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LA PRODUCTION
Certains ports continuent à assurer les deux sortes de pêche morue sèche et morue verte mais désormais la
plupart s'orientent vers l'une ou l'autre. Nous avons dénombré pour le siècle 661 morutiers effectuant avec certitude la
pêche de la morue verte et venant de Dunkerque, Fécamp, Dieppe, le Havre, Nantes et les Sables d'Olonne. La morue
sèche est plus spécialement rapportée dans les ports de Saint-Malo, La Rochelle, Bordeaux, Bayonne. Certains ports,
tels que Honfleur et Granville, pratiquent les deux pêches dans des proportions identiques.
• Au XVII
e siècle, Saint-Malo est sans conteste le premier port morutier français. On a comptabilisé 1 805
départs de bateaux vers Terre-Neuve, les trois quart de ces bateaux font la pêche sédentaire et rapportent de la morue
sèche, les autres pèchent sur les Bancs et rapportent de la morue verte (fig. 11). Les données sur les pêches de SaintMalo sont des valeurs ponctuelles jusqu'à 1680. On note ainsi le départ de 118 bateaux en 1620 (La Morandière, 1962)
112 en 1628, 24 en 1646 et 120 en 1665 (Dardel, 1941), 58 en 1675 (La Morandière, 1962). Après 1680, on a retrouvé
des données annuelles régulières se poursuivant jusqu'en 1720 (Delumeau, 1961). Pendant la première moitié du
siècle, 427 morutiers sont partis à Terre-Neuve, on en a estimé le tonnage à 49 105 tonneaux et la production à 47 631
tonnes métriques. Au cours de la seconde, le commerce de la morue est intense et 1 378 morutiers partent en pêche,
soit une augmentation de 222 %, on estime le tonnage à 158 470 tonneaux et la production à 153 716 tonnes
métriques. Soit pour le siècle un total estimé à 201 347 tonnes métriques de morue.
Second port très important, Honfleur totalise 990 morutiers en pêche dont 506 de 1600 à 1650 et 484
jusqu'à 1700 (fig.9). Les morutiers de Honfleur pratiquent à Terre-Neuve les deux sortes de pêche, morue sèche sur les
côtes et morue verte sur les Bancs à peu près à égalité, la morue verte étant, par la suite acheminée vers Paris. De
1600 à 1627 les départs de morutiers sont réguliers (Bréard, 1899). De 1636 à 1645, une vingtaine de bateaux partent
annuellement à Terre-Neuve (Dardel, 1941), enfin de 1664 à 1687 les départs varient entre 17 et 36 selon les années
(Dardel, 1941). On estime à 58 190 tonneaux, le tonnage des morutiers de 1600 à 1650, ce qui situe la production à 56
444 tonnes métriques et à 55 660 tonneaux le tonnage de 1650 à 1700 avec une production de 53 990 tonnes
métriques. Pour le siècle, la production peut donc être estimée à 110 434 tonnes métriques, soit une augmentation de
870 % correspondant à 718 % de plus de morutiers, de capacité supérieure à ceux du XVI
e siècle.
Le Havre-de-Grâce est le troisième port en importance. Son activité se poursuivra encore au début du XVIII
e
siècle, pour s'arrêter à la Révolution. On compte 598 départs en pêche pendant le siècle, essentiellement sur les Bancs
d'où ils rapportent la morue verte. Le Havre de Grâce est ainsi le premier port de morue verte de son époque. Les
départs les plus importants ont lieu en 1603 : 80 morutiers (Innis, 1954) ; 1627 : 80, 1662 : 125, 1664 : 57 (La
Morandière, 1962) ; 1670 : 72 (Dardel, 1941) ; 1675 : 55 et 1687 : 54 (La Morandière, 1962). On estime que les 598
terre-neuviers ont jaugé 68 770 tonneaux et ont rapporté 66 707 tonnes métriques de morue verte en France.
Nantes, les Sables d'Olonne et Granville envoient, surtout après 1660, respectivement, 169, 165 et 156
bateaux sur les Bancs, les morutiers de Granville rapportant moitié morue verte et moitié morue sèche. En 1664,
l'inventaire Colbert comptabilise 34 morutiers à Nantes, 74 aux Sables d'Olonne et 24 à Granville. Par la suite, le
commerce de Nantes se maintient régulièrement de 1680 à 1697, aux Sables d'Olonne le trafic est assez réduit, à
Granville le commerce morutier préfigure le développement de ce port au XVIII
e siècle.
