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J. M. Gates
Le même type de mesure est aussi préconisé lorsque la taille du stock parental
est suffisamment réduite pour entraîner, ou faire craindre, une baisse significative du
recrutement. Dans ce cas, une réglementation des engins pourrait permettre à
suffisamment de poissons d'atteindre la maturité et de participer au moins une fois à la
reproduction. On a parfois préconisé la protection des géniteurs pour la même raison.
Cette protection peut être aussi réalisée par des fermetures saisonnières ou zonales
visant à interdire la pêche sur les frayères, ou par l'obligation de rejeter les femelles
grainées de grands crustacés, par exemple, ou encore par l'interdiction de
commercialiser ces individus.
Toutes ces mesures procèdent d'une stratégie qui vise à protéger la ponte dans
l'espoir de contribuer au maintien du recrutement moyen. Discutant des mérites des
réglementations sur la longueur minimale de la carapace des langoustes, Idyll (1962, p.
274) a fait observer : "La limitation est justifiée par la nécessité de protéger la ponte.
Cela suppose que le nombre d'oeufs émis et le nombre de larves requis pour maintenir
la population soient liés au nombre minimal d'adultes qui doivent être protégés jusqu'à
ce que la ponte ait lieu... Malheureusement, les faits ne supportent pas cette façon de
penser. Sauf pour certaines pêcheries d'espèces anadromes, nous n'avons jamais
démontré, à ma connaissance, l'existence d'une relation entre le nombre d'oeufs émis et
la taille de la population adulte (successive)".
Dans un domaine économique aussi sérieux que celui de l'imposition sur le
revenu, une hypothèse analogue a donné le jour à des thèses plaisantes. Ces arguments
se sont récemment cristallisés sur la courbe de Laffer, du nom de son plus récent
avocat. Cette courbe se fonde sur la prémisse, inattaquable, que les revenus fiscaux sont
nuls quand le taux d'imposition est nul, et quand il atteint 100%. On peut avancer, de
manière tout aussi irréfutable, qu'il existe, pour les taux intermédiaires, une courbe dont
la partie gauche est ascendante, reflet de l'augmentation des revenus fiscaux avec celle
du taux d'imposition, et la partie droite descendante, reflet d'un effet négatif de taux
d'imposition élevés. On en déduit logiquement, qu'il existe un taux fiscal "optimum"
correspondant au sommet de la courbe. La difficulté avec ce genre de relations,
tautologiquement vraies à leurs bornes, est que les données de base sont affectées d'un
bruit qui rend leur détermination impossible. Dans la plupart des pêcheries, le niveau
de bruit sur l'intervalle des options pertinentes pour l'analyse des politiques
d'aménagement, est tel qu'on ne peut, ni déceler, ni mesurer cette relation (Idyll 1962,
Gardner 1981, chapitres 4 et 9). Chacun est toujours libre d'invoquer ces relations dans
un modèle mathématique, mais les invocations réussissent surtout à convaincre ceux qui
croient déjà. J'ajouterai que cette critique ne dénie pas que les taux fiscaux puissent être
excessifs ; elle attire simplement l'attention sur le fait que nous n'avons pas encore
réussi à mesurer la relation alléguée.
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