenant perdu l'Ile Royale, le
Labrador et le Canada après Terre-Neuve et l'Acadie, la pêche reprend de plus belle, 118 terreneuviers en 1785,120 en
1786 (La Morandière, 1962). De 1783 à 1792, 482 cargaisons rapportent de l'ordre de 44 884 tonnes métriques de
morue. Mais, trop de poisson provoque la mévente y compris même dans les ports de décharge comme Marseille. En
outre, la crise économique qui fut d'ailleurs une des causes de la Révolution, et les troubles politiques des années de la
fin du siècle firent qu'aucun morutier n'est parti en pêche de 1793 à 1800. Au XVIII
e siècle, Saint-Malo est donc le
premier port morutier de France avec 3 426 départs en pêche, qui ont rapporté une quantité de morue estimée à
319 029 tonnes métriques.
Dunkerque devient le second port morutier français et se spécialise dans la pêche en Islande, quelques
bateaux vont cependant à Terre-Neuve, d'autres sur le Dogger Bank ou en Laponie. (fig. 14). La croissance est
relativement stable au cours de la première moitié du siècle, de 3 à 21 morutiers par an de 1730 à 1740 (du Rin, 1936).
Elle devient plus importante après la Guerre de Sept Ans. Péchant essentiellement en Islande, les Dunkerquois ne
souffrent pas de la Guerre d'Indépendance Américaine et vont capturer la morue verte à raison de 13 à 93 bateaux par
an de 1763 à 1792 (Pfister-Langanay, 1985), soit 2 044 bateaux en trente ans, ce qui donne une moyenne annuelle de
68 morutiers avec une estimation de 6 332 tonnes métriques de morue par an.
A la fin du siècle, l'agitation révolutionnaire empêcha tout départ à partir de 1793, la situation fut identique
dans les autres ports français. Pour le siècle, à notre connaissance, 2 325 morutiers ont quitté le port de Dunkerque et
ont rapporté une quantité de morue estimée à 216 504 tonnes métriques.
Essor de Granville qui devient au XVIII
e siècle, le troisième port morutier par son importance , avec une
moyenne de trente navires par an au moins dans la première moitié du siècle (fig. 15). Les Granvillais pèchent pour
moitié sur les Bancs (morue verte) et moitié sur les côtes (morue sèche), ils vont généralement à Terre-Neuve, l'Ile
Royale, Gaspé au Canada. La Guerre de Sept Ans provoque là aussi des pertes considérables et une chute des
départs. Les données que nous avons sur Granville sont irrégulières bien que ce port ait vraisemblablement envoyé
tous les ans un bon nombre de navires à Terre-Neuve. On a connaissance de 32 morutiers en 1722, 40 en 1723 (Gibon,
1908), 52 en 1724, 47 en 1726, 51 en 1736, 70 en 1740 et 90 en 1743 (La Morandière, 1962). Dans la seconde moitié
du siècle, les données sont un peu plus fréquentes, les meilleures années sont 1767 avec 85 morutiers, 1773 avec 88,
1776 avec 126, 1784 avec 93, 1786 avec 105, 1787 avec 95 (La Morandière, 1962). A la fin du siècle, le coût de la
rémunération importante des équipages provoque des problèmes financiers, d'où une crise des ventes et les années
troublées de la Révolution annulent toute pêche. Granville aura donc eu 1 203 morutiers en pêche, qui ont rapportés
une quantité estimée à 112 023 tonnes métriques de morue.
A Honfleur, on abandonne le peu de pêche sédentaire qui s'y pratiquait. Ce port, encore relativement
important au XVIII
e siècle, concentre les capitaux venant de Fécamp et de Rouen pour envoyer 676 morutiers sur les
Bancs. Vers la fin du siècle, il devient un port de décharge puis il périclite. Les derniers départs sont de 44 bateaux en
1789. La Révolution met ensuite un terme à l'activité morutière de ce port.
Loin derrière celle des ports les plus importants, l'activité des Sables d'Olonne se maintient au cours du
siècle en envoyant 498 navires à Terre-Neuve pour pêcher la morue verte. Jusqu' à 1720 les départs des morutiers sont
rares, cela est dû vraisemblablement à des années de mauvaises pêches qui découragent, cette diminution entraîne
celle des armements. Ensuite arrivent de meilleures campagnes : en 1725 avec 64 morutiers armés, en 1728 avec 65,
en 1735 avec 54, en 1737 avec 48 et 1751 avec 40 morutiers (La Morandière, 1962). Le déclin du port commence à la
moitié du siècle. La Guerre de Sept Ans stoppe tous départs qui reprennent ensuite à raison de 20 en 1764, 18 en
1766, 32 en 1773 et 19 en 1775 (La Morandière, 1962). La Guerre de l'Indépendance Américaine arrête de nouveau les
pêches vers Terre-Neuve. Par la suite, une dizaine de bateaux par an reprennent le chemin de l'ouest atlantique
jusqu'en 1787. Puis, de nouveau, les troubles de la Révolution arrêtent de façon définitive l'activité morutière des
Sables. On a pu déterminer plusieurs causes à ce déclin : le commerce lucratif de Nantes et de La Rochelle avec les
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