De La Rochelle, Bordeaux, Dunkerque et Dieppe partent moins de cent terre-neuviers au cours du siècle.
Bayonne, Fécamp, Saint-Brieuc et Rouen ne consacrent que quelques bateaux à la pêche morutière.
Les cargaisons rapportées par les morutiers sont pour une grande partie déchargées dans le port de départ,
mais aussi à Marseille, Bordeaux et Nantes qui deviennent "ports de décharge". La morue est ensuite acheminée vers
les villes de l'intérieur ou exportée en Espagne et en Italie. Malgré les multiples dangers des pêches à Terre-Neuve :
guerres, piraterie, attaques fréquentes des bateaux anglais même au cours des traversées de la Manche, le commerce
de la morue prit donc une très grande place au cours du XVII
e siècle.
• Le XVIII
e est essentiellement marqué par les guerres qui ont toutes des fortes répercussions sur la grande
pêche. De 1701 à 1714, la Guerre de Succession d'Espagne a pour conséquences, jusqu'en 1716, une réduction
importante des départs de bateaux qui sont ramenés à une trentaine par an compte tenu de l'insécurité sur les mers et
des pillages ou incendies des havres par les Anglais à Terre-Neuve. Cette guerre, par le Traité d'Utrecht, oblige la
France à abandonner Terre-Neuve et l'Acadie à l'Angleterre. Cinquante ansj)lus tard, la Guerre de Sept Ans avec
l'Angleterre, de 1756 à 1763 se termine par le Traité de Paris qui impose auxlfançais la perte du Canada, du Labrador,
de l'île du Cap-Breton et de l'île Saint-Jean. Il ne reste plus aux morutiers français que l'archipel de Saint-Pierre-etMiquelon et le "French Shore" sur Terre-Neuve, qui s'étend sur la côte est du cap Normand au cap Bonavista, puis le
long de la côte ouest jusqu'à Portachoix approximativement. La guerre de l'Indépendance Américaine, de 1779 à 1783,
LA PRODUCTION
Certains ports continuent à assurer les deux sortes de pêche morue sèche et morue verte mais désormais la
plupart s'orientent vers l'une ou l'autre. Nous avons dénombré pour le siècle 661 morutiers effectuant avec certitude la
pêche de la morue verte et venant de Dunkerque, Fécamp, Dieppe, le Havre, Nantes et les Sables d'Olonne. La morue
sèche est plus spécialement rapportée dans les ports de Saint-Malo, La Rochelle, Bordeaux, Bayonne. Certains ports,
tels que Honfleur et Granville, pratiquent les deux pêches dans des proportions identiques.
• Au XVII
e siècle, Saint-Malo est sans conteste le premier port morutier français. On a comptabilisé 1 805
départs de bateaux vers Terre-Neuve, les trois quart de ces bateaux font la pêche sédentaire et rapportent de la morue
sèche, les autres pèchent sur les Bancs et rapportent de la morue verte (fig. 11). Les données sur les pêches de SaintMalo sont des valeurs ponctuelles jusqu'à 1680. On note ainsi le départ de 118 bateaux en 1620 (La Morandière, 1962)
112 en 1628, 24 en 1646 et 120 en 1665 (Dardel, 1941), 58 en 1675 (La Morandière, 1962). Après 1680, on a retrouvé
des données annuelles régulières se poursuivant jusqu'en 1720 (Delumeau, 1961). Pendant la première moitié du
siècle, 427 morutiers sont partis à Terre-Neuve, on en a estimé le tonnage à 49 105 tonneaux et la production à 47 631
tonnes métriques. Au cours de la seconde, le commerce de la morue est intense et 1 378 morutiers partent en pêche,
soit une augmentation de 222 %, on estime le tonnage à 158 470 tonneaux et la production à 153 716 tonnes
métriques. Soit pour le siècle un total estimé à 201 347 tonnes métriques de morue.
