Les théories de l'évolution fournissent à cet égard une analogie intéressante.
Elles distinguent :
- une micro-évolution, ou évolution spécialisante, qui porte sur l'adaptation par
petites touches successives d'organes et de fonctions préexistants ; la micro-évolution
n'invente pas, elle améliore ;
- une macro-évolution, ou typogénèse qui, en créant de nouvelles fonctions, ouvre
de nouvelles voies d'évolution, l'hominisation par exemple ; mais cette macro-évolution
passe par une phase préalable de dédifférenciation, de déspécialisation, par
paedomorphose (Ruffié 1983).
L'histoire de la science halieutique montre que cette analogie n'est pas
artificielle. Les premières observations sur les effets de la pêche sur les populations
exploitées ont conduit à l'élaboration d'une "théorie de la pêche", à partir de laquelle
ont été mises au point, puis raffinées, les différentes familles de modèles d'évaluation
des stocks. L'apport des mathématiques, à l'écologie comme à l'économie, a
considérablement amélioré l'extraction de l'information des données accumulées,
comme le recueil de nouvelles données. Pendant toute la période de leur application à
l'évaluation de nouveaux stocks, le besoin d'une démarche scientifique originale est
resté modéré : il suffisait de valoriser l'acquis théorique. Mais, la théorie fut le résultat
d'une démarche scientifique originale. Un petit nombre de pays seulement a suivi cette
voie ; ils en ont tiré un avantage économique et politique durable. De nouveau, la
recherche ne sera pas en mesure de contribuer à la réduction de la crise, sans un
investissement conceptuel original. Quelle que soit la puissance de ses outils d'analyse,
la conception de nouvelles théories et la conduite de programmes de recherche
susceptibles de les vérifier et de mettre au point de nouvelles méthodes concernent
directement l'écologie et l'économie.
On a vu la nécessité d'ouvrir le champ des préoccupations de la biologie des
pêches. Celle-ci devrait couvrir l'ensemble du cycle de vie des populations et prendre en
compte la diversité des facteurs naturels et anthropogéniques qui déterminent leur
abondance et leur productivité. Ce constat ne date pas d'aujourd'hui. En 1981, Cushing
faisait déjà observer : "certains estiment que la science peut se limiter à la seule
comptabilité requise pour l'aménagement des pêches : rien d'autre ne serait nécessaire
pour appliquer une méthode. Mais, si une telle méthode présuppose la confiance, sa
portée est réduite. Une science se construit à partir d'ensembles emboîtables, issus de
sources différentes. Nous avons besoin de nouveaux concepts et de nouvelles méthodes,
simplement pour construire la science". Quelques années plus tôt, Kesteven (1972) avait
aussi perçu l'affaiblissement des capacités novatrices de la biologie des pêches, engagée
trop exclusivement dans les applications utiles : "Dans son incapacité à prédire, la
biologie des pêches se cantonne, carrément mais malheureusement, à côté de l'écologie.
Selon la théorie de Kuhn (1962), la biologie des pêches opère actuellement selon un
paradigme dont le potentiel de créativité est quasiment épuisé ; la plupart de ses
60
Elles distinguent :
- une micro-évolution, ou évolution spécialisante, qui porte sur l'adaptation par
petites touches successives d'organes et de fonctions préexistants ; la micro-évolution
n'invente pas, elle améliore ;
- une macro-évolution, ou typogénèse qui, en créant de nouvelles fonctions, ouvre
de nouvelles voies d'évolution, l'hominisation par exemple ; mais cette macro-évolution
passe par une phase préalable de dédifférenciation, de déspécialisation, par
paedomorphose (Ruffié 1983).
L'histoire de la science halieutique montre que cette analogie n'est pas
artificielle. Les premières observations sur les effets de la pêche sur les populations
exploitées ont conduit à l'élaboration d'une "théorie de la pêche", à partir de laquelle
ont été mises au point, puis raffinées, les différentes familles de modèles d'évaluation
des stocks. L'apport des mathématiques, à l'écologie comme à l'économie, a
considérablement amélioré l'extraction de l'information des données accumulées,
comme le recueil de nouvelles données. Pendant toute la période de leur application à
l'évaluation de nouveaux stocks, le besoin d'une démarche scientifique originale est
resté modéré : il suffisait de valoriser l'acquis théorique. Mais, la théorie fut le résultat
d'une démarche scientifique originale. Un petit nombre de pays seulement a suivi cette
voie ; ils en ont tiré un avantage économique et politique durable. De nouveau, la
recherche ne sera pas en mesure de contribuer à la réduction de la crise, sans un
investissement conceptuel original. Quelle que soit la puissance de ses outils d'analyse,
la conception de nouvelles théories et la conduite de programmes de recherche
susceptibles de les vérifier et de mettre au point de nouvelles méthodes concernent
directement l'écologie et l'économie.
On a vu la nécessité d'ouvrir le champ des préoccupations de la biologie des
pêches. Celle-ci devrait couvrir l'ensemble du cycle de vie des populations et prendre en
compte la diversité des facteurs naturels et anthropogéniques qui déterminent leur
abondance et leur productivité. Ce constat ne date pas d'aujourd'hui. En 1981, Cushing
faisait déjà observer : "certains estiment que la science peut se limiter à la seule
comptabilité requise pour l'aménagement des pêches : rien d'autre ne serait nécessaire
pour appliquer une méthode. Mais, si une telle méthode présuppose la confiance, sa
portée est réduite. Une science se construit à partir d'ensembles emboîtables, issus de
sources différentes. Nous avons besoin de nouveaux concepts et de nouvelles méthodes,
simplement pour construire la science". Quelques années plus tôt, Kesteven (1972) avait
aussi perçu l'affaiblissement des capacités novatrices de la biologie des pêches, engagée
trop exclusivement dans les applications utiles : "Dans son incapacité à prédire, la
biologie des pêches se cantonne, carrément mais malheureusement, à côté de l'écologie.
Selon la théorie de Kuhn (1962), la biologie des pêches opère actuellement selon un
paradigme dont le potentiel de créativité est quasiment épuisé ; la plupart de ses
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