75 - L'allocation des privilèges d'usage
19
Le thon rouge austral, qui pond dans l'océan Indien, effectue une migration qui
le conduit le long de la côte méridionale de l'Australie, puis à l'est vers la NouvelleZélande. Les plus fortes captures sont effectuées par les Japonais et les Australiens,
celle des Néo-Zélandais restant plus modeste (Lilburn 1986, Robinson 1986). Au cours
des années 70, la taille et l'âge moyens de capture ont fortement décliné. En 1982, la
biomasse était descendue au tiers de celle du stock vierge. Ceci a inquiété les
scientifiques : ils craignaient que le recrutement ne s'effondre. En 1983, les trois
principaux pays exploitants se mettaient d'accord sur un quota global et son partage.
Cet accord contraignait l'Australie à diminuer fortement sa pêche et, cela, à un moment
où ses pêcheurs voyaient leurs revenus réels décliner.
L'Australie a réagi à cette situation par l'adoption d'un programme de quotas
individuels cessibles. Parmi les raisons qui ont entraîné ce choix, la faisabilité
administrative de la méthode a joué : il fallait de toute façon contingenter les captures
de la flottille toute entière. En outre, on escomptait avec ce système pouvoir réduire,
sur une base volontaire, les surcapacités de capture. Les pêcheurs eurent à choisir entre
trois options : se voir concéder une part du nouveau quota global, proportionnelle à
leurs captures antérieures ; acquérir auprès d'autres pêcheurs un supplément de parts,
de façon à améliorer leurs rendements ; vendre tout ou partie de leur quota et réduire
leur activité en conséquence. L'achat de quotas supplémentaires pouvait en effet rendre
la pêche de certains pêcheurs plus efficace en leur permettant de réaliser des économies
d'échelle. Des gains économiques étaient aussi réalisables à condition que l'on puisse
redéployer les opérations de pêche localisées au large de la côte occidentale, qui
portaient sur des juvéniles de petite taille, vendus à bas prix pour la conserve, vers la
pêche au large des côtes méridionales et orientales, de gros individus commercialisables
sur le marché japonais sous forme de sashimi, donc à des prix très supérieurs. La vente
de leurs quotas permettait aux pêcheurs qui décidaient de partir, d'obtenir une
compensation financière, et épargnait à l'Etat d'avoir à racheter des surcapacités de
capture. Il est encore trop tôt pour évaluer complètement ce programme, mais il a été
accueilli jusqu'ici avec optimisme. L'effort de pêche a été réduit et redéployé vers des
poissons de plus grande taille.
Face à des problèmes d'allocation similaires à ceux auxquels sont confrontés de
nombreux pays, la Nouvelle-Zélande s'est montrée très imaginative (Clark and Duncan
1986). Lorsqu'elle a étendu sa juridiction sur la pêche, la Nouvelle-Zélande avait en
même temps à aménager une pêcherie côtière surcapitalisée, et à développer sa pêche
hauturière pour laquelle elle ne maîtrisait pas les techniques adéquates et ne disposait
pas de marchés suffisants. La création d'entreprises conjointes, souvent avec des
partenaires japonais, fut fortement encouragée par le gouvernement néo-zélandais,
comme mesure transitoire pour passer d'une exploitation étrangère, à une pêche
nationale de ses ressources halieutiques profondes. Des quotas furent alloués
préférentiellement aux armements où la part des capitaux nationaux était plus élevée.
Cette politique s'est révélée très efficace. Les Néo-Zélandais sont parvenus à exploiter
et à exporter vers des marchés très éloignés, des poissons de la meilleure qualité.
543
19
Le thon rouge austral, qui pond dans l'océan Indien, effectue une migration qui
le conduit le long de la côte méridionale de l'Australie, puis à l'est vers la NouvelleZélande. Les plus fortes captures sont effectuées par les Japonais et les Australiens,
celle des Néo-Zélandais restant plus modeste (Lilburn 1986, Robinson 1986). Au cours
des années 70, la taille et l'âge moyens de capture ont fortement décliné. En 1982, la
biomasse était descendue au tiers de celle du stock vierge. Ceci a inquiété les
scientifiques : ils craignaient que le recrutement ne s'effondre. En 1983, les trois
principaux pays exploitants se mettaient d'accord sur un quota global et son partage.
Cet accord contraignait l'Australie à diminuer fortement sa pêche et, cela, à un moment
où ses pêcheurs voyaient leurs revenus réels décliner.
L'Australie a réagi à cette situation par l'adoption d'un programme de quotas
individuels cessibles. Parmi les raisons qui ont entraîné ce choix, la faisabilité
administrative de la méthode a joué : il fallait de toute façon contingenter les captures
de la flottille toute entière. En outre, on escomptait avec ce système pouvoir réduire,
sur une base volontaire, les surcapacités de capture. Les pêcheurs eurent à choisir entre
trois options : se voir concéder une part du nouveau quota global, proportionnelle à
leurs captures antérieures ; acquérir auprès d'autres pêcheurs un supplément de parts,
de façon à améliorer leurs rendements ; vendre tout ou partie de leur quota et réduire
leur activité en conséquence. L'achat de quotas supplémentaires pouvait en effet rendre
la pêche de certains pêcheurs plus efficace en leur permettant de réaliser des économies
d'échelle. Des gains économiques étaient aussi réalisables à condition que l'on puisse
redéployer les opérations de pêche localisées au large de la côte occidentale, qui
portaient sur des juvéniles de petite taille, vendus à bas prix pour la conserve, vers la
pêche au large des côtes méridionales et orientales, de gros individus commercialisables
sur le marché japonais sous forme de sashimi, donc à des prix très supérieurs. La vente
de leurs quotas permettait aux pêcheurs qui décidaient de partir, d'obtenir une
compensation financière, et épargnait à l'Etat d'avoir à racheter des surcapacités de
capture. Il est encore trop tôt pour évaluer complètement ce programme, mais il a été
accueilli jusqu'ici avec optimisme. L'effort de pêche a été réduit et redéployé vers des
poissons de plus grande taille.
Face à des problèmes d'allocation similaires à ceux auxquels sont confrontés de
nombreux pays, la Nouvelle-Zélande s'est montrée très imaginative (Clark and Duncan
1986). Lorsqu'elle a étendu sa juridiction sur la pêche, la Nouvelle-Zélande avait en
même temps à aménager une pêcherie côtière surcapitalisée, et à développer sa pêche
hauturière pour laquelle elle ne maîtrisait pas les techniques adéquates et ne disposait
pas de marchés suffisants. La création d'entreprises conjointes, souvent avec des
partenaires japonais, fut fortement encouragée par le gouvernement néo-zélandais,
comme mesure transitoire pour passer d'une exploitation étrangère, à une pêche
nationale de ses ressources halieutiques profondes. Des quotas furent alloués
préférentiellement aux armements où la part des capitaux nationaux était plus élevée.
Cette politique s'est révélée très efficace. Les Néo-Zélandais sont parvenus à exploiter
et à exporter vers des marchés très éloignés, des poissons de la meilleure qualité.
543
