16 - L'organisation sociale des systèmes d'aménagement
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Pas plus qu'elle ne peut servir à déterminer le meilleur système de valeurs
culturelles, la confrontation de ces deux attitudes ne permet à elle seule de choisir la
meilleure philosophie. Les débats sur les risques relatifs pour les ressources
halieutiques ou les communautés de pêcheurs sont voués à devenir métaphysiques, tant
que les hypothèses de l'administration sur l'amélioration du système biologique, du
système économique et du système social des pêcheries ne sont pas objectivement
analysées et testées empiriquement. L'halieute ne peut guère faire plus que d'insister
sur ce point. "Si la science a pour tâche de conseiller et non de diriger, elle doit aussi
écouter. " Marcel Hérubel 1912.
Il est clair que le mouvement d'enclosure de l'Océan mondial qui s'est généralisé
au cours de la dernière décennie n'a pas suffi, à lui seul, à susciter le même mouvement
général de formulation de politiques nationales fondées sur l'analyse des secteurs des
pêches. Au contraire, l'examen des systèmes nationaux d'aménagement des pêches dans
les zones économiques exclusives révèle une étonnante diversité d'objectifs et une
insuffisance générale de résultats (ACMRR 1983, OCDE 1984, Cleveland 1985, IPFC
1987, Royce 1987, Miles sous presse). Un peu partout, les halieutes sont déçus de
constater qu'une partie essentielle des progrès conceptuels et méthodologiques de leur
savoir reste inutilisée : l'aménagement des pêches ne se réduit pas à l'accumulation des
connaissances scientifiques sur ses composantes (chapitres 13 et 21). Comme
l'observent Troadec et Maucorps (1984 : 142), la structure sociologique du système est
telle que "des trois dimensions majeures de l'aménagement, la dimension politique
paraît dominer l'économique, et celle-ci la biologique".
Deux distinctions s'imposent si l'on veut évaluer les performances des
administrations en matière d'aménagement. La première porte sur le rôle respectif des
[onctions : celle de conseiller scientifique doit être distingué de celle d'administrateur.
On a déjà noté que les administrateurs n'ont pas nécessairement la formation technique
ou scientifique appropriée ; l'inverse est encore plus vrai. Surtout, les scientifiques et les
administrateurs n'ont pas les mêmes responsabilités. Les premiers ont à répondre à la
question "de quoi s'agit-il ?". Avant d'agir, les seconds ont à peser et à intégrer un
ensemble varié d'informations et de points de vue : résultats des analyses scientifiques,
opinions exprimées par les différentes familles professionnelles en concurrence,
considérations ou pressions politiques, position de groupes d'intérêt plus vastes,
jugements propres au moment de prendre les décisions définitives (chapitre 21).
Puisque les administrateurs ont besoin d'un appui extérieur pour remplir leurs tâches,
on pourrait songer à leur donner une formation théorique complémentaire en gestion
économique et des affaires : ils pourraient aussi s'attacher à recueillir l'avis d'analystes
politiques. De leur côté, les halieutes n'ont pas vocation à synthétiser, ni à hiérarchiser
les résultats d'analyses pluridisciplinaires, c'est-à-dire à juger sur des critères extrascientifiques de la pertinence de telle ou telle politique de pêche. Les chercheurs
doivent s'attacher à distinguer recherche et aménagement (Marasco and Miller sous
presse), et à exercer leur talent et leur enthousiasme sur des programmes scientifiques
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Pas plus qu'elle ne peut servir à déterminer le meilleur système de valeurs
culturelles, la confrontation de ces deux attitudes ne permet à elle seule de choisir la
meilleure philosophie. Les débats sur les risques relatifs pour les ressources
halieutiques ou les communautés de pêcheurs sont voués à devenir métaphysiques, tant
que les hypothèses de l'administration sur l'amélioration du système biologique, du
système économique et du système social des pêcheries ne sont pas objectivement
analysées et testées empiriquement. L'halieute ne peut guère faire plus que d'insister
sur ce point. "Si la science a pour tâche de conseiller et non de diriger, elle doit aussi
écouter. " Marcel Hérubel 1912.
Il est clair que le mouvement d'enclosure de l'Océan mondial qui s'est généralisé
au cours de la dernière décennie n'a pas suffi, à lui seul, à susciter le même mouvement
général de formulation de politiques nationales fondées sur l'analyse des secteurs des
pêches. Au contraire, l'examen des systèmes nationaux d'aménagement des pêches dans
les zones économiques exclusives révèle une étonnante diversité d'objectifs et une
insuffisance générale de résultats (ACMRR 1983, OCDE 1984, Cleveland 1985, IPFC
1987, Royce 1987, Miles sous presse). Un peu partout, les halieutes sont déçus de
constater qu'une partie essentielle des progrès conceptuels et méthodologiques de leur
savoir reste inutilisée : l'aménagement des pêches ne se réduit pas à l'accumulation des
connaissances scientifiques sur ses composantes (chapitres 13 et 21). Comme
l'observent Troadec et Maucorps (1984 : 142), la structure sociologique du système est
telle que "des trois dimensions majeures de l'aménagement, la dimension politique
paraît dominer l'économique, et celle-ci la biologique".
Deux distinctions s'imposent si l'on veut évaluer les performances des
administrations en matière d'aménagement. La première porte sur le rôle respectif des
[onctions : celle de conseiller scientifique doit être distingué de celle d'administrateur.
On a déjà noté que les administrateurs n'ont pas nécessairement la formation technique
ou scientifique appropriée ; l'inverse est encore plus vrai. Surtout, les scientifiques et les
administrateurs n'ont pas les mêmes responsabilités. Les premiers ont à répondre à la
question "de quoi s'agit-il ?". Avant d'agir, les seconds ont à peser et à intégrer un
ensemble varié d'informations et de points de vue : résultats des analyses scientifiques,
opinions exprimées par les différentes familles professionnelles en concurrence,
considérations ou pressions politiques, position de groupes d'intérêt plus vastes,
jugements propres au moment de prendre les décisions définitives (chapitre 21).
Puisque les administrateurs ont besoin d'un appui extérieur pour remplir leurs tâches,
on pourrait songer à leur donner une formation théorique complémentaire en gestion
économique et des affaires : ils pourraient aussi s'attacher à recueillir l'avis d'analystes
politiques. De leur côté, les halieutes n'ont pas vocation à synthétiser, ni à hiérarchiser
les résultats d'analyses pluridisciplinaires, c'est-à-dire à juger sur des critères extrascientifiques de la pertinence de telle ou telle politique de pêche. Les chercheurs
doivent s'attacher à distinguer recherche et aménagement (Marasco and Miller sous
presse), et à exercer leur talent et leur enthousiasme sur des programmes scientifiques
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