LA PRODUCTION
43
Antilles fait que les armateurs investissent leurs capitaux plutôt dans ces deux ports que dans le commerce terreneuvier des Sables. Le déclin a été aussi accentué ou même causé par les diverses guerres, enfin un fait social tel que
l'insubordination permanente des matelots et le peu d'empressement des armateurs à les payer ont détourné
investisseurs et marins de cette activité. On évalue la pêche des Sables d'Olonne au XVIII® siècle à 498 départs de
morutiers, ce qui permet d'estimer à 46 374 tonnes métriques la quantité de morue verte rapportée.
Des ports de Dieppe, Fécamp, Saint-Brieuc/Binic, le Havre partent de 100 à 200 morutiers sur les Bancs. Le
Havre procède à 217 départs en pêche au cours de la première moitié du siècle, puis seulement 61 jusqu'à 1789
(Dardel, 1963), puis il devient port de décharge de morue verte, périclite et arrête pratiquement son activité morutière en
1789. Par contre, à Fécamp et Saint-Brïeuc, la pêche de la morue augmente régulièrement bien que les morutiers ne
soient pas encore très nombreux pendant ce siècle. On compte ainsi à Fécamp 9 morutiers de 1700 à 1750 et 130 de
1750 à 1800. A Saint-Brieuc, l'attrait de la Grande Pêche commence en 1728 avec trois navires, puis de 12 à 18
morutiers partent régulièrement de 1750 à 1774. Les meilleures années sont 1770 et 1784 avec 19 bateaux puis 1786
avec 36 bateaux (La Morandière, 1962). Au total, 237 terre-neuviers rapportent pour le siècle 21 418 tonnes métriques
de morue verte et sèche. Fécamp et Saint-Brieuc continuent leur croissance de port morutier pendant tout le XIX
e
siècle.
Dieppe n'envoie que six morutiers en pêche jusqu'à 1750 mais accentue la pêche par la suite et on compte
143 terreneuviers de morue verte au cours de la seconde moitié du siècle. Il devient également un important port de
décharge de morue verte.
Les autres ports morutiers tels que Nantes, La Rochelle, Bordeaux, St Jean-de-Luz, Bayonne et Marseille
n'envoient plus de flotte importante pêcher la morue, certains même deviennent uniquement des ports de décharge et
de commerce. Ainsi, Marseille devient le premier port de commerce du siècle en important la morue de Saint-Malo et
de Granville. C'est aussi un très gros port de décharge qui dépasse Nantes et Bordeaux pour le trafic de morue sèche,
celle-ci étant réexportée en Espagne et en Italie. Nous avons estimé à 566 le nombre des bateaux venant décharger à
Marseille au cours du siècle, ce chiffre étant sans doute inférieur à la réalité. Dans le Sud Ouest, Bayonne et surtout
Saint-Jean-de-Luz sont aussi des ports de décharge, bien qu'ils maintiennent une activité maritime de morue sèche en
allant pêcher à l'île Royale (île du Cap-Breton) dans le golfe du Saint-Laurent et à Gaspé. Cette activité est de l'ordre de
88 morutiers pendant la première moitié du siècle. Le trafic commercial de ces deux ports atteint 537 morutiers dans la
seconde car Bayonne devient un port franc. Les années précédant la Révolution sont particulièrement actives : 32
bateaux en 1768, 34 en 1784 (Jaupart, 1981), 38 en 1786 (Dardel, 1941), 54 en 1787 (Jaupart, 1981) et 38 en 1790
(Ribault, 1962). On peut estimer à 58 200 tonnes métriques la quantité de morue sèche rapportée à Bayonne/SaintJean-de-Luz pendant le siècle. La crise économique, la Révolution, le manque de matelots et la concurrence
commerciale anglaise et hollandaise provoquent la chute des départs en pêche et la décadence de ces deux ports
avant la fin du siècle (fig. 16).
Bordeaux, La Rochelle et Nantes restent ou deviennent des ports de décharge de morue sèche au cours du
siècle. La pêche hauturière de la morue périclite rapidement, remplacée par le commerce avec les Antilles qui tue le
commerce terre-neuvier.
A Bordeaux, on observe seulement une moyenne de un à deux navires par an partant en pêche, soit 70
pour le siècle, mais c'est alors le deuxième port de France pour le commerce de la morue, après Marseille. Ce port de
décharge reçoit une moyenne de 20 à 30 bateaux par an et même 41 en 1767 (La Morandière, 1962). Nos recherches
nous ont seulement permis de dénombrer 139 morutiers entrés en décharge, il est possible qu'il y en ait eu bien
d'autres.
De La Rochelle partent de 2 à 3 bateaux par an, soit 90 au total pour le siècle. Petit à petit ce port devient
également un port de commerce et reçoit la morue de bateaux armés à St-Malo, Granville, Saint-Jean-de-Luz. Les
débarquements sont en moyenne de 2 à 3 navires par an puis davantage après 1750, et parfois jusqu'à 20 navires.
Nous estimons à 97 le nombre de bateaux débarquant à La Rochelle dont 12 de morue verte et 8 de morue sèche, 77
bateaux débarquant soit l'un soit l'autre type de morue. Ce port périclite cependant vers la fin du XVIII
e siècle et tombe
en décadence, tout comme Nantes, le commerce terre-neuvier est tué par le commerce avec les Isles d'Amérique.
Nantes a toujours été davantage uo port de commerce qu'un port terre-neuvier bien qu'il en parte de 3 à 5
bateaux par an, soit 123 terre-neuviers pour le siècle. Il demeure aussi un port de décharge et de distribution. La morue
venant notamment des Sables d'Olonne, est débarquée et acheminée par la Loire vers Orléans et Paris. Ainsi, sont
débarquées 9 450 tonnes métriques de morue verte et 330 000 tonnes métriques de morue sèche venant des ports tels
que Saint-Malo, Granville, Les Sables d'Olonne. Mais les droits excessifs sur la morue et le commerce avec les Isles
d'Amérique, beaucoup plus attractif, font que le commerce de la pêche périclite dans le dernier quart du siècle.
Précédent

- 46/133

Suivant