LA PRODUCTION
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fut un frein supplémentaire aux départs des morutiers français vers la pêche de la morue. En 1783, le Traité de
Versailles modifia les limites du "French Shore", qui se limita à toute la côte ouest de Terre-Neuve. Outre la succession
des guerres, le commerce avec les Antilles et la concentration des capitaux dans certains ports modifièrent
considérablement l'activité des ports morutiers au XVIII
e siècle.
Pour cette époque, nous avons des données plus fiables et surtout plus régulières. Tous les ans, nous
connaissons le nombre de bateaux partis à Terre-Neuve ou en Islande. Pour la première moitié du siècle, on totalise 3
083 morutiers en pêche (fig. 12). Les valeurs souvent partielles de tonnage et de production nous ont encore conduit à
faire des "estimations" supposées plus proches de la vérité que les données effectivement récoltées (tab. 5). A partir
des tonnages connus d'un nombre précis de morutiers, on a estimé à 96 tonneaux le tonnage moyen d'un morutier du
XVIII
e siècle. Il en ressort une estimation des tonnages de 295 968 tonneaux pour les 3 083 bateaux recensés et une
production estimée à 287 089 tonnes métriques entre 1700 et 1750. L'augmentation du nombre des bateaux est de 102
% par rapport au demi-siècle précédent.
Durant la seconde moitié du siècle, bien que perturbée par les guerres, on compte 8 565 départs en pêche,
soit 277 % de plus que pendant les cinquante premières années, de jauge totale 822 240 tonneaux et qui rapportent
797 573 tonnes métriques (valeurs estimatives). Pourtant, au XVIII
e siècle, 11 648 morutiers ont rapporté une quantité
de morues estimée à 1 084 662 tonnes métriques pour le siècle soit une augmentation en poids de 224 % par rapport
au XVII
e siècle. Les tonnages recensés au cours du siècle, bien que partiels, révèlent le développement de la pêche,
notamment pendant les périodes de paix (fig. 13). A la fin du siècle, une crise économique et la Révolution secouent la
France, font baisser de façon importante le prix de vente de la morue et provoquent l'arrêt du commerce terre-neuvier
pendant quelques années.
Au XVIII
e siècle, le nombre de départs de morutiers s'accroît de façon spectaculaire, passant, au cours des
cinquante premières années d'une moyenne de 50 bateaux par an, à environ 150 par an dans la seconde moitié du
siècle. Les inventaires effectués, en 1726, par Lemasson du Parc et, en 1729, par Sicard, Inspecteurs Généraux des
Pêches, nous ont été très utiles. De 1700 à 1750, les meilleures années sont :
-1700 avec 112 morutiers
-1731 avec 126 morutiers
-1715 avec 110 "
-1740 avec 139 "
-1730 avec 172 "
-1749 avec 149 "
De 1750 à 1800, les pics de densité augmentent :
-1750 avec 203 morutiers
-1776 avec 390 morutiers
-1766 avec 249 "
-1786 avec 591 "
-1767 avec 319 "
-1787 avec 646 "
-1773 avec 382 "
On peut observer cependant des périodes creuses qui correspondent aux temps de guerre. La Guerre de
Succession d'Espagne (1701-1714) a des répercussions qui s'étendent de 1703 à 1716 : sur douze ans partent
seulement 461 morutiers. De 1715 à 1756, une période de paix de quarante et un ans permet de nouveau la Grande
Pêche et de nombreux ports envoient un total de 3 337 bateaux à Terre-Neuve. Entre 1743 et 1749, on remarque une
période de très faibles pêches, 46 terreneuviers en cinq ans, qui ne peut s'expliquer par un motif de guerre. La Guerre
de Sept Ans (1756-1763), avec les pillages sur terre et sur mer, fait chuter les départs des morutiers de 1756 à 1762,
seuls 148 bateaux sont armés. Une autre époque de prospérité s'étend de 1763 à 1777 qui conduit les armateurs à
envoyer 3 778 bateaux en pêche sur quatorze ans. La guerre de l'Indépendance Américaine (1779-1783) opposant les
colonies anglaises de l'Amérique du Nord à l'Angleterre a pour conséquence la fuite des terreneuviers de cette zone car
on ne compte, de 1778 à 1782, que 403 navires français en quatre ans. Ensuite les départs reprennent jusqu'aux
approches de la Révolution Française : 2 963 de 1783 à 1790 mais seulement 166 de 1791 à 1799.
Le XVIII
e siècle est donc marqué socialement par les guerres et un mauvais climat politique. C'est cependant
le siècle de l'apogée pour les ports morutiers les plus entreprenants comme Saint-Malo, Granville et Honfleur. C'est
aussi la grande époque des ports de commerce tels que Nantes, Bordeaux, Saint-Jean-de-Luz et Marseille bien que
pour certains, le commerce avec les Antilles provoque le déclin de leur commerce morutier à la fin du siècle. Tout au
long des côtes de France, les ports morutiers continuent à se modifier ou se spécialisent. Leur puissance varie et on
peut les classer selon leur importance. Les plus productifs concentrent les capitaux et les équipages, assurent parfois
les deux sortes de pêche, se spécialisant soit dans la pêche proprement dite, soit dans le commerce de la morue.
