75 - L'allocation des privilèges d'usage
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travaillant dans les entreprises annexes à changer de métier ou a quitter la
communauté. A terme, ces changements peuvent contribuer à améliorer l'efficience
économique mais, à court terme, ils exigeront des intéressés, des investissements
substantiels. S'ils valent la peine d'être consentis, les coûts immédiats ne le seront qVà
condition que les gains à long terme soient appréciables et sûrs. Des bouleversements
majeurs peuvent signifier une grande détresse sociale : l'émigration disloque les
communautés et les familles ; les pêcheurs déplacés peuvent ne plus savoir comment
occuper leur vie ; une dégradation de leur état de santé et des dérèglements sociaux
peuvent en résulter.
Le risque de disfonctionnements consécutifs à la réalisation de plans de
restructuration bâtis à la hâte expliquent pourquoi les programmes d'attribution de
licences ou de quotas individuels sont généralement établis sur la base des
performances de pêche passées des intéressés. Si les pêcheurs décident volontairement
et en toute connaissance de cause de céder leurs droits de pêche, ils garderont leur
propre estime ; ils disposeront de moyens pour financer leur reconversion ou pour se
retirer de la vie active.
Le risque des décisions à courte vue est réel. Les pêcheurs confrontés au
marasme économique pourront abandonner leurs droits de pêche, échouer dans leurs
efforts à trouver une nouvelle occupation, épuiser leurs économies et se trouver
complètement démunis, devenant de ce fait une charge pour la société. Le cas s'est
produit avec les aborigènes d'Amérique du Nord. Quand la Colombie britannique a
introduit son premier programme de limitation par licences de la pêche du saumon
pacifique, de nombreux indiens ont vendu leurs licences à des non-indiens, tout en
demeurant dans leurs villages isolés où, en dehors de la pêche, les possibilités de travail
sont très réduites. Pour y remédier, un régime spécial de licences de pêche, réservées
aux seuls indiens et transmissibles seulement entre eux, a été mis en place (Pearse
1982). On fait souvent référence à ces difficultés rencontrées en Colombie britannique
pour justifier l'adoption de clauses de limitation des transferts pour les ethnies isolées
et, particulièrement, les communautés aborigènes (Adasiak 1980).
La nécessité de prévoir des dispositions particulières pour les communautés
prouve que nous nous trouvons là devant un problème plus général : les pêcheurs ne
sont pas les seuls à être touchés par l'émigration hors de leurs communautés d'origine.
Lorsque les discussions sur les différentes options de limitation de la pêche furent
entamées en Alaska, les pêcheurs exprimèrent la crainte que la transmissibilité des
licences ne se traduise par un transfert des droits de pêche à leur détriment, au profit
d'américains d'autres Etats, comme ceux de Washington, de l'Orégon ou de Californie,
ou des pêcheurs ruraux vers des pêcheurs citadins. Pour tenir compte de cette
appréhension, un système complexe d'allocation, accordant une préférence aux
pêcheurs ruraux résidents en Alaska, fut élaboré. Malgré ces dispositions, entre 1975 et
1985,1 399 pêcheurs d'Alaska renoncèrent à leurs licences, tandis que seulement 762 en
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