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R. B. Reltig
ou l'éventualité de l'adoption d'un programme de limitation par licences suscite une
spéculation sur les entrées : si l'on escompte un gain de la vente de sa licence, on se
précipitera pour en obtenir une, même si la pêcherie à laquelle on participe ne rapporte
guère de bénéfices ; surtout si l'acquisition de la licence ne coûte rien. Aussi, les
programmes de réduction du nombre de licences, qui ne considèrent pas simultanément
la question de la réduction effective du nombre de navires et de leur puissance de
pêche, peuvent facilement aboutir à des résultats plus nocifs que bénéfiques.
Il y a une vingtaine d'années, les économistes escomptaient beaucoup des
systèmes de limitation de la pêche par un régime de licences. Leur désillusion a été
grande lorsqu'ils ont découvert que des faiblesses alors imprévues réduisaient leur
efficacité. Plus récemment, les analystes politiques ont commencé à réaliser que toutes
les méthodes ont leurs défauts et que leur choix doit se faire en fonction des
particularités du contexte d'application (Dahlman 1979). Comme un pêcheur
professionnel le faisait récemment observer, la limitation des licences est un instrument
utile pour réaliser des ajustements hautement complexes dans des pêcheries
confrontées à des problèmes aussi complexes (Wallace 1987). Les programmes doivent
donc être façonnés en fonction des spécificités de chaque pêcherie, puis ajustés et
améliorés année après année. Mais, s'empresser de rejeter un système sous prétexte
qu'il présente des limitations n'est pas raisonnable. Les pêcheurs et les analystes des
politiques gouvernementales reconnaissent l'intérêt pour la pêche de procéder à des
exercices de planification soigneux et détaillés (Huppert 1987). Il n'est pas possible,
dans le cadre de ce chapitre, de présenter une synthèse complète des différentes options
envisageables lorsque l'on prévoit de réguler la pêche au moyen de licences. Le lecteur
intéressé se référera aux nombreux travaux publiés sur ce sujet (Pearse 1979, Stokes
1979, Rettig and Ginter 1980, Sturgess and Meany 1982, Beddington and Rctlig 1984,
Rettig 1984, Mollett 1986, Oregon State University 1987).
La régulation de la pêcherie de crevette du nord de l'Australie fournit un bon
exemple d'application, novatrice et sensée, du système de licences. Cette pêcherie très
lucrative s'était développée à partir de la fin des années 60 et a prospéré ensuite
rapidement jusqu'à l'introduction, en 1977, d'un système de licences (Lilburn 1986). Les
titulaires de licences individuelles s'efforcèrent d'augmenter leurs parts des captures
totales. Le résultat de ce comportement fut un déclin des bénéfices moyens nets, seule
évolution possible puisque la ressource était pleinement exploitée. Comme les stocks
des crevettes se déplacent entre la zone côtière et la haute mer, ainsi qu'entre les eaux
d'Etats contigus, les gouvernements, aussi bien des Etats que fédéral, se consultèrent
avec les représentants de l'industrie de la pêche australienne sur la meilleure façon
d'aménager la pêcherie.
De concert, les parties mirent au point un programme de limitation de l'effort de
pêche qui prévoyait de bloquer la flottille, sur la base de la jauge et de la puissance
motrice des bateaux titulaires de licences. Un bateau n'était autorisé à pêcher la
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