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M.H. Glantz
Pendant cette période de pluies abondantes, les troupeaux prospérèrent. Il en
résulta une pression accrue sur la couverture végétale, par surpâturage et piétinement
du sol. En outre, une nouvelle technique avait simultanément permis de multiplier les
forages profonds. Les points d'eau saisonniers devinrent permanents. Toutefois,
personne ne fut chargé à l'époque de contrôler l'usage de ces puits. On ne se préoccupa
pas davantage d'en évaluer l'impact à long terme sur l'environnement et sur la vie des
gens qui en dépendaient. Ce n'est que plus tard que l'on s'aperçut que ces puits
entraînaient une concentration de troupeaux et la dégradation de la couverture végétale
dans un rayon de 20 à 30 kilomètres. En outre, avec l'accroissement de la population
dans la région, le ramassage du bois de chauffage et la coupe des buissons et des arbres
s'intensifièrent. Ce processus se mit en place au cours des années 50 et 60 relativement
pluvieuses.
Lorsque survint à la fin des années 60 une sécheresse prolongée, il devint évident
que le régime pluviométrique à long tenue de la zone sahalienne était insuffisant pour
assurer le maintien des cultures qui s'y étaient développées, pas plus que les troupeaux
qui s'étaient multipliés sur ses confins septentrionaux où les pasteurs avaient été
repoussés. A partir de 1968, le rendement des cultures commença à décliner. Année
après année, les efforts redoublés pour maintenir leur production échouèrent.
Confrontés à cette baisse de productivité, les paysans durent, dans bien des cas, quitter
leurs terres et retourner au sud, vers des zones plus humides. Peu arrosées et
dépouillées de leur végétation, les terres qu'ils abandonnaient étaient devenues
vulnérables à l'érosion éolienne.
Simultanément, les éleveurs avaient de plus en plus de mal à trouver des
pâturages pour leurs bêtes ; celles-ci s'affaiblirent et, avec la persistance de la
sécheresse, commencèrent à périr. Certaines réussirent à survivre quelques temps
autour des puits, mais finirent elles-aussi par mourir, non de soif, mais de faim, suite à
la disparition de la végétation : ainsi avant de disparaître, le bétail contribua à créer des
conditions désertiques autour des points d'eau.
L'apparition de tâches arides aux confins méridionaux du Sahara fut interprétée
comme une extension du désert, à la vitesse de 50 km par an sous l'effet de la
sécheresse prolongée. Chassés par la dégradation des écosystèmes, nombreux furent les
paysans et les pasteurs qui finirent leur périple dans les centres urbains et les camps de
réfugiés, totalement dépendants de l'aide alimentaire internationale. Lorsqu'au début
des années 80, la pluviométrie redevint plus favorable, nombre de pasteurs furent dans
l'impossibilité, sans troupeaux, de regagner leurs régions d'origine pour y reprendre
leur activité traditionnelle.
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