Second port très important, Honfleur totalise 990 morutiers en pêche dont 506 de 1600 à 1650 et 484
jusqu'à 1700 (fig.9). Les morutiers de Honfleur pratiquent à Terre-Neuve les deux sortes de pêche, morue sèche sur les
côtes et morue verte sur les Bancs à peu près à égalité, la morue verte étant, par la suite acheminée vers Paris. De
1600 à 1627 les départs de morutiers sont réguliers (Bréard, 1899). De 1636 à 1645, une vingtaine de bateaux partent
annuellement à Terre-Neuve (Dardel, 1941), enfin de 1664 à 1687 les départs varient entre 17 et 36 selon les années
(Dardel, 1941). On estime à 58 190 tonneaux, le tonnage des morutiers de 1600 à 1650, ce qui situe la production à 56
444 tonnes métriques et à 55 660 tonneaux le tonnage de 1650 à 1700 avec une production de 53 990 tonnes
métriques. Pour le siècle, la production peut donc être estimée à 110 434 tonnes métriques, soit une augmentation de
870 % correspondant à 718 % de plus de morutiers, de capacité supérieure à ceux du XVI
e siècle.
Le Havre-de-Grâce est le troisième port en importance. Son activité se poursuivra encore au début du XVIII
e
siècle, pour s'arrêter à la Révolution. On compte 598 départs en pêche pendant le siècle, essentiellement sur les Bancs
d'où ils rapportent la morue verte. Le Havre de Grâce est ainsi le premier port de morue verte de son époque. Les
départs les plus importants ont lieu en 1603 : 80 morutiers (Innis, 1954) ; 1627 : 80, 1662 : 125, 1664 : 57 (La
Morandière, 1962) ; 1670 : 72 (Dardel, 1941) ; 1675 : 55 et 1687 : 54 (La Morandière, 1962). On estime que les 598
terre-neuviers ont jaugé 68 770 tonneaux et ont rapporté 66 707 tonnes métriques de morue verte en France.
Nantes, les Sables d'Olonne et Granville envoient, surtout après 1660, respectivement, 169, 165 et 156
bateaux sur les Bancs, les morutiers de Granville rapportant moitié morue verte et moitié morue sèche. En 1664,
l'inventaire Colbert comptabilise 34 morutiers à Nantes, 74 aux Sables d'Olonne et 24 à Granville. Par la suite, le
commerce de Nantes se maintient régulièrement de 1680 à 1697, aux Sables d'Olonne le trafic est assez réduit, à
Granville le commerce morutier préfigure le développement de ce port au XVIII
e siècle.
De La Rochelle, Bordeaux, Dunkerque et Dieppe partent moins de cent terre-neuviers au cours du siècle.
Bayonne, Fécamp, Saint-Brieuc et Rouen ne consacrent que quelques bateaux à la pêche morutière.
Les cargaisons rapportées par les morutiers sont pour une grande partie déchargées dans le port de départ,
mais aussi à Marseille, Bordeaux et Nantes qui deviennent "ports de décharge". La morue est ensuite acheminée vers
les villes de l'intérieur ou exportée en Espagne et en Italie. Malgré les multiples dangers des pêches à Terre-Neuve :
guerres, piraterie, attaques fréquentes des bateaux anglais même au cours des traversées de la Manche, le commerce
de la morue prit donc une très grande place au cours du XVII
e siècle.
• Le XVIII
e est essentiellement marqué par les guerres qui ont toutes des fortes répercussions sur la grande
pêche. De 1701 à 1714, la Guerre de Succession d'Espagne a pour conséquences, jusqu'en 1716, une réduction
importante des départs de bateaux qui sont ramenés à une trentaine par an compte tenu de l'insécurité sur les mers et
des pillages ou incendies des havres par les Anglais à Terre-Neuve. Cette guerre, par le Traité d'Utrecht, oblige la
France à abandonner Terre-Neuve et l'Acadie à l'Angleterre. Cinquante ansj)lus tard, la Guerre de Sept Ans avec
l'Angleterre, de 1756 à 1763 se termine par le Traité de Paris qui impose auxlfançais la perte du Canada, du Labrador,
de l'île du Cap-Breton et de l'île Saint-Jean. Il ne reste plus aux morutiers français que l'archipel de Saint-Pierre-etMiquelon et le "French Shore" sur Terre-Neuve, qui s'étend sur la côte est du cap Normand au cap Bonavista, puis le
long de la côte ouest jusqu'à Portachoix approximativement. La guerre de l'Indépendance Américaine, de 1779 à 1783,