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fut un frein supplémentaire aux départs des morutiers français vers la pêche de la morue. En 1783, le Traité de
Versailles modifia les limites du "French Shore", qui se limita à toute la côte ouest de Terre-Neuve. Outre la succession
des guerres, le commerce avec les Antilles et la concentration des capitaux dans certains ports modifièrent
considérablement l'activité des ports morutiers au XVIII
e siècle.
Pour cette époque, nous avons des données plus fiables et surtout plus régulières. Tous les ans, nous
connaissons le nombre de bateaux partis à Terre-Neuve ou en Islande. Pour la première moitié du siècle, on totalise 3
083 morutiers en pêche (fig. 12). Les valeurs souvent partielles de tonnage et de production nous ont encore conduit à
faire des "estimations" supposées plus proches de la vérité que les données effectivement récoltées (tab. 5). A partir
des tonnages connus d'un nombre précis de morutiers, on a estimé à 96 tonneaux le tonnage moyen d'un morutier du
XVIII
e siècle. Il en ressort une estimation des tonnages de 295 968 tonneaux pour les 3 083 bateaux recensés et une
production estimée à 287 089 tonnes métriques entre 1700 et 1750. L'augmentation du nombre des bateaux est de 102
% par rapport au demi-siècle précédent.
Durant la seconde moitié du siècle, bien que perturbée par les guerres, on compte 8 565 départs en pêche,
soit 277 % de plus que pendant les cinquante premières années, de jauge totale 822 240 tonneaux et qui rapportent
797 573 tonnes métriques (valeurs estimatives). Pourtant, au XVIII
e siècle, 11 648 morutiers ont rapporté une quantité
de morues estimée à 1 084 662 tonnes métriques pour le siècle soit une augmentation en poids de 224 % par rapport
au XVII
e siècle. Les tonnages recensés au cours du siècle, bien que partiels, révèlent le développement de la pêche,
notamment pendant les périodes de paix (fig. 13). A la fin du siècle, une crise économique et la Révolution secouent la
France, font baisser de façon importante le prix de vente de la morue et provoquent l'arrêt du commerce terre-neuvier
pendant quelques années.
Au XVIII
e siècle, le nombre de départs de morutiers s'accroît de façon spectaculaire, passant, au cours des
cinquante premières années d'une moyenne de 50 bateaux par an, à environ 150 par an dans la seconde moitié du
siècle. Les inventaires effectués, en 1726, par Lemasson du Parc et, en 1729, par Sicard, Inspecteurs Généraux des
Pêches, nous ont été très utiles. De 1700 à 1750, les meilleures années sont :
-1700 avec 112 morutiers
-1731 avec 126 morutiers
-1715 avec 110 "
-1740 avec 139 "
-1730 avec 172 "
-1749 avec 149 "
De 1750 à 1800, les pics de densité augmentent :
-1750 avec 203 morutiers
-1776 avec 390 morutiers
-1766 avec 249 "
-1786 avec 591 "
-1767 avec 319 "
-1787 avec 646 "
-1773 avec 382 "
On peut observer cependant des périodes creuses qui correspondent aux temps de guerre. La Guerre de
Succession d'Espagne (1701-1714) a des répercussions qui s'étendent de 1703 à 1716 : sur douze ans partent
seulement 461 morutiers. De 1715 à 1756, une période de paix de quarante et un ans permet de nouveau la Grande
Pêche et de nombreux ports envoient un total de 3 337 bateaux à Terre-Neuve. Entre 1743 et 1749, on remarque une
période de très faibles pêches, 46 terreneuviers en cinq ans, qui ne peut s'expliquer par un motif de guerre. La Guerre
de Sept Ans (1756-1763), avec les pillages sur terre et sur mer, fait chuter les départs des morutiers de 1756 à 1762,
seuls 148 bateaux sont armés. Une autre époque de prospérité s'étend de 1763 à 1777 qui conduit les armateurs à
envoyer 3 778 bateaux en pêche sur quatorze ans. La guerre de l'Indépendance Américaine (1779-1783) opposant les
colonies anglaises de l'Amérique du Nord à l'Angleterre a pour conséquence la fuite des terreneuviers de cette zone car
on ne compte, de 1778 à 1782, que 403 navires français en quatre ans. Ensuite les départs reprennent jusqu'aux
approches de la Révolution Française : 2 963 de 1783 à 1790 mais seulement 166 de 1791 à 1799.
Le XVIII
e siècle est donc marqué socialement par les guerres et un mauvais climat politique. C'est cependant
le siècle de l'apogée pour les ports morutiers les plus entreprenants comme Saint-Malo, Granville et Honfleur. C'est
aussi la grande époque des ports de commerce tels que Nantes, Bordeaux, Saint-Jean-de-Luz et Marseille bien que
pour certains, le commerce avec les Antilles provoque le déclin de leur commerce morutier à la fin du siècle. Tout au
long des côtes de France, les ports morutiers continuent à se modifier ou se spécialisent. Leur puissance varie et on
peut les classer selon leur importance. Les plus productifs concentrent les capitaux et les équipages, assurent parfois
les deux sortes de pêche, se spécialisant soit dans la pêche proprement dite, soit dans le commerce de la morue.
