19 - Désertification sur terre et dans l'océan
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Des recherches importantes ont été consacrées à l'évaluation de la capacité
biotique des pâturages. L'objectif ultime de ce travail est de déterminer une stratégie
qui permette de répondre de façon effective à la variabilité interannuelle qui frappe les
terres arides ou semi-arides. On étudie les implications de la surcharge, comme de la
sous-charge en bétail. Aucun accord n'a encore été réalisé sur une méthode de
détermination objective de cette capacité biotique.
Divers auteurs attribuent la dégradation des pâturages, non seulement à la
"sécheresse prolongée du Sahel", mais aussi au fait que ces ressources soient exploitées
en commun. Selon eux, les usagers, opérant individuellement ou par petites
communautés, ne s'inquiéteraient pas des conséquences de l'impact de leur activité
propre sur l'ensemble de la couverture végétale. Cette dynamique a été vulgarisée par
Hardin (1968) sous l'expression de "tragédie des communaux". Ce qui peut sembler
rationel à un pasteur individuel pour survivre aux rigueurs climatiques survenant une
année donnée, pourra être ultérieurement irrationnel pour la communauté toute
entière : pendant que quelques individus réussissent à surmonter les rigueurs d'une
année de sécheresse, les terres arables et les pâturages communs se seront dégradés au
point de ne plus pouvoir satisfaire les besoins de la communauté l'année suivante. Les
pasteurs seront alors contraints d'aller chercher ailleurs de "nouvelles" terres pour y
faire paître leurs bêles.
Mais d'autres chercheurs contestent l'idée que l'usage commun des ressources
renouvelables soit responsable de la désertification de régions arides et semi-arides
comme le Sahel. Selon eux, ce n'est pas le principe lui-même de l'usage en commun des
ressources renouvelables qui est en cause mais, plutôt, la façon dont les systèmes
coutumiers ont évolué. Ceux-ci reposaient sur la connaissance intime des ressources
naturelles, la capacité de migrer saisonnièrement et annuellement, l'auto-suffisance, la
coopération entre groupes alliés et, plus généralement, l'égalité d'accès aux ressources.
Jodha (1986), par exemple, a montré de façon convaincante l'intérêt et la contribution
aux moyens d'existence de populations vivant dans certaines zones arides de l'Inde, de
systèmes d'exploitation en commun des ressources renouvelables. Avec le
développement de l'économie de marché (commercialisation du bétail), la levée de
l'impôt en espèces, la croissance démographique et, plus généralement, le
bouleversement des structures sociales et des rapports économiques consécutivement à
la pénétration de l'économie marchande (chapitre 1), les systèmes traditionnels ne
purent bientôt plus maintenir un équilibre satisfaisant entre la production et la
productivité naturelle. La capacité propre des différents systèmes économiques et
sociaux à utiliser efficacement les écosystèmes à usages, en partie, collectifs et, à
l'inverse, le rapport qui existe entre ces systèmes et le processus de désertification
demandent à être mieux compris (chapitres 18 et 22).
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