Comparativement aux métiers d’agriculteur, de sylviculteur ou d’aquaculteur, le pêcheur se
retrouve exempte de fait, d’opérations assimilables au semis ou à l’épandage d’engrais. Il est
en outre, dans l’incapacité de mener un cheptel vers les espaces les plus riches en potentialités
nutritives (verts pâturages). Ses seuls choix se restreignent aux modalités d’exercice de son
activité de pêche (moyens, calendriers) fortement tributaire des lieux et dates où la ressource
est disponible. Les analyses ethnologiques montrent que métiers et saisons de pêche sont les
deux notions de base autour desquelles s’organise l’activité et qui permettent d’étudier les
pratiques.
Le pêcheur se voit donc, limiter dans ses capacités d’anticipation et d’organisation du fait de la
variabilité du recrutement de poissons qui reste un paramètre essentiel mais fortuit. La pêche
est rendue de la sorte, plus sensible aux aléas à cause du degré de passivité plus grand vis-à-vis
des ressources vivantes de la mer, fondement primordial de l’activité.
Les pêcheurs considérés comme une communauté exerçant dans une zone donnée ne constituent
pas un groupe homogène mais souvent des sous-groupes socio-économiques différenciés de par
leur position caractérisée dans la répartition du travail, dans les armatures qu’ils possèdent, leurs
revenus, leur endettement, leurs occupations annexes, leur niveau d’éducation ainsi que leur
participation aux services divers. Ils développent un comportement qui semble opportuniste,
pour répondre au contexte économique toujours plus difficile, mais pas seulement. Dans un
système de compétition ouverte, les pêcheurs se trouvent contraints d’assurer le maintien de
leur quote-part par l’accroissement de leurs moyens de production. L’incertitude liée à la
probabilité de trouver un banc, ou agrégation de poissons, dans des conditions spatiotemporelles données, s’accroit et pèse sur l’avenir de leur revenu, par la réduction de la
ressource qu’elle entraine ; et sur lequel, ils n’ont individuellement pas de maîtrise.
Le repérage des zones riches en bancs (ou clusters), semble chez les pécheurs la tactique
d’exploitation de l’espace la mieux indiquée pour réduire cette incertitude. L’habilité à un tel
repérage, ou "capacité stratégique" selon Laurec (1977), reste déterminante dans la constitution
de leur puissance globale de pêche qui mesure l’efficacité de leur effort de pêche.
Ainsi donc, les pêcheurs exercent leur activité dans un espace de libertés soumis à des
contraintes où chaque individu déploie ses stratégies, ses décisions et ses tactiques.
La tactique de pêche qui englobe le choix d’un engin de pêche, d’une localisation géographique
et d’une espèce-cible, est définie comme "un processus de décision s’effectuant pour un pas de
temps correspondant à une marée, voire aux opérations de pêche quand plusieurs métiers sont
pratiqués au cours d’une marée.
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Economie des pêches - 27/99

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