2.3. L'aménagement des pêcheries hautiirières internationales
Initialement, le caractère épuisable des ressources hauturières est réfuté par les
conseillers scientifiques des administrations nationales. Ainsi, en 1883, T.H Huxley (cité
par Gordon 1954) affirmait : "La pêcherie de morue, celle de hareng, celle de
maquereau et, probablement, les grandes pêcheries maritimes sont inépuisables : rien
de ce que nous pouvons faire affecte sérieusement le nombre de poissons".
Il faut attendre le début du XXème siècle pour que le caractère limité des
ressources hauturières soit reconnu de la communauté scientifique. Il fut établi, plus
tard, que la plie de mer du Nord avait montré, dès 1896, des signes de surexploitation
biologique (Troadec 1976). L'industrie et les administrations nationales, dont l'attention
était tournée vers les possibilités d'expansion offertes par le déploiement géographique
des flottes nationales, ne reconnurent que beaucoup plus tard l'intérêt de réguler le taux
d'exploitation : ce n'est guère que vers la fin des années 70 que ce principe fut admis de
façon générale et explicite.
Pendant trois quarts de siècle, la science halieutique, comme d'ailleurs les
administrations nationales, se sont souciées davantage des pêcheries hauturières
(chapitre 1). Jusqu'à la fin des années 60, elles recourent, pour conserver la ressource, à
des mesures non distributives (protection des femelles et des nourriceries, spécifications
des engins, etc.), semblables à celles que l'on utilise dans les pêcheries côtières
purement nationales, et parfois avec plus de succès que pour la réglementation des
contingents de capture ou des prises accessoires (Halliday 1987). Néanmoins, l'adoption
d'une régulation du maillage par les commissions internationales est tardive : ainsi, ce
n'est qu'en 1946 qu'une réglementation sur le maillage est adoptée pour la mer du
Nord, alors que la protection de jeunes plies avait été recommandée vingt ans plus tôt
(Cushing 1971-1972).
Partout les institutions nationales et internationales se comportent comme si
l'importance des gains potentiels théoriques suffisait pour entraîner l'adhésion des pays
membres et l'adoption des mesures dont l'intérêt est démontré par la recherche.
Malheureusement, l'effet des mesures non distributives est rapidement annulé par un
effort de pêche qui continue de croître. La dégradation régulière des rendements qu'elle
entraîne pousse les pêcheurs, opérant à la limite de la rentabilité, à modifier sans cesse
leurs régimes d'exploitation (chapitre 17), à frauder si nécessaire, réduisant ainsi à
néant les efforts d'aménagement et faisant douter de l'applicabilité des mesures (Garcia
1986). Celte dynamique perverse aboutit localement à des conflits ouverts, parfois
graves, entre pays (Grande-Bretagne - Islande, par exemple), comme entre pêcheurs
appartenant à des branches différentes (chapitres 17 et 18).
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Initialement, le caractère épuisable des ressources hauturières est réfuté par les
conseillers scientifiques des administrations nationales. Ainsi, en 1883, T.H Huxley (cité
par Gordon 1954) affirmait : "La pêcherie de morue, celle de hareng, celle de
maquereau et, probablement, les grandes pêcheries maritimes sont inépuisables : rien
de ce que nous pouvons faire affecte sérieusement le nombre de poissons".
Il faut attendre le début du XXème siècle pour que le caractère limité des
ressources hauturières soit reconnu de la communauté scientifique. Il fut établi, plus
tard, que la plie de mer du Nord avait montré, dès 1896, des signes de surexploitation
biologique (Troadec 1976). L'industrie et les administrations nationales, dont l'attention
était tournée vers les possibilités d'expansion offertes par le déploiement géographique
des flottes nationales, ne reconnurent que beaucoup plus tard l'intérêt de réguler le taux
d'exploitation : ce n'est guère que vers la fin des années 70 que ce principe fut admis de
façon générale et explicite.
Pendant trois quarts de siècle, la science halieutique, comme d'ailleurs les
administrations nationales, se sont souciées davantage des pêcheries hauturières
(chapitre 1). Jusqu'à la fin des années 60, elles recourent, pour conserver la ressource, à
des mesures non distributives (protection des femelles et des nourriceries, spécifications
des engins, etc.), semblables à celles que l'on utilise dans les pêcheries côtières
purement nationales, et parfois avec plus de succès que pour la réglementation des
contingents de capture ou des prises accessoires (Halliday 1987). Néanmoins, l'adoption
d'une régulation du maillage par les commissions internationales est tardive : ainsi, ce
n'est qu'en 1946 qu'une réglementation sur le maillage est adoptée pour la mer du
Nord, alors que la protection de jeunes plies avait été recommandée vingt ans plus tôt
(Cushing 1971-1972).
Partout les institutions nationales et internationales se comportent comme si
l'importance des gains potentiels théoriques suffisait pour entraîner l'adhésion des pays
membres et l'adoption des mesures dont l'intérêt est démontré par la recherche.
Malheureusement, l'effet des mesures non distributives est rapidement annulé par un
effort de pêche qui continue de croître. La dégradation régulière des rendements qu'elle
entraîne pousse les pêcheurs, opérant à la limite de la rentabilité, à modifier sans cesse
leurs régimes d'exploitation (chapitre 17), à frauder si nécessaire, réduisant ainsi à
néant les efforts d'aménagement et faisant douter de l'applicabilité des mesures (Garcia
1986). Celte dynamique perverse aboutit localement à des conflits ouverts, parfois
graves, entre pays (Grande-Bretagne - Islande, par exemple), comme entre pêcheurs
appartenant à des branches différentes (chapitres 17 et 18).
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