26
LES PORTS MORUTIERS
• Au XVII
e siècle
Les documents concernant les navires utilisés pour la pêche de la morue sont plus nombreux et plus précis
qu'au XVI
e siècle. Ce sont deux catégories de bateaux : navires lourds et navires légers.
• Les bâtiments lourds, à arrière rond, à la manière hollandaise ou anglaise sont toujours représentés par les
heux et les hourques mais aussi par les flûtes, les flibots, les galiotes, bateaux dont le tonnage moyen est compris entre
100 et 300 tonneaux et qui font la pêche sédentaire.
Les flûtes sont de gros navires hollandais, de charge, à trois mâts, à fond plat et de formes très renflées. La coque est
beaucoup plus large à la flottaison qu'à la hauteur du pont.
Le flibot ressemble beaucoup à la flûte, c'est aussi un bateau de type hollandais, plat et renflé, mais à deux mâts et ne
dépassant pas 100 tonneaux.
La galiote est également un bâtiment de charge à fond plat, à deux mâts, jaugeant 50 à 300 tonneaux, avec l'avant et
l'arrière rond. Ces divers navires, très utilisés dans les ports du nord de la France étaient susceptibles de recevoir de
fortes charges (La Morandière, 1962).
• Les bâtiments plus légers sont du type pinasse, frégate, brigantin et ont un tonnage moyen de 70 à 100
tonneaux.
La pinasse du XVII
e siècle a la poupe carrée et peut jauger de 150 à 350 tonneaux.
La frégate est un bâtiment à trois mâts, de 200 à 300 tonneaux, utilisé pour la guerre. Les navires de pêches étaient
construits "en façon de frégate", avec des formes élancées permettant une bonne vitesse.
Le brigantin est un navire à deux mâts, rapide et de faible tonnage.
D'une façon très générale, on estime que les navires à deux mâts, plus petits, avec un équipage restreint et
jaugeant en moyenne 90 tonneaux, étaient surtout armés à la morue verte ; ceux à trois mâts, de tonnage plus
important, sont armés à la morue sèche (La Morandière, 1962). Delumeau (1961) estime que les terre-neuviers
malouins étaient à la fin du siècle, des bateaux de 50, 60, 80,120,160 et 230 tonneaux. Le XVII
e siècle est marqué par
une très forte augmentation des départs de terre-neuviers, de 1 153 au XVI
e siècle on atteint 4 344 départs de bateaux
au XVII
e siècle, soit une augmentation de 376 %. Au cours de la première moitié du siècle 1 329 navires quittent les
côtes de France, au cours de la seconde, on en compte 3 021, soit plus du double. Les données récoltées concernant
les tonnages sont partielles on ne totalise que 11 114 tonneaux pour la première moitié du siècle et 185 215 tonneaux
pour la seconde.
• Au XVIII
e siècle
C'est le navire à trois mâts qui est le plus souvent utilisé pour l'armement morutier, surtout dans la première
moitié du siècle, où on assiste à une augmentation des tonnages. Dans la seconde moitié du siècle apparaissent des
bateaux nouveaux : senaux et goélettes (Carrière, 1964).
Les senaux sont des bâtiments à deux mâts, qui jaugent de 100 à 170 tonneaux.
Les goélettes sont des voiliers à deux mâts, d'inspiration américaine, à voiles auriques, c'est-à-dire placées dans l'axe
du navire et qui peuvent être de différentes formes. Les goélettes du XVIII
e siècle, ou goélettes franches, jaugent de 30
à 80 tonneaux et nécessitent de 10 à 11 marins, ce sont les morutiers de la fin du siècle.
A partir de 1760, le nombre des navires à deux mâts, brigantins et goélettes, augmente donc, mais le faible
tonnage des goélettes induit une diminution des quantités pêchées par bateau. Ainsi, vers 1730-1735, la cargaison
moyenne des "vaisseaux" morutiers à trois mâts arrivant à Marseille est en moyenne de 3 500 quintaux, alors que celle
des navires légers de la fin du siècle est en moyenne de 2 360 quintaux.
Le siècle totalise 11 648 départs de morutiers en pêche soit respectivement 3 083 pour la première et 8 565
départs pour la seconde moitié du siècle, soit une augmentation très importante de la pêche, bien qu'elle ait été
totalement arrêtée les sept dernières années du siècle.
Précédent

- 27/133

Suivant